En capturant Nicolás Maduro, les États-Unis d’Amérique troublent une Europe déjà fragilisée. Le compte rendu de notre correspondant Rémi Tell.
Donald Trump, ou la diplomatie façon Rambo. Avec la capture du dictateur Nicolás Maduro, exerçant illégalement le pouvoir au Venezuela depuis juillet 2024, les États-Unis ont subjugué la planète entière.
Le caractère rocambolesque de l’opération, digne d’un scénario de film hollywoodien, a suscité autant d’inquiétude que de soulagement parmi les chancelleries du monde, en particulier sur le Vieux Continent.
Capitales prudentes, paroles mesurées
Appartenance à l’OTAN oblige, la plupart des leaders européens ont salué – du bout des lèvres – l’intervention des forces spéciales américaines contre l’autocrate de 63 ans et son épouse.
Emmanuel Macron a d’abord estimé que «le peuple vénézuélien est aujourd’hui débarrassé de la dictature de Nicolás Maduro et ne peut que s’en réjouir».
Coutumier des leçons de multilatéralisme, cette déclaration du Président français a surpris jusque dans son propre camp, qui l’a exhorté à davantage de tempérance. Quatre jours plus tard, M. Macron précisait donc ne pas approuver «la méthode» employée par Washington pour se débarrasser du tyran communiste.
Au Royaume-Uni, le Premier ministre Keir Starmer s’est également risqué à cet exercice d’équilibriste, déclarant sur ses réseaux sociaux: «Nous considérions Maduro comme un Président illégitime et ne pleurerons pas la fin de son régime. [...] Nous réitérons notre soutien au droit international.»
La droite française divisée
En France et sans surprise, les réactions ont été moins prudentes du côté des partis politiques.
Éric Zemmour, président du parti de droite nationaliste Reconquête!, a adopté un ton résolument réaliste, presque brutal: «La force n’a jamais quitté la géopolitique. Les bisounours peuvent ranger leurs peluches. Il ne sert à rien de sauter sur sa chaise comme un cabri en criant "souveraineté". Le devoir d’un homme d’État est de faire de son pays le pays fort pour ne pas être l’attaqué.»
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Une critique à peine voilée contre Marine Le Pen qui, un peu plus tôt, avait elle dénoncé les agissements de l’administration Trump: «La souveraineté des États n’est jamais négociable. Elle est inviolable et sacrée.»
Et de conclure: «Renoncer à ce principe aujourd’hui pour le Venezuela reviendrait à accepter demain notre propre servitude.»
Au-delà de son aspect presque ironique – le RN ayant renoncé depuis près d’une décennie à quitter l’UE – cette vision illustre les fractures profondes au sein du camp national français, entre philosophie néoconservatrice et non interventionniste.
La gauche tricolore pleure le régime de Maduro
Les protestations ont été plus vives du côté de la gauche radicale: alors que dès le 3 janvier, La France insoumise avait organisé à Paris un rassemblement intitulé «Soutien au peuple vénézuélien contre l’agression de Trump», Jean-Luc Mélenchon s’est posé en principal contradicteur de la diplomatie hexagonale.
Qualifiant les États-Unis de «première puissance impériale», Mélenchon a dénoncé une violation flagrante du droit international et appelé à une refonte idéologique de celui-ci.
Dans un discours prononcé mardi, il a même partagé un espoir douteux: «Après s’en être pris au Venezuela, Trump a menacé la Colombie, puis le Mexique. L’ONU reconnaît à quiconque est envahi, à quiconque est colonisé, de résister les armes à la main. Cela fait partie du droit international. Et j’espère que c'est ce qui va se passer en Amérique latine.»
Notons que, dans la même allocution, M. Mélenchon a proposé d’intégrer au droit international une notion d’«intérêt général humain» afin de protéger la planète des assauts de diverses puissances et du réchauffement climatique, une notion floue qui, en plaçant un principe abstrait au-dessus de la souveraineté des États, revient de fait à légitimer des formes d’ingérence.
De quoi nourrir l’impression que la gauche française regrette moins l’entorse de Washington aux règles de la paix et de la guerre que la chute du régime de Nicolás Maduro...
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Plus déroutant encore, certains leaders souverainistes français ont abondé dans le même sens, prétendant comme François Asselineau que les rues vénézuéliennes étaient remplies de citoyens réclamant le retour de Maduro.
D’autres, à l’image de l’intellectuel Pierre-Yves Rougeyron, ont sous-entendu que le soutien d’une partie de la droite zemmouriste à l’opération américaine était en fait motivé… par l’allégeance à Israël, le régime vénézuélien ayant pris le parti des Palestiniens depuis 2023. Chacun appréciera.
Un dangereux précédent?
Et si le problème n’était pas là? Sur les réseaux sociaux, l’ironie a rapidement laissé place à l’inquiétude. Certains internautes, mi provocateurs mi-sérieux, ont en effet appelé Donald Trump à «faire la même chose » avec Emmanuel Macron ou Keir Starmer, dont M. Maduro n’aurait rien eu à envier de la popularité ni de la probité.
Une boutade révélatrice d’un malaise profond: si la règle ne protège plus les puissants, alors plus personne n’est réellement protégé.
Du fantasme à la réalité, la frontière pourrait vite devenir ténue…
Récemment, l’administration Trump promettait de sanctionner les juges français en cas de condamnation de Marine Le Pen.
Mercredi, à la suite de la capture de Maduro, le vice-président du Conseil de sécurité de Russie, Dmitri Medvedev, n’a pas exclu pas l’idée d’un enlèvement du chancelier allemand Merz.
Une provocation sans doute, mais qui souligne le danger de l’escalade mimétique: quand une grande puissance agit sans frein, d’autres peuvent être tentées de l’imiter.
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En filigrane, une question hante donc surtout les diplomaties européennes: où s’arrêtera cette dynamique? Après le Venezuela et les menaces d’annexion de Trump, l’enjeu du Groenland est désormais dans tous les esprits, d’autant que ce territoire stratégique appartient de fait à l’espace européen.
Hypothèse incertaine, certes, mais révélatrice d’un basculement: celui d’un monde où le droit cède progressivement place à la puissance.













