Le 23 juin 2002, un récidiviste enlevait, agressait sexuellement et assassinait Julie Boisvenu à Sherbrooke, alors qu’elle était âgée de 27 ans. Son père allait ensuite devenir un grand défenseur des familles de personnes assassinées ou disparues.
«Un de mes premiers combats a été de s’assurer que les caméras de surveillance dans les grands centres urbains enregistrent les images plutôt qu’il y ait juste un visionnement qui soit fait par des travailleurs du 911», souligne le sénateur Boisvenu en entrevue avec Libre Média.
«Aujourd’hui, la plupart des villes ont des caméras au centre-ville qui enregistrent les images qui peuvent servir de preuves si une agression sexuelle ou un enlèvement a lieu», précise-t-il.
Une nouvelle association pour défendre les victimes
C’est en 2005 que Pierre-Hugues Boisvenu a créé l’Association des familles de personnes assassinées ou disparues (AFPAD).
«Avec trois pères de familles (M. Bolduc, M. Surprenant et M. Carretta) qui ont vécu la même chose que moi, j’ai fondé l’AFPAD. C’était important que je fasse cela avec des pères dont les quatre filles ont été assassinées, car je voulais donner une voie masculine face à la violence faite aux femmes. C’est pour cette raison que ce sont quatre hommes qui ont créé cette association».
L’organisation compte aujourd’hui 700 membres dont un proche a été assassiné ou est disparu en raison d’un acte criminel. L’AFPAD a deux bureaux à Québec et à Montréal et organise des activités toutes les semaines avec les familles.
«Dès qu’un meurtre se produit au Québec, l’AFPAD entre en contact avec la famille pour permettre que celle-ci puisse rencontrer d’autres familles qui ont vécu la même chose qu’elle. Le succès de cette organisation représente un héritage positif pour moi», raconte-t-il.
Quand Pierre-Hugues Boisvenu a fondé l’AFPAD, il a contacté «tous les partis politiques sur les scènes provinciale et fédérale».
«Au Québec, c’était le premier ministre Charest qui était mon député à Sherbrooke. Durant ses années au pouvoir, Jean Charest m’a permis d’entrer facilement en contact avec les ministres. Grâce à l’aide du gouvernement Charest, on a pu changer des lois rapidement dans le soutien aux victimes», poursuit-il.
L’arrivée chez les conservateurs
En 2010, le premier ministre Stephen Harper a nommé M. Boisvenu sénateur et depuis ce temps, ce dernier siège à la Chambre haute du Parlement canadien.
«En août 2005, Stephen Harper était de passage à Sherbrooke […]. C’est une députée conservatrice qui m’a contacté pour me demander si je voulais rencontrer M. Harper. J’ai discuté avec lui pendant une trentaine de minutes pour lui présenter douze demandes que notre association des avait formulé au cours des quelques mois de son existence», relate-t-il.
Au niveau fédéral, seuls le Bloc québécois et le Parti conservateur l’ont approché pour discuter avec lui des préoccupations de l’AFPAD.
«Étant donné que le Bloc québécois ne pouvait pas accéder au pouvoir, j’ai développé de bonnes relations avec les conservateurs, car je savais qu’ils formeraient un jour le gouvernement. Le 23 janvier 2006, le Parti conservateur a pris le pouvoir. Je voulais que le gouvernement fédéral change des lois judiciaires pour mieux protéger les victimes et le PCC était ouvert au projet».
De 2005 à 2010, M. Boisvenu a été en contact étroit avec le premier ministre Harper et son caucus.
«Cela nous a permis de préparer le terrain pour que le PCC devienne le parti des victimes. Stephen Harper disait lui-même que les conservateurs étaient le parti des victimes».
«En 2010, M. Harper m’a appelé pour me dire qu’il aimerait que je sois le porte-parole du parti pour défendre les droits des victimes. J’ai lui a dit que j’allais en politique pour faire adopter une charte des droits des victimes […]. La charte en question a été adoptée en 2015 tel que promis par M. Harper», rappelle le sénateur.
Quand le PCC a perdu le pouvoir en 2015, les douze demandes que M. Boisvenu avait revendiquées en 2005 ont été réalisées par le gouvernement Harper.
La charte des droits des victimes
20 ans après la mort tragique de sa fille, la plus grande réalisation du sénateur Boisvenu a été selon lui l’adoption de la charte des droits des victimes.
«Après des années de travail au Sénat, on a réussi à faire adopter cette législation qui est primordiale pour les victimes d’actes criminels et j’en suis fier. Cependant, il reste encore du travail à faire pour les 18 mois qu’il me reste au Sénat. Le reste de mon temps sera consacré au combat contre la violence conjugale et à l’adoption de mon projet de loi de loi S-205 afin que les femmes qui dénoncent leur conjoint violent n’aient pas à le faire au péril de leur vie», conclut-il.













