La prospérité, levier indispensable à la protection du français

Photo: page Facebook de l'Assemblée nationale du Québec.

Mardi le 1 août 2023, à 12:00

L’appauvrissement du Québec face au Canada anglais et aux États-Unis ne peut pas être un milieu favorable à la préservation de sa culture et de sa langue. Il faut moins de fonctionnaires et plus de croissance économique.  

 

Plusieurs nationalistes avec qui j’ai eu la chance de discuter avaient souvent la même interrogation à la suite de la dernière élection québécoise: pourquoi le déclin du français au Québec, notamment à Montréal, n’a pas été un plus grand sujet et n’a pas eu plus d’impact?

 

La question m’avait notamment été posée lors d’une table ronde jeunesse organisée par l’Institut de recherche sur le Québec et les interprétations des divers participants variaient selon la famille politique.

 

J’avais soulevé que l’une des raisons pour lesquelles le sujet avait aussi peu retenu l’attention était l’état de l’économie du Québec et des finances personnelles des Québécois. À l’époque, ces dernières étaient dans un état particulièrement piteux et l’insécurité alimentaire, l’inflation, la crise du logement et la hausse de l’itinérance commençaient à occuper de plus en plus de place.

 

Le mythe de la Révolution tranquille

 

Il faut rappeler que la Révolution tranquille n’a pas été une sorte d’illumination collective soudaine. Plusieurs croient à l’espèce de mythe fondateur selon lequel Jean Lesage aurait, dès son arrivée au pouvoir, rendu le Québec riche, prospère et moderne à grands coups d’intervention de l’État avant d’être renversé par un peuple un peu trop ingrat.

 

La réalité est un peu différente et je me permets d’émettre un postulat qui sera peut-être controversé: la Révolution tranquille a été possible en grande partie parce que les Québécois étaient plus prospères que jamais auparavant.

 

 

La situation est quasi désespérée: le temps, la démographie et l’économie jouent contre le français au Québec. Ce sont là trois forces intraitables.

 

-Samuel Lamarche, chroniqueur 

 

 

Les Québécois ont pu se donner comme priorité des enjeux sociaux comme le français, la culture et l’autonomie du Québec parce qu’ils étaient sortis d’une logique de subsistance et de survie économique.

 

La prospérité règle la plupart des problèmes fondamentaux de l’être humain, mais leur permet de réfléchir à de nouveaux problèmes. Telle est notre nature de toujours en vouloir plus.

 

C’est sans doute aussi l’une des raisons qui expliquent l’essor puis aujourd’hui la perte de vitesse du wokisme un peu partout dans le monde. Lorsque les gens n’ont pas de véritables problèmes, de véritables luttes, ils s’en inventent, mais quand les gens ont faim, lorsqu’ils sont victimes de véritables violences, les micro-agressions prennent rapidement la route des oubliettes.

 

Enfin, pour en revenir au Québec et au nationalisme, le PQ et le mouvement indépendantiste en général semble s’être tiré dans le pied en négligeant le côté économique depuis le départ de Parizeau et Landry.

 

Un appauvrissement généralisé

 

L’appauvrissement des Québécois est bien réel. S’il ne l’est pas en termes absolus, il l’est en termes relatifs. À l’époque de Jean Lesage, le Québec avait la bourse de Montréal, un secteur financier robuste et représentait une plus grande part tant de la population, mais aussi du PIB du Canada. Maintenant le Québec ne représente plus que 19% du PIB du Canada pour 23% de sa population.

 

Si on se compare à nos voisins, les États-Unis affichent un enrichissement bien supérieur à la moyenne canadienne et le Québec affiche un enrichissement inférieur à la moyenne canadienne.

 

 

On peut voir ici sur ce graphique, gracieuseté de Pierre Fortin, que la performance du Québec est très modeste. C’est sans compter que sur le montant plus faible que celui de nos voisins du sud, une plus grande partie se retrouve dans les coffres de l’État.

 

Ces dernières années, ce désavantage avec l’Ontario se résorbe pour deux raisons notamment: le taux d’emploi au Québec est exceptionnel, le chômage étant pratiquement inexistant et l’économie ontarienne ne tourne vraiment pas rond. La reprise post 2008 est très pénible.

 

Bref, les Québécois s’appauvrissent comparativement à leurs voisins, mais aussi par rapport à leurs parents et cet appauvrissement signifie deux choses.

 

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Premièrement, les gens vont de nouveau entrer dans une logique de subsistance et prioriser les dossiers économiques. Deuxièmement, la plus jeune génération sera toujours plus frustrée de devoir composer avec une grande iniquité intergénérationnelle. Dans les deux cas, ce n’est pas un environnement favorisant les grands débats de société sur la question linguistique ou même la question nationale.

 

Ainsi, à mon grand désarroi, la question de la survie du français risque de passer sous le tapis bien qu’il soit dans une situation critique selon toutes les données démographiques. Si cette tendance se maintient comme je le crains, alors on assistera probablement à la disparition définitive du français comme langue d’usage au Québec de mon vivant. C’est une catastrophe.

 

La situation est quasi désespérée: le temps, la démographie et l’économie jouent contre le français au Québec. Ce sont là trois forces intraitables.

 

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Il me semble donc que la seule solution serait pour le Québec d’avoir un second souffle économique et d’associer ce dernier à la francophonie.

 

La prospérité pour soutenir l'identité 

 

Il faut faire en sorte que le Québec devienne une pépinière de jeunes entreprises dynamiques et dans l’innovation fonctionnant en français, réduire le poids de l’État pour augmenter le revenu disponible et espérer qu’il soit dépensé localement et dans des événements culturels francophones.

 

On sait que la productivité au Québec est un problème depuis 50 ans. Ouvrons un grand chantier pour améliorer la situation, réduisons le nombre de fonctionnaires, ce qui permettra au secteur privé de moins souffrir de la pénurie de main-d’œuvre.

 

Investissons plus en éducation, mais surtout, investissons mieux. Bref, il faut vendre la langue française comme un outil d’enrichissement et dans un même temps enrichir drastiquement et rapidement les Québécois. Tout un combat!