Sous la pression, Boris Johnson a démissionné de son poste de chef du Parti conservateur du Royaume-Uni. Une démission qui survient au pire moment selon l’analyste Jeremy Stubbs, car le pays s’apprête à traverser une crise majeure liée à l’inflation.
«Avec le Brexit, Boris Johnson avait réussi à rétablir la confiance en la démocratie britannique. […] Il est urgent de ne pas perdre cette foi restaurée par Johnson et sabotée en quelque sorte par lui-même avec son comportement», analyse Jeremy Stubbs, directeur adjoint de la rédaction du magazine Causeur et observateur de la vie politique britannique.
«C’était scandale après scandale»
En effet, le 7 juillet dernier, celui que l’on surnomme BoJo a abdiqué après une longue série de scandales graves et moins graves ayant fini par ébranler la confiance de la population et même celle de son propre parti envers lui.
Le premier ministre avait notamment dû affronter la fameuse controverse du partygate, une série de fêtes tenues à sa résidence en pleine pandémie de Covid-19, alors que d’importantes restrictions sanitaires étaient en vigueur.
Cette affaire avait mis en lumière l’hypocrisie de la classe politique, mais la rapide campagne de vaccination organisée par son gouvernement avait permis à Johnson de se rattraper dans l’opinion publique.
«C’était scandale après scandale. Son capital de sympathie ne pouvait pas résister éternellement, surtout que de gérer tout ça l’empêchait de se concentrer à 100% sur les problèmes du Royaume-Uni», explique Jeremy Stubbs avec Libre Média.
Le politicien de 58 ans a tout de même quitté son poste la tête haute. «Je suis immensément fier des réalisations de ce gouvernement: d’avoir réalisé le Brexit, réglé nos relations avec le continent, redonné le pouvoir à ce pays de faire ses propres lois», a-t-il déclaré dans son discours de démission devant le 10 Downing Street.
Boris Johnson restera premier ministre par intérim jusqu’à l’élection d’un nouveau chef conservateur le 5 septembre prochain.
Un retour aux années 1970?
Pour Jeremy Stubbs, cette démission survient au pire moment. Le fait de ne pas avoir un gouvernement complètement opérationnel dans un contexte de montée de l’inflation pourrait avoir de graves répercussions dès les prochaines semaines.
Au pays des Beatles, l’inflation atteint maintenant 9%, un sommet depuis quarante ans. Comme ailleurs dans le monde, les secteurs de l’alimentation et de l’énergie sont particulièrement touchés depuis la pandémie et plus récemment la guerre en Ukraine.
Des soulèvements populaires ne sont pas encore au programme, croit notre interlocuteur, mais des grèves ont déjà été déclenchées par des syndicats en réaction à la hausse du coût de la vie. Fin juin, un seul train sur cinq était sur les rails avec le débrayage des cheminots.
«On est dans une situation inhabituelle qui rappelle les années 1970, une époque considérée comme catastrophique. Il avait fallu l’arrivée de Margaret Thatcher comme sauveur […]. Maintenant, le gouvernement est en partie paralysé à un moment où le pays a besoin d’une action vigoureuse et immédiate», avertit notre analyste, aussi président du Parti conservateur anglais à Paris.
«La magie johnsonienne s’est dissipée»
Tous les ingrédients semblent donc réunis pour que le Royaume-Uni connaisse des temps plus durs avant même la désignation du prochain chef conservateur et par le fait même, du prochain premier ministre, selon les conventions du parlementarisme anglais. «Le pays est plongé dans une terrible incertitude», insiste Jeremy Stubbs.
Onze candidats ont manifesté leur intérêt de succéder à Boris Johnson. L’actuelle ministre des Affaires étrangères, Liz Truss, s’est lancée dans la course, mais rien n’indique que les membres du parti vont préférer quelqu’un dans l’entourage de Johnson à du sang neuf bénéficiant d’une certaine immunité.
Pour Jeremy Stubbs, le prochain chef «fera tout pour montrer qu’il est différent de Johnson», un politicien qui avait réussi à concilier la défense des perdants de la mondialisation avec celle d’une économie mondialisée. Un paradoxe qui avait fait tout le succès de cet équilibriste «brouillon», un trait de personnalité qui lui aura coûté son poste.
«La magie johnsonienne s’est dissipée. […] Il y a un soulagement dans la population et la classe politique, mais c’est un soulagement assez superficiel, car on anticipe les problèmes à venir», conclut le directeur adjoint de la rédaction de Causeur.












