Depuis la Covid-19, on insiste surtout sur le danger des virus, mais des études montrent aussi que la pollution peut affecter la santé. Un enjeu négligé? Entretien avec André Fauteux, fondateur du magazine La Maison du 21e siècle.
Selon André Fauteux, fondateur du plus vieux magazine canadien sur les maisons écologiques, la construction d’habitations mieux adaptées à notre environnement est l’un des moyens les plus efficaces de lutter contre la dégradation des écosystèmes.
Joël Monzée: Vous avez fondé en 1994 le magazine La Maison du 21e siècle sur la maison saine et écologique. C’était très avant-gardiste à l’époque. Comment le journaliste accompli s’est-il passionné pour les maisons dites écoresponsables?
André Fauteux: «Durant l’été 1988, j’ai décrit le drame d’une petite fille qui allait mourir de leucémie. J’étais bouleversé… Je voulais comprendre!
J’ai appris qu’une vulnérabilité génétique peut être plus importante chez l’enfant que chez l’adulte, mais que l’exposition à des polluants augmentait le risque de leucémie, comme l’a démontré notamment l’épidémiologiste Claire Infante-Rivard.
À l’époque, je souffrais quotidiennement de maux de dos, mais je ne me posais pas de questions. Le drame de la fillette m’a conduit à m’intéresser à la prévention et à la rémission des maladies causées par les conditions environnementales.
Ensuite, j’ai découvert le concept des maisons saines et écologiques en faisant des reportages. J’ai aussi beaucoup lu, comme les publications de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) et de l’Institut allemand de baubiologie.
J’ai aussi été amené à couvrir des événements ou à rencontrer des experts et des médecins qui considèrent l’environnement pour traiter leurs patients. Souvent, ces spécialistes avaient eux-mêmes souffert de troubles physiques qu’ils n’ont pu guérir qu’en transformant leur mode de vie.
On parle donc de l’incidence des pesticides, du formaldéhyde, des moisissures, des métaux lourds, du monoxyde de carbone, des chocs électriques ou d’autres surexpositions aux ondes, etc.
D’ailleurs, les chercheurs de la SCHL soulignent l’importance de retirer les polluants à la source en privilégiant des matériaux sains, une ventilation à récupération de chaleur bien installée, ainsi qu’une enveloppe très étanche et très isolée pour résister à la condensation et à l’infiltration de l’air et de l’eau.»
Est-ce qu’aujourd’hui, les défis sont similaires?
André Fauteux: «Malheureusement, les individus sont rarement informés. Beaucoup privilégient l’esthétique et le bas prix de leur maison plutôt que les aspects sanitaires, écologiques et durables.
Comme peu de gens conservent leur maison longtemps, ils n’investissent pas nécessairement dans la qualité, ce qui se répercute sur la santé des occupants ultérieurs.
Et puis, il y a les nouvelles technologies. Depuis dix ans, je constate qu’un nombre croissant de gens exposés continuellement aux micro-ondes pulsées par les antennes, le Wi-Fi et autres technologies sans fil développent des symptômes d’hypersensibilité aux champs électromagnétiques.»
Votre travail a inspiré la construction de ma fermette. Nous avons opté pour le concept LEED (Leadership in Energy and Environmental Design). Je constate toutefois que plusieurs «produits biologiques» sont moins efficaces que certains «produits industriels». Comment trouver l’équilibre?
André Fauteux: «Le système LEED permet de concevoir des maisons écologiques, mais il ne tient pas compte de la santé des occupants. Les 25 règles de la baubiologie sont plus holistiques. D’ailleurs, je m’inspirerais de cette philosophie si je devais reconstruire ma maison.
C’est un fait que les matériaux d’origine végétale peuvent pourrir et brûler, contrairement à la pierre ou aux métaux. Mais comme me l’a déjà dit un constructeur, il n’y a généralement pas de mauvais matériaux, que de mauvaises applications!
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Si on les protège des moisissures, les matériaux naturels peuvent être plus beaux, sains et écologiques que les pétrochimiques. Ils peuvent durer des siècles. Je n’ai d’ailleurs jamais vu de cathédrales tricentenaires à ossature métallique et isolées à la mousse plastique!
Si on évite de les enduire de finis pétrochimiques, les matériaux naturels comme le linoléum, un revêtement de sol à base d’huile de lin et de poudre de bois, sont compostables!
Le métal bloque les ondes, mais agit aussi comme une antenne qui les réfléchit. Les plastiques posent problème tout au long de leur cycle de vie. Il faut utiliser ces matériaux intelligemment et seulement lorsqu’ils sont nécessaires.»
