Les médias couvrent la campagne électorale en insistant davantage sur les itinéraires et les «moments cocasses» que sur les idées.
Pour s’y retrouver dans cette élection où cinq partis se disputent notre attention, certains se tournent vers la fameuse boussole électorale.
La boussole débousoulée
Dans sa cuvée actuelle, celle-ci nous laisse toutefois plus perdus qu’éclairés, tant ses questions et ses axes paraissent désorientés — ou orientés!
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Les débats et l’examen attentif des plateformes seront donc déterminants. Sans prétendre à l’objectivité ni à l’exhaustivité, je tenterai d’apporter ma pierre à la réflexion collective en abordant quelques thèmes marquants.
Coût de la vie
Certaines propositions témoignent d’une étonnante «convergence de vues». C’est le cas de l’abolition de la TVQ sur les biens usagés, tournée en ridicule par le PLQ et jugée trop coûteuse par la CAQ.
L’enjeu peut sembler secondaire, mais la proposition est plus intéressante qu’il n’y paraît, notamment parce qu’elle est défendue par un improbable trio de partis, pour des motifs révélateurs.
Elle dessine un continuum allant de la planète au portefeuille. Le PCQ déplore la double ponction d’un État qui taxe deux fois le même bien, tandis que QS veut sauver la planète, un bien usagé à la fois. Le PQ balance entre ces deux pôles. Rares — et intéressantes — sont les propositions qui rallient un spectre politique aussi large.
Toujours sur le coût de la vie, QS mise notamment sur des épiceries d’inspiration Mamdani, une idée qui ne semble guère charmer les Québécois. Le PQ veut stimuler la concurrence famélique dans le secteur alimentaire et réduire les coûts de transport grâce à sa passe mobilité.
Le PLQ propose, de manière assez peu libérale, de contrôler les loyers dans les RPA. Le PCQ veut relever le montant personnel de base, tandis que la CAQ annonce une baisse d’impôt ciblant la population qu’elle cherche en priorité à séduire: les aînés.
Santé
La santé demeure la principale préoccupation d’une population vieillissante, de plus en plus insatisfaite des services qu’elle reçoit ou, plutôt, qu’elle ne reçoit pas.
Le changement de cap de la CAQ est frappant. Après avoir encadré les allers-retours entre le public et le privé, puis carrément interdit aux nouveaux médecins de pratiquer au privé pendant cinq ans, voilà qu’elle souhaite rouvrir la porte qu’elle avait claquée au nez du privé.
Le PCQ, fidèle à sa philosophie, propose lui aussi une plus grande mixité, à l’image de systèmes qui fonctionnent dans plusieurs pays européens.
Ce double engagement en faveur d’une plus grande place du privé constitue peut-être un signe des temps. La patience des Québécois est à bout et la désillusion devient palpable. Davantage de gens comprennent qu’un système peut être universel sans être exclusivement public.
Il y a toutefois un éléphant dans la pièce: les provinces ont les mains relativement liées par la Loi canadienne sur la santé. Toute promesse provinciale d’un virage important vers le privé doit donc être accueillie avec un grain de sel. Sur ce point, Danielle Smith a le mérite de nommer clairement le problème.
Les engagements de la CAQ et du PQ en matière de soins à domicile relèvent moins d’un éclair de génie que de l’évidence: nous n’aurons tout simplement pas les moyens d’institutionnaliser tous ceux qui auront besoin d’aide. Le maintien à domicile devient donc une nécessité, en plus de correspondre à la volonté des aînés.
Le PQ propose également un virage vers la prévention, davantage d’activité physique et une lutte contre la surprescription. D’excellentes idées, dont on parle depuis des années sans être parvenu à passer de la parole aux actes.
Les critiques lunaires fondées sur un prétendu «manque d’espace», qui ont fusé lorsque l’idée de faire 60 minutes d’activité physique par jour a fait surface, illustrent à quel point le statu quo constitue une force quasi immuable au Québec.
Efficacité de l’État
À l’exception de QS, les partis rivalisent de promesses sur l’efficacité gouvernementale, la surréglementation et la gestion responsable des finances publiques. Ces formules populaires ont toutefois l’inconvénient d’être terriblement vagues.
Quels postes veut-on supprimer? Quels règlements souhaite-t-on abolir? Lesquels sont réellement inutiles et lesquels, notamment en matière de logement et de patrimoine, entravent inutilement l’innovation ou la préservation?
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Abolition de Santé Québec, clauses crépusculaires pour freiner l’accumulation réglementaire, création d’un poste de directeur parlementaire du budget et gel exemplaire du salaire des élus: le PQ a déjà mis un peu de chair sur l’os.
Il faudra que tous les partis précisent leurs intentions durant les débats.
Éducation
En éducation, QS revient à la charge avec une variante de son projet de repas scolaires publics: confier au gouvernement l’achat des fournitures.
Si la première proposition avait suscité beaucoup de critiques, la seconde mériterait peut-être d’être expérimentée, à condition de ne pas entraîner de coût net supplémentaire.
