La crise du logement ne manque pas de solutions, mais de courage politique pour les appliquer. Dérèglementation, densification, innovation, créativité: le Québec et le Canada doivent agir maintenant.
L’expression «crise du logement» fait les manchettes depuis plus d’un lustre. Pourtant, nous sommes demeurés longtemps embourbés dans un débat improductif sur les causes du problème.
Heureusement, le vent tourne.
Immigration et surrèglementation
D’une part, plusieurs s’entendent désormais quant à l’impact délétère d’une politique migratoire libérale en complète inadéquation avec notre capacité d’accueil. Ceux qui sont tentés de voter pour le PLC et l’initiative du siècle – laquelle vise une population de 100 millions d’habitants au Canada avant 2100 – auraient sans doute intérêt à s’en rappeler d’ici le scrutin.
D’autre part, les divers paliers de gouvernements réalisent peu à peu qu’ils doivent concentrer leurs efforts sur ce qu’ils contrôlent, nommément dérèglementer pour construire plus et mieux.
Si la campagne fédérale n’avait pas été détournée par Trump, la crise du logement figurerait en tête de liste des sujets discutés.
Malgré cette sérieuse part d’ombre, le logement a tout de même fait l’objet de suggestions pertinentes du PCC: éliminer la TPS sur les maisons neuves de moins d’1,3 million et rembourser aux villes la moitié des taxes d’aménagement facturées aux promoteurs pour couvrir une partie des coûts d’infrastructures.
Au Québec, il faut croire que celle que QS désigne comme la «Marie-Antoinette» du logement a fait ses devoirs, elle qui semble résolue à s’inspirer du succès d’Austin, une des rares métropoles du continent où les loyers chutent, non pas en vertu d’un registre ou d’un carcan réglementaire plus serré, mais grâce à une déréglementation et un boom sans précédent des mises en chantier.
D'autres étapes à franchir
À cet égard, la loi 31 marque un premier jalon prometteur. Elle dote les villes, la Société d’habitation du Québec et les sociétés de transport de nouveaux pouvoirs afin qu’elles contribuent à relever le défi du logement.
Plusieurs ont répondu à l’appel avec vigueur, dont la filiale immobilière de la STM ainsi que les villes de Longueuil et Laval qui se démarquent là ou Montréal fait piètre figure.
De plus, même si elle aurait pu aller infiniment plus loin, saluons la loi 51 qui a dépoussiéré l’industrie de la construction.
Cela dit, d’autres allégements réglementaires s’imposent. En l’occurrence, lever les freins au logement intergénérationnel s’avère primordial face aux enjeux démographiques et économiques que nous connaissons. C’est pourquoi les minimaisons et les habitations bigénérationnelles devraient être approuvées de facto sur l’ensemble du territoire québécois.
À ce sujet: Crise du logement au Canada: «c’est encore juste le début»
En outre, Québec gagnerait à emboîter le pas à la Colombie-Britannique et à plusieurs juridictions américaines, qui autorisent dorénavant les bâtiments résidentiels jusqu’à six étages à ne posséder qu’un seul escalier.
Ces changements peuvent paraître anodins, mais ceux qui connaissent les réalités du terrain savent qu’ils peuvent revêtir des impacts significatifs.
Une autre clé négligée concerne l’abandon des ratios minimums de stationnement qui freinent dans l’ombre tant de projets emballants. Alors que cette petite révolution est bien entamée ailleurs, elle demeure marginale chez nous.
La Ville de Québec incarne la figure de proue de ce mouvement ici. Sans grande surprise, son courage ne lui a pas valu une salve d’applaudissements, mais une volée de bois vert. Il faut dire que le concept est mal compris.
Soyons clairs: abolir les ratios minimums ne signifie pas interdire le stationnement. Cela implique simplement de laisser les forces du marché opérer dans un contexte de mobilité effervescent.
Culdesac en Arizona: un projet dont s’inspirer
Dans cette réalité polarisée, le projet Culdesac, en Arizona, mérite toute notre attention. C’est au cœur d’un bastion républicain où le pick-up règne en maître, qu’a émergé ce quartier sans voitures fondé sur la proximité et un cocktail d’offre de transport. Le tout attire une population ravie d’économiser les quelque 900$ mensuels que coûte un véhicule.
Résultat: des rues animées, des commerces bondés et surtout, une vie communautaire foisonnante. Sans chercher à nier la réalité dans laquelle il s’inscrit, le projet propose une alternative compatible avec les désirs d’un nombre croissant de citoyens.
Ce n’est évidemment pas pour tout le monde — et c’est très bien ainsi — mais cela démontre qu’un autre modèle est non seulement possible, mais désirable et viable.
L’instigateur de Culdesac ne garde pas jalousement son succès. Au contraire, il invite quiconque à venir constater de visu le fruit de sa vision et à l’imiter gaiement. Espérons que nos promoteurs auront l’audace de s’aventurer dans ce cul-de-sac pour sortir de l’impasse.