On parle beaucoup de réchauffement climatique. Toutefois, cela tamise d’autres sources de pollution qui me semblent plus inquiétantes.
André Fauteux: «Je me fais souvent la même réflexion, notamment en matière du dangereux déclin des espèces. Selon Santé Canada, 50% des Canadiens souffrent d’une maladie chronique.
Ce n’est pas qu’une question de génétique, de malbouffe et de sédentarité. La pollution y contribue comme le démontre très bien l’oncologue Dominique Belpomme.
La Presse vient de révéler que Québec permet à 90 industries polluantes d’outrepasser les normes environnementales.
Par exemple, la Fonderie Horne crache de l’arsenic cancérogène dans l’air de Rouyn-Noranda depuis des décennies. Le chanteur Richard Desjardins raconte que, dans sa jeunesse, les émissions de soufre de cette fonderie «faisait lever la peinture des chars»!
Par contre, quand on voit un nombre croissant de forêts et de quartiers en feu de par le monde, je doute qu’il y ait un dossier environnemental plus préoccupant que les changements climatiques. Il faut sortir du pétrole et du gaz au plus vite!
Pour ma part, je roule et me chauffe principalement à l’électricité, avec des thermopompes murales. De plus, notre maison est assez performante pour profiter du solaire passif et consommer moins de bois de chauffage…
La tragédie, c’est que les changements climatiques vont inévitablement s’aggraver. On ne pourra que chercher à en atténuer la gravité et surtout à adapter nos bâtiments et notre mode de vie à cette réalité.»
Dans quelle mesure est-ce que le discours de personnalités comme la jeune Greta n’est pas récupéré par des industries qui ne sont pas nécessairement plus nobles que la pétrochimie?
André Fauteux: «C’est une pratique courante. Par exemple, l’industrie du sans- fil se donne une bonne image en parlant de lutte aux changements climatiques, alors qu’elle y contribue bien plus que les technologies filées! De plus, ses micro-ondes pulsées participent probablement à la disparition des abeilles, comme l’explique le biologiste Alfonso Balmori.»
Nous avons vécu, vous et moi, il y a deux mois de grands vents et des tornades. Quels enseignements en retirez-vous?
André Fauteux: «Qu’il faut cesser de jouer à l’autruche. Ça n’arrive pas qu’aux autres. Depuis, il y a eu la tornade la semaine dernière à Saint-Adolphe-d’Howard, non loin de chez nous. Il y en a eu et il y en aura!
Nathalie Bleau, coordonnatrice de la recherche sur l’environnement bâti au consortium Ouranos, expliquait récemment qu’il fallait adapter nos bâtiments aux changements climatiques. Nos toitures et fondations ont besoin d’être mieux ancrées, l’enveloppe de nos maisons doit être plus étanche à l’air et à l’eau, etc.
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Bien que les changements climatiques augmentent les précipitations au Québec, l’augmentation du nombre et de la durée des canicules vont hausser les risques d’incendies et de coups de chaleur.
Améliorer l’isolation des maisons assure le confort durant les jours de canicules, de froid sibérien et de panne d’électricité. Il faut aussi ombrager davantage nos maisons en plantant plus d’arbres. Il faut assurer l’entretien arboricole pour éviter qu’ils tombent au premier coup de vent violent.
Je suis heureux d’avoir opté pour une toiture incombustible en amiante-ciment. Toutefois, ce produit n’est plus disponible même si l’amiante est non-polluante car encapsulée. Par ailleurs, j’ai opté pour une sécurité énergétique basée sur un petit système d’électricité solaire photovoltaïque jumelé à des batteries au lithium également rechargées par le réseau hydro-québécois.»
Le premier ministre Trudeau avait promis de planter deux milliards d’arbres. L’Europe vise l’arrêt de l’usage du pétrole pour les automobiles. De nombreuses nouvelles lois ou taxes fleurissent partout. Est-ce la meilleure des stratégies pour prendre soin de notre planète?
André Fauteux: «C’est une chose d’adopter des lois et programmes environnementaux, mais encore faut-il les faire appliquer, ce qui n’est souvent pas le cas du gouvernement Trudeau. Il appert qu’en décembre dernier, il n’avait fait planter que 8,5 millions d’arbres.
Pour plaire aux industries, les politiciens n’osent pas fixer et respecter des cibles de dépollution ambitieuses. Dans bien des cas, il n’y a même pas d’imputabilité, car on n’a pas la volonté ni le personnel permettant de bien mesurer les résultats des programmes environnementaux.
Une douzaine de pays veulent interdire la vente de voitures neuves à essence dès 2025, mais le Canada veut attendre à 2035, ce qui n’est même pas garanti!»













