Face à l’itinérance, l’État ne peut pas tout. Selon notre contributrice Virginie Dostie-Toupin, les citoyens doivent aussi s’engager: la solidarité ne se délègue pas entièrement au gouvernement.
À la lumière du résultat de la campagne que nous venons de vivre, certains n’hésitent pas à affirmer que le Québec n’a jamais été aussi divisé. Pourtant, un noble objectif rallie l’ensemble de la classe politique: agir résolument pour endiguer l’itinérance.
L’enjeu transpartisan par excellence
C’est bien connu, les Québécois adorent les situations où leurs élus mettent de côté les guerres de clochers pour unir leurs forces.
Ça tombe bien, car tous les partis ont leurs raisons de faire bouger l’aiguille dans ce dossier où nous n’avons pas droit à l’échec.
Sans surprise, les péquistes souhaitent que notre PM, qui a fait de l’itinérance une affaire personnelle, réussisse. Les libéraux et QS ont également beaucoup parlé de cet enjeu durant la campagne, ils n’auront pas d’autre choix que de collaborer avec le gouvernement minoritaire de PSPP sur cet enjeu. Il en va de même pour la CAQ, qui cherchera à répondre aux reproches de laxisme dans ce dossier.
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Or, s’il est un parti qui éclaire particulièrement bien la voie à suivre sur l’itinérance (comme pour une panoplie d’autres enjeux), c’est le PCQ.
Cette affirmation mérite sans doute quelques explications.
Par-delà le «gouvernemaman»
Les post-mortem de l’élection vont bon train. Les analyses fusent et s’intéressent à diverses facettes d’une campagne qui sortait manifestement de l’ordinaire.
En ce qui a trait au succès, pas si mystérieux, du PCQ, nous aurions tort d’y lire un simple vote de protestation lié au troisième lien, même si le récent vaudeville Duhaime-Marchand pourrait nous laisser croire le contraire. Or, ce vote exprime aussi, voire surtout, la déconfiture du tout-à-l’État.
La confiance des citoyens dans la capacité de l’État à tout régler est fortement ébranlée. Et pour cause. Les fissures sont béantes. De la multiplication des médecins à la marche sur les eaux troubles, en passant par la pêche aux multinationales, la foi dans les miracles étatiques s’est étiolée.
Bref, dans la foulée de cette élection, c’est une certitude quasi religieuse en l’étatisme qui a volé en éclats. Mais si ce constat parait assez clair, la suite des choses l’est nettement moins.
Deux chemins se dessinent devant nous.
Le premier mène vers un insidieux repli individualiste qui exacerbera l’atomisation et renforcera l’appel d’un étatisme voué à l’échec vu l’ampleur de la tâche.
La seconde voie est pavée du sursaut d’engagement communautaire qui seul peut nous sortir de l’impasse en misant sur la capacité d’action de la société civile.
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Bref, la philosophie de Tocqueville éclaire le carrefour où nous nous trouvons. Pour nous affranchir de la tutelle publique qu’une bonne part de l’électorat vient de condamner, nous devons éviter le piège du repli sur la vie privée et prendre davantage part aux affaires de la cité. La conclusion est sans appel: une société libre dépend de citoyens plus engagés.
Aider comme on peut
Si nous osons suivre ce précieux fil d’Ariane, nous appliquerons une nouvelle logique de responsabilité partagée où le gouvernement sera imputable, et nous tous avec lui.
Après tout, la transpartisanerie, c’est bien, mais une société entière qui rame en cadence, c’est sans commune mesure pour avancer sur divers enjeux qui paraissent insolubles.
Cela vaut pour la transmission de notre culture que nous devons honorer, pour la santé dont nous devons mieux prendre soin et pour l’éducation que nous devons valoriser davantage.
Cela vaut aussi pour l’itinérance que nous devons prendre à bras-le-corps, car ce sont nos concitoyens qui sont dans la rue.
Le gouvernement a énormément de pain sur la planche. Il doit mettre en œuvre une approche concertée pour s’attaquer à une confluence de crises: fléau des drogues dures, logement inaccessible, coût de la vie prohibitif et problèmes de santé mentale.
Nous pouvons soutenir ces efforts à la hauteur de nos moyens. Donnons des biens, de l’argent ou ce que nous avons de plus précieux: du temps. Appuyons nos organismes qui sont à pied d’œuvre sur le terrain et prêtons attention aux gens que nous croisons.
Osons aussi débattre des meilleurs moyens d’aider ces personnes à sortir réellement du pétrin, plutôt que de simplement leur permettre d’y survivre un jour de plus.
À l’heure triste où un nombre record de personnes meurent au Québec sans que leur corps ne soit réclamé, une cérémonie nationale de commémoration pourrait nous rappeler que leur passage en ce monde mérite d’être reconnu. Elle pourrait surtout nous rappeler avec force que la détresse de ceux qui sont parmi nous ne doit jamais nous laisser indifférents.
Que la véritable campagne commence.












