Derrière le duel Trump-Maduro, la nouvelle Guerre froide

Le président vénézuélien Nicolas Maduro (à gauche) salue la foule aux côtés du président chinois Xi Jinping à Moscou, le 8 mai 2025. Photo: présidence vénézuélienne/AFP.

Dimanche le 4 janvier 2026, à 12:50

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Derrière le duel Trump-Maduro, la nouvelle Guerre froide
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Selon Philippe Labrecque, la capture de Maduro dépasse la simple démonstration de puissance américaine. Une nouvelle Guerre froide s’esquisse, marquant l’effritement du droit international et l’émergence d’un ordre mondial Pékin-Washington.

 

L’opération militaire américaine en sol vénézuélien et la capture du président de ce pays, Nicolas Maduro, sont un coup d’éclat au sein d’une structure internationale en pleine recomposition.

 

Au-delà des raisons de cette intervention américaine liées à «l’impérialisme», au pétrole, au trafic de la drogue et à la personnalité du président Donald Trump se dessine un conflit à envergure mondiale pour savoir qui dominera le 21e siècle.

 

Du détroit de Taïwan en passant par le Donbass en Ukraine, jusqu’à Caracas au Venezuela, le Nouveau Monde prend forme. Et ce n’est que le début.

 

Fin du droit international tel que nous le connaissons

 

Plusieurs commentateurs et analystes déclarent que l’opération américaine en sol vénézuélien et ce qui relève du kidnapping d’un chef d’État, rien de moins, est une violation du droit international. Ils n’ont pas tort.

 

On ne peut que constater que la sacro-sainte souveraineté du territoire d’un État, l’élément axiomatique de tout pays, a été enfreinte de manière spectaculaire.

 

Cependant, relever cette violation du droit international sans mentionner que le droit lui-même découle du pouvoir – et que le système actuel du droit international est le résultat de l’hégémonie américaine depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale – revient à inverser la position hiérarchique du droit et des puissances étatiques.

 

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Ce n’est pas le droit qui domine les États, ce sont les États, surtout les plus puissants, qui le créent, l’appliquent et l’utilisent.

 

Le droit découle du pouvoir, de la puissance, d’une force qui permet d’imposer et d’appliquer ce droit à autrui, surtout aux plus faibles. 

 

Bien sûr, les puissances étatiques, les États-Unis en premier lieu, qui ont les moyens d’imposer le droit façonnent celui-ci pour qu’il leur soit bénéfique et qu’il favorise leurs intérêts tout en s’accordant un droit de veto sur son application.

 

Si le droit international semble s’éroder depuis l’invasion de l’Ukraine, notamment, c’est justement car cette hégémonie américaine s’évapore rapidement et que les puissances émergentes tentent d’établir leur propre forme de droit sur la scène internationale.

 

L’historien de la Grèce antique Thucydide disait que «Les forts font ce qu'ils peuvent, et les faibles subissent ce qu'ils doivent.» On ne pourrait mieux dire dans le contexte actuel.

 

La résurgence des sphères d’influence

 

Ce n’est probablement pas un hasard que l’opération américaine ait été menée dans les heures qui suivirent l’arrivée d’une délégation chinoise au Venezuela.

 

Alors que la Chine tente d’augmenter son influence en Amérique latine, notamment par leurs politiques commerciales dans la région, remplaçant les États-Unis comme partenaire commercial principal avec les pays sud-américains, l’opération est un message clair envers le régime chinois et ses ambitions dans une région que les Américains considèrent comme étant leur cour arrière.

 

Ce n’est pas non plus la simple application d’une doctrine Monroe à proprement parler.

 

Cette doctrine où les États-Unis, une puissance montante, mais encore fragile durant la première moitié du 19e siècle, indiquaient aux puissances impériales européennes que le continent américain était désormais sous leur égide et que l’impérialisme européen n’y avait plus sa place.

 

En échange, les États-Unis offraient de ne pas s’ingérer dans les affaires européennes.

 

Si la doctrine Monroe a bien établi une sphère d’influence américaine sur le continent américain en entier, aujourd’hui, la situation prend surtout des allures de nouvelle Guerre froide.

 

Les puissances, particulièrement la Chine et les États-Unis, ainsi que leurs alliés, se font déjà la guerre de différente façon, notamment par des moyens économiques et financiers ainsi que des conflits militaires périphériques, pour établir et élargir leur empreinte et leur influence.

 

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Une situation similaire avait pris forme durant la Guerre froide alors que l’Union soviétique tentait de faire basculer la région dans le communisme.

