Pays de 18 millions d’habitants, l’Équateur fait face depuis quelques jours à des affrontements d’un niveau inédit opposant des groupes criminels aux forces de l’ordre. Vers la guerre civile? Éclairages avec Simón Pachano, politologue à Quito.
«Les gens ont très peur. C’est une situation méconnue pour la population équatorienne. L’Équateur était un pays très pacifique […] où il n’y avait pratiquement pas de présence du crime organisé, un slogan disait même que c’était un havre de paix», relate Simón Pachano depuis Quito.
Du jamais vu
Professeur de science politique à la Faculté latino-américaine de sciences sociales (FLASCO), notre invité admet se sentir «très vulnérable» face à la situation, puisque des hommes armés ont fait irruption mardi dans une université de Guayaquil. Aujourd’hui, le campus où il enseigne était fermé dans la capitale.
Parallèlement, mardi, des membres du crime organisé débarquaient dans les studios de la chaîne de télévision TC dans la même ville portuaire, faisant plusieurs otages parmi le personnel, finalement libérés par la police quelques heures plus tard. Les images de cette prise d’otages en direct ont fait le tour du monde.
Ces attaques survenaient deux jours après l’évasion du jefe des Choneros, Adolfo Macias, alias «Fito» – l’équivalent équatorien d’El Chapo au Mexique –, évènement considéré comme le point de départ de cet embrasement hors du commun. Le trafiquant à la barbe hirsute de 44 ans purgeait depuis 2011 une peine de 34 ans pour crime organisé, trafic de drogue et meurtre. Il est maintenant l’homme le plus recherché du pays.
Guerre civile ou «irrégulière»?
Notre invité estime qu’il est encore trop tôt pour parler de «guerre civile». «Je parlerais plutôt de conflit irrégulier ou de guerre irrégulière, puisque ce sont des groupes irréguliers qui en plus n’ont pas de commandement unifié. Dans le décret du président, il est bien établi que ce sont plus de vingt groupes», précise Simón Pachano, qui rappelle aussi que l’Équateur n’est pas un pays de production de cocaïne, mais surtout de transit. Une route de la drogue, en somme.
Ces jeunes, «qui viennent des secteurs les plus pauvres de la population», arpentent les rues de plusieurs villes à la recherche de représentants de l’ordre à abattre, dans un véritable défi lancé au pouvoir. «Nous n’avons jamais vu un tel niveau de violence», s’étonne notre interlocuteur, qui n'exclut pas d'autres attaques dès les prochains jours.
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Le président de droite, Daniel Noboa, en fonction depuis seulement deux mois, a déclaré l’état d’exception en promettant solennellement de rétablir l’ordre. Il dit avoir affaire à des «terroristes». Il évoque l’existence d’un «conflit armé interne», faisant craindre une escalade entre le pouvoir et les criminels.
Dans ce lourd contexte, la seule option du gouvernement est selon Simón Pachano de restaurer «le monopole de la violence légitime» propre à l’État, selon les mots du sociologue Max Weber.
Dans le pays voisin, la Colombie, le président peut se permettre de parler de «paix totale» avec eux, mais pas en Équateur, où les groupes criminels doivent être neutralisés avant d’entamer un quelconque dialogue.










