Un mandat aussi fort peut être empoisonné

François Legault célèbre sa réélection au poste de premier ministre du Québec au théâtre Capitole à Québec, le soir du 3 octobre 2022. Photo: Alexis Aubin pour l’AFP.

Vendredi le 7 octobre 2022, à 12:30

Le 3 octobre dernier, les Québécois ont accordé à la CAQ un deuxième mandat majoritaire. Notre chroniqueur Simon Leduc nous donne ses impressions sur les impacts de ce scrutin.

 

Force est de constater que les Québécois ont été satisfaits de la crise de la pandémie du gouvernement Legault. Ce dernier a obtenu 41% des voix et a fait élire 90 députés. C’est une victoire éclatante pour les caquistes, mais cela pourrait causer deux problèmes au premier ministre.

 

Tout d’abord, plusieurs observateurs ont dénoncé l’arrogance de François Legault durant la pandémie. Pendant deux ans, le tout puissant leader caquiste a régné sur la Belle Province. Toute critique à son égard était perçue comme un geste déloyal envers la collectivité québécoise.

 

Un Legault arrogant

 

Avec maintenant quatorze élus de plus, l’arrogance du premier ministre pourrait-elle empirer? Chose certaine, en 2026, ce gouvernement sera usé par huit années de pouvoir.

 

Ensuite, François Legault pourrait avoir de la difficulté à gérer un énorme caucus de 90 députés.  Un bon nombre d’entre eux voudront leur place au Conseil des ministres.

 

Dans la formation de son futur Cabinet, François Legault fera donc des mécontents. Cela causera possiblement des tensions, notamment lors des réunions du caucus de la CAQ.

 

En 2026, c’est une CAQ divisée et affaiblie qui pourrait se présenter devant les électeurs.

 

Il ne faut pas oublier que Robert Bourassa avait formé le plus solide gouvernement majoritaire (102 députés sur 108) de l’histoire du Québec. Que s’est-il passé trois ans plus tard? Il a perdu le pouvoir aux mains de René Lévesque.

 

François Legault va-t-il subir le même sort?  Seul le temps nous le dira. 

 

Une défaite historique pour le PLQ

 

Lundi soir dernier (le 3 octobre), le vénérable Parti libéral du Québec a subi sa pire défaite de son histoire. Il a fait élire 21 députés et obtenu un famélique 14% des voix.

 

Ce dernier a perdu 11% d’appuis en seulement quatre ans. En conséquence, le PLQ est un quasi parti fantôme dans tout le Québec, sauf sur l’Île-de-Montréal et les environs. 

 

Comment expliquer l’abandon du vote francophone chez le PLQ? Pour répondre à cette interrogation, un retour en arrière s’impose. 

 

De 1970 à 1994, le Parti libéral du Québec était le parti politique de l’économie et du nationalisme modéré. Ces deux éléments étaient les marques de commerce de Robert Bourassa.

 

Durant son passage au pouvoir, l’ancien premier ministre libéral a mis en place d’ambitieuses politiques économiques et nationalistes: le développement hydroélectrique (la Baie-James), la loi 22, qui a fait du français la langue officielle du Québec et la loi 178 qui a fait du français la seule langue prédominante dans l’affichage commercial, etc.    

 

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Sous le leadership de Dominique Anglade, les libéraux ont fait un bizarre virage à gauche. Ils ont abandonné l’économie et fait de l’environnement leur principal cheval de bataille. L’aversion pour le nationalisme de la nouvelle cheffe a fait fuir le peu de francophones qui l’appuyaient encore. 

 

Afin de reconquérir la majorité historique francophone, le PLQ doit redevenir le parti de l’économie et du nationalisme modéré et assumé.

 

Par exemple, les libéraux pourraient proposer une politique responsable d’exploitation des ressources naturelles et une politique aux accents identitaires plus axée sur les francophones. 

 

Dominique Anglade n’est pas la bonne personne pour entamer ces virages. André Fortin, le député de Pontiac, représente la seule solution de rechange à la cheffe actuelle. Son profil économique et sa jeunesse font de lui le candidat parfait pour lui succéder.