Si les économies d’échelle et l’élimination d’achats inutiles permettaient de financer le programme par la réaffectation du crédit d’impôt accordé aux parents, pourquoi ne pas l’essayer?
QS fait également cavalier seul en proposant de retirer le financement public aux écoles privées subventionnées. Ceux qui adhèrent à la prémisse, abondamment véhiculée ces dernières années, selon laquelle les problèmes du réseau scolaire sont essentiellement financiers seront probablement séduits par cet engagement.
Pourtant, de nombreux Québécois, particulièrement ceux dont les enfants fréquentent le réseau, soupçonnent que le problème est beaucoup plus profond. Violence, composition des classes, socioconstructivisme, culture thérapeutique, nivellement par le bas: autant de problèmes que l’argent ne saura régler.
La bonne nouvelle, c’est que tout indique que nous aurons enfin des états généraux sur l’éducation pour en discuter. Il était temps.
Stratégie industrielle
Peu importe le résultat de l’élection, l’époque du «bar ouvert» des subventions aux entreprises semble définitivement terminée.
L’idée que l’État puisse verser des sommes considérables à des entreprises privées étrangères tout en demandant aux Québécois de se serrer la ceinture est probablement l’aspect du bilan caquiste qui a le plus irrité la population.
Le virage proposé par le PQ et le PCQ vers un environnement fiscal plus favorable à l’essor de nos propres entreprises semble nettement mieux accueilli.
Sur la main-d’œuvre, plusieurs formations politiques continuent de céder aux chants de sirène des chambres de commerce et à leur demande de seuils d’immigration élevés, plutôt que de favoriser l’automatisation et les gains de productivité. Or, notre taux de chômage ne cadre pas avec l’idée d’une économie en pénurie généralisée de travailleurs.
Familles
Sans surprise, la proposition de verser 100$ par semaine aux parents qui souhaitent prendre soin de leurs enfants a déclenché un débat aussi stérile que prévisible sur la meilleure façon d’aider les familles et de contrer la dénatalité.
La CAQ ne s’est pas contentée de proposer des bonifications intéressantes au RQAP: elle en a profité pour accuser Éric Duhaime de s’attaquer aux femmes, alors que sa proposition cherche surtout à compenser le manque notable d’options offertes aux familles.
Par ailleurs, ce débat repose en partie sur une prémisse erronée. Les politiques publiques peuvent réduire certains obstacles et faciliter la vie des familles, mais elles ne peuvent, à elles seules, renverser la tendance.
Le véritable changement de donne relève davantage de la culture: valoriser la famille, la transmission et l’idée que consacrer du temps à ses enfants n’est pas une ambition de second ordre.
Ainsi, un père qui passe ses dimanches à pique-niquer en famille pourrait paradoxalement envoyer un message plus puissant que bien des politiques publiques.
Culture
Si QS propose des investissements massifs en culture, le PQ aborde la question sous un angle moins fréquenté, que la CAQ a délaissé dans la foulée de sa décoalition tranquille: exposer les jeunes à la culture à l’école grâce à des listes de lecture, au chant et aux sorties.
Tous ne deviendront évidemment pas des passionnés, mais il faut bien commencer quelque part. On peut difficilement apprécier ce qu’on ne connaît pas et, à tout le moins, une exposition commune crée un bagage culturel partagé sur lequel on peut construire.
Cette mesure a évidemment fait grincer des dents à bien des «conservateurs» dont le jupon libertarien a soudain dépassé.
Certes, l’état laborieux de l’État québécois a désillusionné bien des Québécois. Nous sommes néanmoins nombreux à croire que l’État peut et doit élever la barre et agir pour le bien commun. Nous attendons simplement qu’un gouvernement ose nous le rappeler avec force.
L’obsession Trump
Reste la question que la CAQ souhaite voir dominer la campagne: Trump. Pour faire face aux tarifs, le PCQ propose de faire tomber les barrières entre les provinces. Le PQ veut une équipe suffisamment forte pour que le Québec cesse d’être tributaire du bon vouloir fédéral.
À en croire Ruba Ghazal, QS propose un curieux front commun avec Doug Ford: l’option nucléaire de couper l’électricité, une stratégie particulièrement malavisée alors que le faible niveau des réservoirs a récemment contraint Hydro-Québec à devenir importateur net d’électricité de New York.
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Avec l’entrée en vigueur des contre-tarifs canadiens, la CAQ cherche à maintenir ce thème à l’avant-plan grâce à une stratégie que plusieurs qualifient de mauvais théâtre.
Il serait bien entendu absurde de balayer la question sous le tapis: tarifs et contre-tarifs auront des conséquences réelles au Québec. Mais bien des électeurs, qui trouvent déjà la campagne longue, espèrent qu’elle ne tournera pas autour de ce seul thème pendant 40 jours.
D’ailleurs, ceux qui misent leur va-tout sur l’efficacité prévisible de la peur feraient bien de se rappeler que les Québécois sont réputés pour leur imprévisibilité dans l’isoloir.












