Le nouveau dieu de la sécurité

Éditorial

Photo: page Facebook du Mouvement national des Québécoises et Québécois.

Mercredi le 21 juin 2023, à 15:20

Feux d’artifice, gestion des autoroutes, bruit ambiant: à défaut de pouvoir compter sur la crise sanitaire, les bien-pensants se rabattent sur tout ce qu’ils peuvent pour assouvir leur besoin pathologique de contrôle social.

 

À Mexico le 1er janvier, un si grand nombre de pétards ont été lancés la veille depuis les toits au mépris des règles qu’une intense fumée enveloppe la mégalopole. Un brouillard de fête enrobe cette ville qui compte 25 millions d’habitants avec la périphérie. On ne voit plus devant soi.

 

Évidemment, la pratique a un impact atmosphérique considérable et chaque année, les autorités sanitaires sonnent l'alarme, mais rien ne semble pouvoir arrêter ces milliers de gens de festoyer ce soir-là. L’instant présent l’emporte encore sur les projections apocalyptiques au cœur du récit médiatique occidental. 

 

Dans l’ensemble, le Québec est loin d’avoir une aussi mauvaise qualité de l’air que Mexico, mais depuis la pandémie, son establishment a fait du risque zéro son nouvel idéal. Sa nouvelle utopie. Sa nouvelle obsession.

 

La Déesse Sécurité

 

Il s’agit de tout contrôler, tout réglementer et tout monitorer, de manière à prévenir tous les risques et dangers imaginables. 

 

Au nom de votre protection, une société de surveillance voit le jour, grâce à l’infrastructure numérique en place et à la soumission de la partie de la population devenue intolérante à la vie. 

 

Dans l’esprit de ces néo-puritains, le moindre battement d’ailes est susceptible de provoquer un cataclysme, chaque kilomètre parcouru avec votre auto risque de tuer une personne asthmatique, comme chaque microgouttelette sortie de votre bouche risquait d’entraîner la mort du caissier derrière son panneau de plexiglas à l’épicerie. 

 

Une sorte de philosophie de l’effet papillon s’impose dans l’imaginaire. Nous voilà plongés dans un monde de limites traversé par un désir d’immobilité. Les technocrates rêvent d’interdire le bonheur et la joie de vivre pour satisfaire les caprices du nouveau dieu de la sécurité. 

 

Vous êtes toujours coupable, à moins de rester enfermé chez vous comme à l’époque du confinement. Votre comportement est toujours répréhensible s’il s’accompagne du plus insignifiant des mouvements, et pour atténuer votre culpabilité, vous êtes invité à prôner avec notre élite malheureuse la stérilisation de notre société. 

 

Le safe space global

 

Il s’agit de participer à la construction du safe space global, de cet immense espace capitonné où la santé publique jouerait un rôle central en s’octroyant de nouveaux pouvoirs. Pour construire le nouvel ordre, il faut déconstruire l’ancien.

 

La semaine dernière, Radio-Canada a révélé que la santé publique de la Capitale nationale avait maintenant son mot à dire sur la gestion des autoroutes.

 

On ne défend plus l’environnement pour la nature en tant que telle, en tant que valeur en soi, mais pour la sûreté de tous ces citoyens (éco)anxieux qui craindraient pour leur vie en respirant un air impur.  

 

Santé, sécurité, environnement

 

De même, on ne veut plus interdire les automobiles dans certaines zones pour l’environnement, mais pour assurer la sécurité des piétons, une idée popularisée à l’échelle du globe par le Forum économique mondial. 

 

Puis ces derniers jours, nous avons appris que les feux de joie et les feux d’artifice de la Fête nationale pouvaient faire du Québec un vaste Mexico en termes de qualité de l’air, en plus d’alimenter – on ne sait trop comment – des feux de forêt à des milliers de kilomètres. 

 

Avec le médecin Alain Vadeboncoeur notamment – dont toute l’existence médiatique repose sur le conformisme et la fidélité au modèle québécois –, cette idée a été largement reprise dans les grands médias, comme si la Saint-Jean-Baptiste n’était pas une célébration suffisamment en déclin à l’image du Québec actuel. Et certains de ces tristes acteurs osent encore se prétendre nationalistes.

 

Du nationalisme au sécuritarisme

 

Le monde évolue très vite. Il ne s’agit plus exactement de prôner l’égalité parmi les hommes, mais avant tout leur sécurité, devenue la nouvelle valeur suprême. Il ne s’agit plus exactement de prôner l’égalité entre les cultures, comme l’aurait voulu le multiculturalisme, mais d'assurer un vivre-ensemble sécuritaire. 

 

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Au Québec, l’idéologie dominante n’est plus le nationalisme mais le sécuritarisme, idéologie transversale capable de réunir sous un même toit les pires ennemis.