Itinérance et crise du logement: l’État inutile, sinon néfaste

Une personne sans abri dort sur un trottoir couvert de neige le 23 décembre 2008 à Montréal, Photo: Rogerio BARBOSA pour l’AFP.

Mercredi le 27 septembre 2023, à 08:00

La crise du logement et l’augmentation de l’itinérance découlent en bonne partie de politiques mises en place par le gouvernement lui-même. Il est temps d’en finir avec le tout à l’État, souligne l’auteur et historien Marc Simard.

 

Ces derniers temps, l’actualité au Québec et au Canada a été marquée par deux problèmes qui ont certaines sources communes: l’itinérance et la crise du logement.

 

Avec raison, les analystes et les observateurs dénoncent ces fléaux. Ils appellent aussi souvent à des interventions plus musclées de l’État (provincial aussi bien que fédéral), ce qui n’est pas nécessairement l’idée du siècle, quand on voit où quatre-vingts années d’État-providence parfois mal conçu et pas toujours bien géré nous ont menés.

 

L’État dans l'angle mort

 

L’itinérance découle presque exclusivement de problèmes connus mais complexes: les dépendances (aux drogues, à l’alcool, au jeu, etc.) et la maladie mentale.

 

Il est de notoriété publique que l’État est en partie responsable de ces fléaux, notamment parce qu’il a diminué la capacité d’accueil des grands centres psychiatriques à partir des années 1960 et parce qu’il tire une partie de ses revenus de la vente d’alcool (SAQ) et de l’offre de jeux de hasard (Loto-Québec).

 

 

Une majorité de la population continue à se méfier de l’entreprise privée et à croire que le salut viendra par l’État malgré les preuves à l’effet contraire que lui offre la réalité.

 

 

La plupart des itinérants souffrent hélas de maladie mentale ou de dépendance aux substances. Sortir de ce maelström n’est évidemment pas chose facile.

 

Ce problème est aussi lié à la crise du logement, soit parce que les chambres et appartements sont trop rares ou trop chers, soit parce que les locateurs refusent de louer à une clientèle souvent problématique.

 

Les pauvres ont donc de la difficulté à se loger et le nombre d’itinérants explose (environ 10 000 au Québec actuellement).

 

L’ironie de la crise du logement est que celle-ci découle largement de politiques mises en place par les divers gouvernements depuis la Révolution tranquille avec de bonnes intentions.

 

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Parmi celles-ci, le contrôle des loyers, géré depuis 1980 par la Régie du Logement, laquelle a compétence en matière de fixation des loyers, de réparation ou de rénovation d’un logement, ainsi que de sa transformation en condo, et de relations entre le locateur et le locataire.

 

Devant la crise actuelle du logement, que réclament les groupes communautaires comme le FRAPRU et le RCLALQ? La création d’un registre des loyers, une révision de la méthode de fixation des loyers pour la rendre plus favorable aux locataires, et même le gel des loyers. En somme, le carcan communiste appliqué aux loyers.

 

Quand le sage désigne la lune…

 

Or le contrôle des loyers, vanté par la gauche comme la panacée universelle, a pour effet principal d’aggraver la crise du logement, parce qu’il réduit l’intérêt des propriétaires non seulement à louer, mais aussi à entretenir leur parc locatif, et celui des entrepreneurs à construire des appartements.

 

De sorte que le nombre de logements diminue (transformation en condos ou abandon) et que leur qualité se délite. Ces faits sont documentés et ont été vérifiés dans de nombreuses villes d’Occident.

 

De plus, comment peut-on affirmer sérieusement qu’il faut contrôler plus sévèrement les loyers quand nous vivons une période où les coûts de la rénovation ont explosé? C’est la recette parfaite pour la multiplication des taudis. Et on ne parle même pas ici des méandres de la bureaucratie municipale par laquelle il faut passer pour obtenir un permis de construire.

