Il faut s’acclimater au nucléaire

La centrale Gentilly-2 à Bécancour au Québec. Photo: Hydro-Québec.

Jeudi le 8 février 2024, à 11:00

Pour Virginie Dostie-Toupin, citoyenne engagée, les nouveaux défis écologiques et énergétiques auxquels nous devons faire face nous obligent à revoir notre perception du nucléaire. 

 

Pendant que tout le monde était occupé à débattre de financement politique, une nouvelle d’importance s’est trouvée éclipsée: l’évaluation préliminaire de la centrale Gentilly-2 démontre qu’elle pourrait redémarrer. 

 

Sans surprise, cette nouvelle a provoqué quelques réactions épidermiques sur X, où les dépêches étaient chapeautées de NONS catégoriques suivis d’un abus d’exclamation. 

 

Nouvelle réalité, nouveaux défis

 

Cela dit, à la lumière des immenses défis auxquels se voit confrontée notre société d’État chouchou, il apparait clair que cette réaction à chaud mérite d’être revisitée, éclairée, et surtout, débattue.

 

Il en va pareillement des nombreuses idées lancées dans la mêlée quant à la l’avenir énergétique québécois. Ainsi, il n’est pas étonnant que les appels à tenir des états généraux se multiplient.  

 

Hydro-Québec a d’ailleurs initié une consultation en ligne sur son plan d’action 2035. Espérons que les Québécois répondront diligemment à l’appel, en prenant soin de bien s’informer au préalable. Le sujet est trop capital pour que nos opinions s’érigent sur l’intuition ou l’émotion. 

 

C’est bien connu, les Québécois aiment Hydro. À raison, ils sont fiers d’être maîtres chez eux grâce aux projets de géants que la société d’État a accomplis. Mais, au fond, ce qu’ils aiment réellement, c’est le fait de jouir d’une énergie propre, abondante, fiable et abordable qui constitue le moteur de notre prospérité et le socle de notre généreux modèle.   

 

La production maintenant insuffisante 

 

Or, à l’aube d’une véritable révolution énergétique, notre manne ne suffit plus. Chaque watt compte. Et malgré les nécessaires efforts à déployer pour améliorer notre efficacité énergétique, les négawatts ne régleront pas tout. 

 

Par conséquent, l’augmentation et la diversification de notre production se révéleront incontournables, et ce aussi bien pour accroître la résilience du réseau que pour mitiger les faiblesses de chaque mode. 

 

Hydro-Québec mise gros sur l’éolien qui bénéficie d’une certaine acceptabilité sociale. Cela dit, ce filon s’avère instable, coûte passablement cher, compromet de grands espaces et nuit en partie à la faune. 

 

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Quant au GNR (gaz naturel renouvelable), qui progresse plus lentement que sûrement, il permettra, à terme, de valoriser nos déchets tout en palliant la pointe hivernale. Loin de constituer un eldorado du solaire, le Québec aurait néanmoins intérêt à transformer ses îlots de chaleur en îlots énergétiques

 

Enfin, la géothermie et l’énergie marémotrice, quoiqu’impraticables à plusieurs endroits, gagneraient à être explorées, surtout du côté de la Gaspésie et des îles.

 

Évidemment, notre tout premier réflexe nous mènera à considérer l'ajout d'hydro-électricité, qui fait partie de notre ADN. Cependant, une question brûlante nous hantera: nous résoudrons-nous à harnacher nos dernières grandes rivières? 

 

En outre, les pertes de plus d’un milliard de dollars qu’a récemment essuyées Hydro ont démontré que nous ne sommes pas à l’abri de baisses draconiennes des réservoirs. Face aux aléas du climat, le nucléaire représente donc un ajout stratégique à notre éventail énergétique.  

 

Rappelons qu’à l’occasion de la COP 28, le Canada s’est engagé, avec une vingtaine d’autres pays, à tripler l’apport du nucléaire d’ici 2050. 

 

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Avec la transition énergétique colossale qui est à nos portes, les yeux se tournent à juste titre vers les réacteurs de quatrième génération qui, grâce à leur technologie en circuit quasi fermé, estompent le spectre de la gestion des déchets. 

 

À l’instar de nombreux environnementalistes, il est grand temps de reconnaître que le nucléaire moderne ne constitue plus l’ombre menaçante d’hier, mais la promesse de lendemains plus lumineux.