 

En Nicolas Maduro, les États-Unis ne font pas que renverser un régime délinquant ou le chef d’un narco-État. Ils tentent d'affaiblir et d’enrayer la présence chinoise et, à terme, de l'évincer entièrement d'un continent dont les États-Unis se considèrent les maîtres.

 

Ce n'est pas non plus une simple forme d'impérialisme américain. C'est une préparation à un conflit aux allures mondiales contre la Chine et son bloc, duquel faisait partie le Venezuela.

 

En prévision d'un tel conflit, impossible de croire que les États-Unis laisseraient la seule puissance ayant les moyens de lui faire face à l’échelle mondiale s'installer paisiblement sur son flanc sud en toute impunité.

 

Un nouvel ordre mondial

 

Aussi impressionnante que cette démonstration de force américaine puisse-t-elle être, elle est aussi un signe de faiblesse.

 

Cette opération militaire spectaculaire démontre que l’hégémonie américaine est en déclin, car celle-ci, comme mentionné, a été précipitée par l’influence croissante de la Chine dans cette région, chose qui aurait été impensable au zénith de l’unipolarité américaine.

 

La perception d’un certain déclin et d’un errement stratégique des États-Unis en Irak et en Afghanistan, notamment, ont ouvert la porte à la Chine alors que celle-ci, en pleine ascension, a interprété ces signes de faiblesses de la part des États-Unis comme d’une occasion d’accroître son influence au cœur de la sphère d’influence américaine.

 

Autrement dit, cette opération marque ou confirme l’émergence d’une structure internationale bipolaire, après trois décennies d’une période sous hégémonie américaine depuis la chute du Mur de Berlin.

 

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La fin de la Guerre froide et l’écroulement de l’Union soviétique au début des années 90 a entamé une période de domination américaine totale sur le monde. 

 

Si des puissances réfractaires existaient, aucune d’entre elles ne pouvait réellement contrer les ambitions américaines tellement l’écart économico-militaire était béant en faveur des États-Unis, bien entendu.

 

La puissance américaine était tel qu’après les attentats du 11 septembre 2001, les États-Unis ont pu envahir et occuper deux pays pendant près de 20 ans en toute impunité tout en s’autorisant le droit d’intervenir et d’effectuer des opérations militaires ainsi que des opérations de subversions de certains régimes tout au long de cette période.

 

De plus, cette toute-puissance américaine a permis l’élargissement de l’Union européenne et de l’OTAN jusqu’aux frontières russes, ces derniers ne pouvant répliquer par leur faiblesse relative.

 

L’émergence de la Chine en tant que puissance pouvant potentiellement rivaliser avec les États-Unis au niveau économique et militaire chamboule cet ordre unipolaire.

 

Les puissances révisionnistes régionales comme l’Iran et même la Russie ont maintenant un géant auquel s'attacher pour contrer l’influence et l’hégémonie américaine.

 

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Certains parleront d’un monde multipolaire, incluant la Russie et l’Europe dans cette équation. Mais les déboires militaires russes en Ukraine et l’affaissement économique et stratégique de l’Europe indiquent que ceux-ci ne peuvent agir qu’avec l’appui implicite, minimalement, des États-Unis et de la Chine, respectivement.

 

Ce n’est pas pour dire que les puissances européennes et russes ne joueront pas un rôle significatif au sein de ce nouvel ordre international, mais le grand théâtre des opérations s’est définitivement déplacé dans l’océan Pacifique.

 

Au tour de la Chine (ou de la Russie)

 

Toute action a une réaction et une telle opération, un tel basculement géopolitique ne peut que pousser les adversaires des États-Unis à agir à leur tour.

 

La Chine se servira-t-elle des actions américaines au Venezuela comme prétexte pour finalement envahir Taïwan? À court terme, c’est peu probable, mais éventuellement, la Chine utilisera probablement un argumentaire légitimiste qui mentionnera l’interventionnisme américain, notamment au Venezuela.

 

On peut spéculer qu’un accord tacite, implicite, entre la Russie et les États-Unis ait déjà pris place, d’ailleurs.

 

Les Russes, alliés du régime Maduro, «laisseraient» les Américains renverser Maduro et, en échange, les Américains influencent les négociations de paix entourant la guerre en Ukraine à l’avantage des intérêts russes, leur permettant de garder le Donbass et le territoire conquis, approximativement.

 

Démondialisation heureuse, montée du populisme et crises internes au sein des pays occidentaux, ascension économique et militaire de la Chine, retour de la Russie comme grand acteur, effondrement économique et stratégique de l’Europe: le 21e siècle ne sera pas de tout repos.