La crise canado-américaine pourrait permettre au Québec d’accroître son autonomie, estime l’Institut de recherche sur le Québec. Un rapport réclame une diplomatie directe avec Washington.
Le Québec devrait profiter des tensions entre le Canada et les États-Unis pour renforcer son pouvoir politique. C’est la thèse défendue par l’Institut de recherche sur le Québec (IRQ) dans un rapport daté du 15 septembre 2026, qui invite le prochain gouvernement québécois à prendre l’initiative sans attendre un éventuel référendum sur l’indépendance.
Intitulé «Le Québec dans la crise américano-canadienne. Diagnostic historique et propositions opérationnelles», le document est rédigé par Édouard Baraton, directeur scientifique de l’IRQ, en collaboration avec son président, Vincent Vallée. Il conjugue une lecture historique des rapports de force nord-américains, un examen des positions partisanes et des recommandations diplomatiques et institutionnelles.
Les leçons de l’histoire
Selon les auteurs, les tensions entre les États-Unis et la puissance gouvernant le Canada, britannique puis canadienne, ont régulièrement ouvert des possibilités de gains politiques pour le Québec. Lorsque Londres ou Ottawa ont besoin de sa loyauté, ils seraient davantage disposés à reconnaître ses particularités.
Le rapport relit ainsi l’Acte de Québec de 1774, les compromis entourant la guerre de 1812 et la création de la province de Québec en 1867 à travers la menace américaine. Il voit aussi dans la volonté canadienne de se distinguer des États-Unis un contexte favorable à l’affirmation québécoise des années 1960.
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«À l’inverse, les réconciliations américano-canadiennes peuvent se faire aisément au détriment du Québec», écrivent les auteurs. Leur conclusion: les gains durables doivent reposer sur des pouvoirs propres et des garanties institutionnelles, plutôt que sur la bienveillance du gouvernement fédéral.
Parler directement à Washington
L’IRQ recommande d’abord une démarche officielle auprès du Département d’État américain, directement ou par l’intermédiaire du consulat des États-Unis à Québec.
«Le Québec doit proposer au gouvernement des États-Unis d’Amérique l’établissement de relations diplomatiques bilatérales directes et indépendantes des relations avec Ottawa, dans les champs de compétence du Québec.»
Le rapport invoque le précédent des relations franco-québécoises et la doctrine Gérin-Lajoie, qui prolonge les compétences internes du Québec sur la scène internationale.
Selon l’IRQ, cette initiative pourrait être engagée sans l’aval préalable d’Ottawa, puis étendue à d’autres pays. Elle devrait permettre au Québec de participer aux négociations touchant ses compétences et ses intérêts fondamentaux.
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Le document souligne notamment l’incertitude entourant les exigences américaines concernant le français lors des discussions commerciales d’août 2026. Il rapporte des versions contradictoires d’Ottawa et de Washington, alors que Québec n’était pas partie prenante aux discussions. «La vérité sur ce point ne pourra être déterminée qu’à la lumière des sources, lorsqu’elles seront accessibles.»
Les cinq partis interpellés
L’étude juge insuffisantes les stratégies des cinq principaux partis, à partir des informations publiques disponibles au début de septembre.
Elle reproche au gouvernement caquiste l’écart entre son ambition de participer aux négociations internationales et sa dépendance aux informations transmises par Ottawa. Le Parti québécois et Québec solidaire misent sur l’indépendance, mais devraient préciser les moyens de défendre les intérêts québécois pendant la période qui la précéderait.
Le Parti libéral privilégie la coopération avec Ottawa, sans proposer, selon l’IRQ, de changement clair dans ce rapport de force. Quant au projet d’Éric Duhaime d’associer davantage les provinces aux négociations internationales, le rapport le juge proche du statu quo et relevant surtout d’un souhait.
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«Quoi qu’il en soit, quel que soit le parti qui sera porté au pouvoir le 5 octobre 2026, et pour une période de plusieurs années, le Québec devra défendre ses intérêts sans attendre.»
Des garanties pour l’avenir
L’IRQ propose également de demander le retrait de la Loi sur la clarté. Il s’agirait, dans son raisonnement, de permettre au Québec de préserver sa liberté de choix si Ottawa cédait à des exigences américaines compromettant sa capacité à décider pour lui-même, notamment en matière de ressources naturelles ou de protection du français.
Les auteurs s’appuient sur leur lecture du Renvoi relatif à la sécession du Québec de 1998 pour envisager, dans cette hypothèse, une sécession en dernier recours. Ils présentent donc la possibilité d’une rupture avec la fédération comme une protection éventuelle contre l’abandon de prérogatives québécoises à une puissance étrangère.
Sur le plan intérieur, l’Institut préconise une nationalité québécoise inscrite dans le droit civil et une constitution approuvée par référendum. Il recommande aussi de négocier avec Ottawa des transferts de pouvoirs en immigration et, une fois cette nationalité établie, en matière de passeports.
La démarche vise à renforcer la capacité d’action du Québec, quelle que soit l’orientation constitutionnelle retenue. L’IRQ met autant en garde contre une confiance excessive envers Ottawa que contre la séduction des promesses américaines. Il reconnaît également les limites de ses propositions: «Certes, tout ce qui est listé ici pourra ne pas être obtenu.»
L’objectif demeure de convertir la crise en gains concrets: «La crise représente pour le Québec une occasion, comme il ne s’en présente que rarement, d’affirmer son existence.»












