Patrick Provost est le quatrième universitaire congédié au Canada pour délit d’opinion sur la gestion de la pandémie. En réaction le professeur Maxime Prévost appelle ses collègues de partout au pays à se lever pour la liberté académique.
Il semblerait donc qu’après deux ans de persécution bureaucratique l’Université Laval ait finalement congédié le professeur Patrick Provost.
Pourtant, à la lumière des événements ayant défrayé l’opinion au Québec ces dernières années, notamment à celle de l’ainsi nommée «affaire Verushka Lieutenant-Duval», tout le monde semblait s’entendre pour protéger la liberté universitaire, même ses éventuels bourreaux.
Vertu sans contenu
En effet, qui chercherait à s’opposer à la vertu? Malheureusement, les actions sont toujours plus éloquentes que les énoncés de principes. Les silences aussi.
Si le gouvernement Legault laisse l’Université Laval congédier le professeur Provost, on pourra dire qu’il aura fait voter cette loi en pure perte, par vain signalement de vertu.
Mon propos ici ne sera pas de tenter d’établir qui a tort et qui a raison dans cette affaire ni pourquoi, mais plutôt de signaler que la notion même de «consensus scientifique» ne peut tenir la route en contexte universitaire, surtout lorsqu’elle dépend de l’occultation, voire de la censure, d’un important contingent de chercheurs.
Patrick Provost se considère comme un lanceur d'alerte. Il est loin d’être le seul. Parmi les congédiés canadiens de la période covidienne, il rejoint le biologiste Michael Palmer (University of Waterloo) et l’éthicienne Julie Ponesse (Huron College, Western University), le biologiste Byram Bridle ayant pour sa part lancé une poursuite contre son employeur, Guelph University.
Il joint par ailleurs sa voix à celle des plus de 17 000 médecins qui ont signé dès l’automne 2021 la déclaration du Global Covid Summit, laquelle demandait la fin de la vaccination Covid généralisée au vu de l’analyse comparative des risques et bénéfices associés aux produits injectés.
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Précisons en outre que plusieurs médecins et chercheurs ayant répondu à cette invitation l’avaient fait au péril de leur carrière, en défiant leur ordre professionnel; force est donc de constater qu’ils ont été nombreux dans les circonstances.
On voit bien que les prétendus consensus sont parfois moins consensuels que les médias de grande circulation le laissent entendre.
C’est ici que la liberté académique entre en jeu. L’université devrait s’imposer comme le lieu où scruter la notion même de consensus scientifique, notamment à la lumière de l’histoire des idées et de l’analyse du discours social, en tenant compte de la censure et des limites imposées à la liberté d’expression (sans oublier la notion, délicate mais essentielle, d’autocensure).
Liberté universitaire: une loi inutile?
Rappelons que le gouvernement du Québec, donnant suite aux travaux de la commission Cloutier, adoptait en juin 2022 le projet de loi no 32 «en matière de protection de liberté académique universitaire et de lutte contre l’autocensure».
Si le gouvernement laisse l’Université Laval congédier le professeur Provost, on pourra dire qu’il aura fait voter cette loi en pure perte, par vain signalement de vertu.
Quant à l’Université Laval, on pourra douter du sérieux de son énoncé sur «la protection et la valorisation de la liberté universitaire» adopté en février 2021 (dans la foulée de l’affaire Verushka Lieutenant-Duval), lequel proclamait: «L’Université Laval se veut un lieu où toutes les voix peuvent être entendues et où différents points de vue peuvent être soumis et débattus dans un esprit d’inclusion, de respect et de dignité».

Illustration de notre caricaturiste Fleg en réaction au congédiement de Patrick Provost.
Sans entrer au cœur de la controverse scientifique (je ne suis nullement habilité à le faire) ni dans toutes les subtilités et arguties du dossier, observons que, depuis l’été 2022, cette ténébreuse affaire a servi de rappel à l’ordre aux universitaires québécois: voici ce qui peut vous arriver si vous décidez de briser le silence.
Patrick Provost avait été privé de six mois de salaire; le voici maintenant congédié, en dépit de sa permanence universitaire.
Son exemple témoigne on ne peut plus clairement de la confiscation du débat contradictoire au Québec, sur des questions qui sont pourtant d’intérêt public.
Si Patrick Provost a tort (entièrement ou partiellement), il devrait être possible de combattre ses observations par des faits ou des arguments (c’est d’ailleurs ce qu’il dit souhaiter: un débat contradictoire).
Des universitaires se sont tout de même levés, par principe, pour défendre la liberté académique dans les jours suivant la première suspension de Patrick Provost. Normand Mousseau avait rapidement fait signer à une cinquantaine de professeurs une lettre prenant sa défense, des centaines de collègues levant la voix à leur tour dans les mois qui suivirent.
Un débat crucial... et pourtant
Toutefois, ayant été une partie prenante de l’affaire Verushka Lieutenant-Duval, je suis surpris par le peu de résonance – du moins pour le moment – de ce nouveau développement dans l’affaire Patrick Provost: les médias et le public s’y intéressent encore très peu (outre le réseau indépendant Libre Média).
Est-ce à croire que la gestion de la crise sanitaire et la campagne de vaccination covidienne intéressent moins les Québécois que l’utilisation académique du «mot en N»?
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Quelle que soit la vérité sur les enjeux scientifiques, politiques, sociaux, si la possibilité même d’en débattre est confisquée, et si l’État et ses relais médiatiques s’arrogent le droit de sélectionner les «experts» qui auront le droit de parole (au détriment des autres), que reste-t-il de vitalité démocratique de notre société?
Le public est en droit de se demander si la mort professionnelle de dissidents universitaires est un signe de vitalité démocratique ou plutôt un appel à l’autocensure généralisée.
Peu importe où ils logent sur cette question précise, les universitaires devraient pour leur part se regarder dans le miroir et se poser une question, une seule: suis-je oui ou non en faveur de la censure institutionnelle?













