Présent dans les contacts entre La Havane et Washington, Raúl Guillermo Rodríguez Castro pourrait incarner une transition sans rupture. Surnommé «le Crabe», le petit-fils de Raúl sera-t-il le «Delcy Rodríguez» cubain?
Après avoir accepté de composer avec une ancienne dirigeante chaviste pour administrer l’après-Maduro au Venezuela, Washington cherche-t-il maintenant un interlocuteur au sein même du régime cubain?
Un nom revient de plus en plus souvent: celui de Raúl Guillermo Rodríguez Castro, petit-fils de Raúl Castro et membre particulièrement discret de la famille qui demeure au cœur du pouvoir cubain. Surnommé «El Cangrejo» — «le Crabe» —, il est chargé de la protection personnelle de son grand-père et aurait participé à plusieurs échanges avec des représentants américains.
Son apparition dans ces discussions alimente une hypothèse explosive: celle d’une succession organisée autour d’un membre du clan Castro, susceptible de garantir une certaine continuité du régime tout en négociant une ouverture avec Washington.
Une transition sans véritable rupture?
Le parallèle avec le Venezuela vient naturellement à l’esprit. Après la capture de Nicolás Maduro en janvier 2026, les États-Unis ont choisi de composer avec son ancienne vice-présidente, Delcy Rodríguez, devenue présidente par intérim.
Loin d’être marginalisée en raison de son rôle au sein du chavisme, celle-ci négocie désormais avec Washington sur le pétrole, la dette et la reconstruction économique du Venezuela. Elle conduit également des discussions avec le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et la Banque interaméricaine de développement. Donald Trump doit la rencontrer en marge de l’Assemblée générale de l'ONU.
Les États-Unis poursuivent ainsi la normalisation de Delcy Rodríguez. Hier, son arrivée à New York en a offert une image saisissante: à sa descente d’avion à l’aéroport de Teterboro, dans le New Jersey, elle a été accueillie par John Barrett, chef de la mission diplomatique américaine au Venezuela. Pendant ce temps, María Corina Machado, figure phare de l’opposition vénézuélienne en exil, demeure tenue à l’écart.
La présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodríguez (à droite), s’entretient avec John Barrett, chef de la mission diplomatique américaine au Venezuela, à son arrivée à l’aéroport de Teterboro, dans le New Jersey, le 21 septembre 2026. Photo: Présidence vénézuélienne/AFP.
Raúl Guillermo Rodríguez Castro pourrait-il remplir une fonction comparable à Cuba? Autrement dit, servir d’intermédiaire entre Washington et le régime tout en rassurant les militaires, les cadres communistes et les gestionnaires du puissant conglomérat Gaesa?
L’hypothèse demeure spéculative. Contrairement à Delcy Rodríguez, le Crabe ne possède aucune expérience gouvernementale connue, n’occupe officiellement aucun poste politique et ne dispose d’aucune assise publique identifiable.
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En juillet, il a toutefois accordé sa première entrevue à un média américain. Âgé de 42 ans, il s’est alors déclaré prêt à négocier avec toute personne désignée par Washington, y compris directement avec Donald Trump. Son importance semble donc tenir moins à sa carrière qu’à son appartenance familiale et à son accès privilégié à Raúl Castro.
L’homme du clan Castro
Raúl Guillermo est le fils de Deborah Castro et du général Luis Alberto Rodríguez López-Calleja, mort en 2022. Ancien gendre de Raúl Castro, ce dernier dirigeait Gaesa, le conglomérat militaire qui domine de nombreux secteurs stratégiques de l’économie cubaine.
Créé dans les années 1990 et placé sous l’autorité des Forces armées révolutionnaires, Gaesa contrôle notamment des hôtels, des supermarchés, des stations-service, des institutions financières, des services de transfert d’argent et le port de Mariel. Les estimations de son poids dans l’économie cubaine varient fortement, en raison de l’opacité de ses comptes.
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Raúl Guillermo a pour sa part grandi dans l’entourage immédiat de son grand-père. Plusieurs sources le présentent comme un officier du ministère de l’Intérieur associé à la Direction de la sécurité personnelle. Il apparaît régulièrement derrière Raúl Castro lors de cérémonies officielles, mais s’exprime rarement en public.
L’ancien président cubain et premier secrétaire du Parti communiste, Raúl Castro (à droite), accompagné de son petit-fils et garde du corps Raúl Guillermo Rodríguez Castro, lors du 65e anniversaire de l’assaut contre la caserne de la Moncada, à Santiago de Cuba, le 26 juillet 2018. Photo: Yamil Lage/AFP.
Selon El País, il a été présent lors de plusieurs rencontres avec des représentants américains. Certains observateurs estiment qu’il pourrait agir comme émissaire de son grand-père ou de son oncle Alejandro Castro Espín, fils de Raúl et ancien responsable de la sécurité nationale. D’autres y voient les premiers signes d’une possible ascension politique.
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La prudence demeure essentielle. Les contacts américains concerneraient plusieurs personnes gravitant autour de Raúl Castro, dont des militaires et des membres de sa famille.
Miguel Díaz-Canel a officiellement confirmé l’existence de discussions avec Washington en mars, tout en les présentant comme une démarche collégiale menée sous sa direction et celle de Raúl Castro. Le communiqué cubain ne nommait pas Raúl Guillermo.
Le scénario d’un «Raúl sans Raúl»
Pour une partie de l’exil cubain, le danger serait de voir Washington accepter une transition préservant l’essentiel du système castriste en échange de concessions économiques et politiques limitées.
Le scénario vénézuélien nourrit cette crainte. Plutôt que d’installer immédiatement l’opposition démocratique au pouvoir après la chute de Maduro, les États-Unis ont privilégié une collaboration avec une figure provenant du cœur de l’ancien régime.
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À Cuba, une solution comparable pourrait prendre la forme d’un «Raúl sans Raúl»: le maintien de l’appareil militaire et de ses intérêts économiques sous la conduite d’une génération plus jeune, jugée plus pragmatique.
Le quotidien espagnol ABC affirme cependant que les démarches entreprises par l’administration Trump auprès de «El Cangrejo» auraient échoué. Toutefois, cette information n’a pas été confirmée indépendamment. Plus largement, le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodríguez, déclarait à la fin juin que les pourparlers avec Washington n’avaient produit «aucun progrès».
Raúl Guillermo Rodríguez Castro apparaît donc comme l’un des hommes à surveiller dans la succession de Díaz-Canel et les négociations avec Washington. Son émergence révèle une réalité fondamentale: malgré les structures officielles du Parti communiste et de l’État, l’entourage familial de Raúl Castro conserve une influence considérable sur l’avenir du pays.
La révolution qui prétendait abolir les privilèges de naissance pourrait ainsi être tentée d’assurer sa survie par une forme de succession dynastique...












