L’histoire montre que le culte de la vertu coïncide le plus souvent avec la répression, rappelle l’auteur et historien Marc Simard dans cette nouvelle critique du wokisme comme projet autoritaire.
Au début de juillet, la communauté LGBT a encore trouvé le moyen de faire parler d’elle quand une de ses porte-parole, Manon Massé, a intimé au Canadien de Montréal de faire fi de la décision de la LNH en vertu de laquelle les joueurs de ses équipes ne porteraient plus des chandails faisant la promotion de la Fierté gaie lors de certains entraînements et d’une soirée spéciale dédiée à la cause de la communauté.
Cette affaire peut sembler banale, triviale même, mais elle est très significative. La sortie de madame Massé m’a indisposé parce que celle-ci laissait entendre que le CH avait en quelque sorte une obligation morale de promouvoir ainsi la Fierté gaie.
Or, il se trouve que cette initiative (le chandail de la Fierté), en dépit de son apparence vertueuse, brime en quelque sorte la liberté d’expression des joueurs, qui sont des employés de la LNH, et place plusieurs de ceux-ci, dont les Russes, dans une position délicate.
«Rainbow washing»
J’ai quant à moi un doute en ce qui concerne cette campagne moralisatrice, une sorte de rainbow washing qui était presque imposé aux joueurs en dépit de ce qu’ils en pensaient et des conséquences pour eux et leurs familles. Big Brother au hockey, est-ce un progrès?
Dans notre époque ultra médiatisée, il n’y a plus guère de vie privée (voir l’orgie d’exhibitionnisme qu’a engendrée Facebook), de sorte que le monde est devenu, même pour le commun des mortels (alors que c’était autrefois l’apanage des vedettes et des dirigeants), une vitrine où chacun, sauf exception, est tenu, comme le chantait Brassens, de «mettre au grand jour tous (ses) petits secrets».
Ce spectacle permanent (et affligeant) oblige tous ceux qui veulent exister aux yeux du peuple et des folliculaires à peaufiner une image de soi qui masque leurs vilenies et sublime leurs qualités, réelles ou imaginées.
La vertu ostentatoire
L’idée globale est de projeter à l’écran une espèce d’idéogramme où dominent l’intégrité, la moralité, la rectitude, l’empathie et autres vertus appréciées au sein de l’opinion publique occidentale. Elle est aussi de se conformer à la morale dominante, renforcée par une multiplicité d’interdits.
Cette attitude est à son paroxysme dans le mouvement woke, dont l’ouverture à la différence de genre, l’inclusion (des minorités «racisées» et sexuelles), la question identitaire (race, genre, identité sexuelle) et la critique des institutions et du «privilège blanc» sont les quatre dogmes principaux.
Quant à elle, l’intersectionnalité (analyse de l’interaction des formes de discrimination et de ses effets) est son vernis scientifique, qui l’autorise à dénoncer les rapports de domination et à critiquer l’oppression multiple et systémique dont seraient victimes les minorités.
Une révélation
Le wokisme est porté par des individus (et des groupes) qui ont érigé leur «éveil» en vertu et s’appliquent scrupuleusement à dénoncer publiquement (surtout sur les réseaux sociaux) tous ceux qui enfreignent, par la parole, par l’écrit ou par le geste, le message d’«inclusion» et de dénonciation de l’oppression dont ils sont les chiens de garde, d’autant plus féroces qu’ils ont une interprétation très autocentrée de notre société, chaque individu étant devenu son propre point de référence.
Mais cette surveillance ne leur suffit pas: ils veulent encore obliger le plus de personnes possible à manifester leur appui à leur cause, symbole de la rectitude morale.
Le wokisme est un produit de la fusion du marxisme culturel (Gramsci) et du structuralisme (Althusser), deux fadaises réincarnées dans un véhicule religieux qui promet la mort civique par bannissement aux infidèles, aux apostats et aux hérétiques, à l’image de l’Inquisition.
-Marc Simard, historien
Le motif principal de la réception favorable que reçoit le wokisme au sein de la gauche et de la bien-pensance occidentale est que ce message est essentiellement vertueux et dédié à la défense des «victimes» du patriarcat blanc et de la société capitaliste, ainsi qu’à la promotion d’une utopie au sein de laquelle ces derniers seraient déchus de leurs pouvoirs malveillants et où leurs «victimes» vivraient enfin libres de toute discrimination et pourraient afficher leur différence sans crainte d’être dénigrées.
Le secret du succès du wokisme est multiple: il dénonce l’oppression (réelle ou fantasmée), un créneau très confortable au sein de notre société de droits individuels.
Il défend des «opprimés» qui, quoique minoritaires (quelque 10 % de LGB et moins de 1% pour le reste), ont souvent une audience très large grâce aux médias où ils pullulent et, comme dirait Pierre Brochant, «ne se reposent jamais».
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Surtout, il pose en défenseur de la vertu, qui s’exprime notamment par le biais de drag queens généralement rémunérées qui font de la lecture (évidemment dénuée de tout biais) aux enfants, des victimes du patriarcat blanc qui clament haut et fort leur différence et revendiquent le droit de s’auto-définir en dépit des lois de la biologie, et des censeurs qui épurent le vocabulaire et mettent à l’index les œuvres dans lesquels le vice héréditaire de l’exclusion s’incarne.
La propension des jeunes à cultiver l’esprit de sérieux, que déplorait Milan Kundera, et celle de nombreux adultes, surtout au sein de la gauche, à penser que tout ce que font et disent les jeunes est formidable, surtout quand ils contestent, aggrave la situation et rend le wokisme difficile à combattre.
Entre démission et soumission
Ainsi, nombre de barbons acceptent-ils de se faire traiter de racistes et d’exploiteurs sous prétexte que la jeunesse est porteuse d’espoir et d’un avenir épuré de toute discrimination.
En fait, quant à sa généalogie, le wokisme est un produit de la fusion du marxisme culturel (Gramsci) et du structuralisme (Althusser), deux fadaises réincarnées dans un véhicule religieux qui promet la mort civique par bannissement aux infidèles, aux apostats et aux hérétiques, à l’image de l’Inquisition.
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L’attitude bienveillante de la gauche à son endroit relève d’une sorte de naïveté fort répandue dans notre société, entre autres chez ceux qui croient que les rieurs sont naturellement de bonnes personnes, et chez ceux qui se laissent berner par des fraudeurs ayant développé une image bonhomme et cordiale (cf. Bernie Madoff), comme si la projection d’une image vertueuse inoculait ses porteurs contre la malveillance.
Les leçons de l’histoire
L’histoire nous montre pourtant que le culte de la vertu coïncide le plus souvent avec la répression, comme le montrent ces quelques exemples de tyrans apparemment vertueux idolâtrés par le peuple.
Robespierre, surnommé l’Incorruptible, qui a dirigé la France et y a instauré la Terreur (1793-1794); Mao, pédophile et génocidaire qui a dirigé la Chine d’une main de fer de 1949 à 1976 (plus de cent millions de morts dans le Grand Bond en avant et dans la Révolution culturelle), en fondant son pouvoir sur la «défense» des paysans pauvres; Franco le prude, qui a renversé la République espagnole et a instauré un régime dictatorial (1936-1975) basé sur un catholicisme rigide et moralisateur; et Staline, qui a instauré le totalitarisme concentrationnaire en Russie (1928-1953), tout en se faisant appeler le «Petit Père des peuples».
En apparence, tous des parangons de vertu!











