Pour l’historien Marc Simard, il est grand temps de mettre fin aux éternels débats et à cette culture de l’immobilisme bien de chez nous qui paralysent le projet de tramway à Québec.
Deux ex-politiciennes rejetées par l’électorat ont convoqué, il y a quelques jours, un point de presse pour dénoncer le projet de tramway à Québec. Se pencher sur leurs motivations est sans doute une entreprise futile.
Par contre, on peut souligner le fait que leur association opaque avec les desperados de QMM, un regroupement au financement obscur, est en soi un peu troublante.
Que réclament-elles? Un référendum, au motif que le projet ne bénéficierait pas d’une «acceptabilité sociale suffisante pour aller de l’avant», ni d’une légitimité démocratique, et ce malgré les résultats des élections municipales et provinciales, où des partis favorables au tramway ont été élus.
Une première décourageante
Rappelons que jamais un projet d’infrastructure de cette ampleur n’a fait l’objet d’un référendum, ni au Québec ni au Canada.
Et que les opposants ont eu, depuis quelques années, de nombreuses occasions de rallier l’opinion publique à leur position, sans grand succès.
On peut même se demander qui, entre ces dames qui n’ont reçu de mandat de personne pour tenter de faire dérailler le tramway, et les édiles municipales aussi bien que les élus québécois et canadiens, souffre d’un «déficit de légitimité démocratique».
En fait, les anti-tram réclament à grands cris un référendum, car ils savent fort bien qu’un projet de cette ampleur, qui dérangera bon nombre de citoyens pendant plusieurs années, a de bonnes chances d’y être défait.
Car le camp du NON y bénéficierait d’une fédération d’opposants aux motifs disparates (et parfois, disons-le, farfelus).
Le bal des offensés
Anne, qui redoute que le tram, un moyen de transport «lourd», ne vienne défigurer son paisible quartier de Montcalm avec sa base et ses fils.
Martine, qui préférerait un tramway sans rails intelligent, plus «léger».
Roger, qui peste qu’il ne pourra plus tourner à gauche sur René-Lévesque ou Laurier.
Éric, qui voit dans le tramway un moyen de «polluer l’existence des automobilistes».
Ariane, qui redoute que les clients de son commerce n’y perdent des espaces de stationnement.
Michel, qui enrage parce qu’on coupera quelques arbres matures dans son secteur.
Jean-Jacques, qui refuse que le tramway passe dans sa rue.
Monique, qui est en colère parce qu’il ne passera pas dans la sienne.
Gabriel, qui n’a pas encore digéré qu’on ait supprimé le tronçon vers Charlesbourg.
Jonathan, pour qui tout abattage d’arbre est un crime.
Gisèle, qui devra déplacer le cabanon qu’elle a construit sur l’emprise d’Hydro-Québec.
Et finalement Denis, qui se lamente sur le fait que le projet a amené «des tensions dans son couple».
Un référendum éteignoir
Un référendum serait un moyen de noyer le poisson, car la peur des désagréments et du changement l’emportera toujours sur l’espoir actuellement peu palpable des bienfaits et sur le bien commun, un concept apparemment méconnu des opposants.
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D’ailleurs, les maires du Havre et de Bordeaux sont venus témoigner à Québec du fait que la grogne, bien présente dans leurs villes avant et pendant la réalisation de projets de tramway, est virtuellement disparue depuis que les rames y circulent.
Leur crédibilité, me semble-t-il, est infiniment supérieure à celle des anti-tramway.
En réalité, si on tenait un référendum et que le NON l’y emportait, cela signifierait un recul de quinze ans pour Québec, la seule grande ville canadienne qui n’a pas encore de moyen de transport collectif structurant.
Retour en arrière
Et cela procurerait une nouvelle victoire à l’auto-solo, qui continuerait à régner sans partage sur nos routes et nos rues, avec les conséquences dramatiques pour l’environnement que tous connaissent.
Ces dames réclament une «pause» et critiquent les médias, qui selon elles ne font pas leur travail en n’étant pas assez critiques envers le projet: ça fait pourtant plus de vingt ans qu’on en parle, et il a été analysé sous toutes ses coutures.
Et c’est le tramway qui est ressorti de cet interminable débat comme le meilleur choix, n’en déplaise à ceux qui lui préféreraient un «mieux» au contenu illusoire, une sorte de miroir aux alouettes.
Québec, capitale nationale abritant quelque 540 000 habitants (plus de 800 000 avec sa communauté métropolitaine), a droit à un mode de transport moderne et structurant, ce que sera le tramway. Basta!













