«L’itinérance zéro, c’est juste pour avoir des votes»

Photo de couverture: AFP.

Lundi le 30 octobre 2023, à 09:30

Considérée comme l’une des villes les plus sécuritaires en Amérique du Nord, Québec connaît toutefois depuis la Covid une explosion de l’itinérance. Libre Média a tenté de mieux saisir le phénomène dans le quartier Saint-Roch.

 

75% d’augmentation des personnes qui cognent à la porte de Lauberivière, ce sont les chiffres dont dispose le directeur général de cette institution, Éric Boulay, que nous avons rencontré.

 

«Il y a beaucoup de nouveaux visages. […] À Québec, on est passé de l’itinérance invisible à l’itinérance visible à peu près vers 2019. […] La pandémie a amplifié un phénomène de dégringolade», observe-t-il.

 

Situé à Saint-Roch, en basse-ville de Québec, ce centre d’hébergement bien connu attire dans le quartier un grand nombre de personnes en difficulté, une situation devenue incontrôlable et problématique selon des résidents.

 

Toxicomanie et incivilités

 

Président de la Coopérative d’habitation Îlot-Fleurie Quartier St-Roch, Louis H. Campagna dénonce la multiplication de comportements incompatibles avec la revitalisation du quartier, un processus qu’on croyait bien entamé.

 

L’arrivée du fentanyl au Canada explique en bonne partie cette soudaine hausse. «En moyenne, une personne meurt d’une surdose de fentanyl toutes les sept minutes aux États-Unis», rapportait fin décembre The Washington Post dans une grande enquête sur la crise des opioïdes.

 

Le fentanyl a des effets désastreux sur la santé physique et mentale. Des images de ces nouveaux zombies circulent massivement sur le net.

 

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«Si la situation progresse dans la direction actuelle, on peut se retrouver avec un scénario de type côte ouest américaine», avertit M. Campagna, aussi porte-parole du Groupe de travail sur la qualité de vie dans Saint-Roch Sud-Est.

 

«Le Château Frontenac des itinérants»

 

Libre Média s’est aussi entretenu avec Napoléon Wu, propriétaire du restaurant Wok N Roll sur le boulevard Charest. Après avoir vu son resto fermé durant le confinement – d’importantes pertes de revenus –, il doit maintenant composer avec des intrusions de personnes hautement intoxiquées. À tel point qu’il a dû fermer sa salle à manger pour se contenter des commandes.

 

«Des gens sont en train de migrer à Québec», note-t-il. La capitale nationale recevrait de plus en plus d’itinérants chassés par d’autres villes québécoises et même canadiennes. La preuve: certains d’entre eux sont anglophones.

 

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«Lauberivière, c’est comme le Château Frontenac pour les itinérants. […] Je sais que Lauberivière veut aider le monde, mais des gens en profitent, ils profitent du système», déplore-t-il.

 

Napoléon Wu considère que le maire Bruno Marchand néglige grandement le quartier Saint-Roch au profit d’autres priorités plus à la mode comme le tramway. Selon lui, «quand le maire Marchand a parlé d’itinérance zéro, c’était juste pour avoir des votes».