 

Sans compter la difficulté qu’éprouvent les propriétaires à expulser les locataires (protégés par la réglementation) qui ne paient pas leur loyer ou qui utilisent le logement à des fins illégales ou même le vandalisent. Tout le monde a connu au moins un proprio aux prises avec un cas semblable qui a rendu les armes et a tout simplement quitté le marché.

 

…l’idiot regarde le doigt

 

Que reste-t-il comme solutions? Bien sûr, la construction de logements sociaux, mais cette méthode a déjà montré ses limites, dont la disponibilité de fonds publics. On peut aussi obliger les contracteurs, comme l’a fait la Ville de Montréal, à réserver un pourcentage (le fameux 20-20-20) de logements sociaux ou familiaux dans leurs projets. Cette méthode soviétique ne remporte jusqu’ici pas beaucoup de succès auprès des entrepreneurs.

 

Mais on peut offrir aux entrepreneurs des incitatifs fiscaux pour la construction de logements, ce que le gouvernement Trudeau vient heureusement de faire après plusieurs années de tergiversations (suppression de la TPS).

 

Et, surtout, on pourrait remplacer le contrôle des loyers par une allocation au logement qui tienne compte des revenus des ménages et des individus. Bien ciblée, celle-ci serait évidemment accessible aux itinérants qui bénéficieraient d’un montant mensuel dédié au logement.

 

Le modèle québécois sacralisé

 

Toutes les villes qui ont emprunté cette avenue ont vu leur parc locatif se regarnir et la qualité des logements augmenter. Malheureusement, cette option est rejetée par les groupes sociaux et les partis de gauche, et elle est mal comprise par l’opinion publique, qui reste scotchée sur le mantra «encore plus d’État».

 

L’itinérance zéro que réclame le maire Marchand est un miroir aux alouettes, ne serait-ce que parce qu’un certain pourcentage des itinérants ont choisi ce mode de vie et ne veulent pas qu’on les en sorte.

 

Ce qui ne veut pas dire qu’il faut laisser les itinérants à leur sort. Outre l’allocation au logement, une amélioration du financement aux services socio-psychologiques et aux organismes communautaires serait bienvenue.

 

Logés et mieux soutenus, peut-être certains pourraient-ils ainsi se sortir de ce cercle vicieux?

 

 

Il est temps de cesser de se concentrer sur les structures et sur la réglementation et d’être soumis aux bureaucrates et aux corporations.

 

 

Le rêve de l’État-providence au Québec est brisé (systèmes éducatif et de la santé à la dérive, réseau routier déficient, services et ministères transformés en maisons qui rendent fou, criminalité en croissance, itinérance, etc.), mais nos dirigeants préfèrent écouter les sirènes qui réclament toujours plus d’intervention étatique bien que celle-ci nous ait amenés dans un cul-de-sac. 

 

Et une majorité de la population continue à se méfier de l’entreprise privée et à croire que le salut viendra par l’État malgré les preuves à l’effet contraire que lui offre la réalité.

 

Le rejet par l’opinion publique québécoise d’un système de santé mixte (public et privé, avec des assurances pour les moins bien nantis) comme il en existe dans de nombreux pays européens, et ce en dépit l’engorgement des urgences et de la pénurie de médecins de famille, est sidérant.

 

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Le fameux «modèle québécois» a certes eu un important effet structurant jusqu’aux années 1980. Mais il est depuis devenu un carcan qui empêche l’amélioration, comme le montrent les nombreuses réformes de l’Éducation ou de la Santé, par exemple, étouffées par la bureaucratie, les corporations (ex: le Collège des médecins) et les syndicats.

 

Il est temps de cesser de se concentrer sur les structures et sur la réglementation et d’être soumis aux bureaucrates et aux corporations, pour enfin véritablement œuvrer à améliorer les services et le sort des humains. Et cela passe notamment par une réinitialisation de l’opinion publique, qui doit sortir de l’ornière du «tout à l’État».