 

Le PQ a survécu

 

Au début de la campagne électorale, les observateurs politiques prédisaient la mort du Parti québécois.

 

Grâce à une campagne positive et efficace, Paul St-Pierre Plamondon a sauvé le navire péquiste du naufrage. Ce dernier a été élu dans Camille-Laurin et il fera son entrée à l’Assemblée nationale avec deux autres députés: Joël Arseneau (Île-de-la-Madeleine) et Pascal Bérubé (Matane-Matapédia).   

 

Il faut se rendre à l’évidence: le PQ n’est plus un parti qui aspire au pouvoir. Le PQ doit centrer son discours sur l’identité et l’indépendance.

 

Durant le prochain mandat, Paul St-Pierre Plamondon aura l’occasion de démontrer les limites du nationalisme mou de la CAQ.   

 

Ottawa pourrait rejeter toutes les revendications du gouvernement Legault, notamment en immigration. C’est dans cette optique que le PQ pourrait redevenir le champion de l’identité. 

 

Après l’échec autonomiste de la CAQ, le PQ aurait une chance de redevenir le seul rempart restant contre le déclin du fait français et de la survie de la nation québécoise.

 

S’il réussit à se démarquer sur ce plan, le PQ peut espérer reconquérir une partie des francophones qui a désertés pour la CAQ depuis 2018. De ce fait, la place du PQ dans le paysage politique québécois serait maintenue dans un avenir rapproché. 

 

QS est un parti exclusivement urbain

 

Le 3 octobre, Québec solidaire voulait devenir un parti de masse. Pour accomplir cela, il devait sortir des centres urbains et conquérir les banlieues. Force est de constater que les solidaires ont perdu leur pari.

 

D’une part, QS a obtenu 14 991 votes de moins que lors des élections générales de 2018.  Sa croissance a ainsi pris fin.

 

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De plus, Québec solidaire est surtout populaire dans les zones urbaines (l’est de Montréal et à Québec) et sur les campus universitaires (Sherbrooke). La perte d’Émilise Lessard-Therrien, député battu de Rouyn-Noranda, prouve la grande difficulté de Gabriel Nadeau-Dubois à s’implanter en région.

 

Tant et aussi longtemps que le discours de Québec solidaire restera campé à gauche, une percée dans les banlieues et les zones rurales sera presque impossible. 

 

La lente ascension du PCQ

 

Le Parti conservateur du Québec est le seul parti d’opposition qui a fait des gains le 3 octobre dernier.  Le PCQ est passé de 1,5% en 2018 à 13% en 2022. Il faut reconnaître que c’est une énorme progression pour ce parti de centre droit. 

 

Le PCQ est maintenant un parti politique établi et c’est grâce au travail acharné de son chef Éric Duhaime. Avec ce dernier à sa tête, le PCQ est bien implanté dans le paysage politique québécois. 

 

Malgré cela, les conservateurs n’ont pas réussi à faire élire de députés. Par contre, ils sont arrivés deuxièmes dans 28 circonscriptions, ce qui n’est pas rien. Cela veut dire que ce parti a des racines solides dans la région de Québec et en Beauce.

 

Malgré tout, les conservateurs auraient pu faire mieux, et ce, pour deux raisons. 

 

Tout d’abord, Éric Duhaime aurait dû se concentrer là où il avait des chances de faire élire des députés: Chauveau, Beauce-Nord et Beauce-Sud. Or, le chef conservateur a fait campagne dans des endroits moins sympathiques aux valeurs conservatrices. Cela a peut-être causé sa défaite dans Chauveau et de ses deux candidats en terre beauceronne.  

 

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Ensuite, la campagne conservatrice devait être concentrée sur cinq mesures concrètes au lieu de se perdre dans d’innombrables propositions. Cette tactique a fait ses preuves en 2006.

 

Stephen Harper est devenu premier ministre du Canada avec une campagne qui portait sur cinq points précis. Lors de la campagne de 2026, les stratèges du PCQ devront utiliser la méthode Harper afin de bonifier ses appuis et permettre au parti de faire son entrée au parlement de Québec. 

 

Pour les quatre prochaines années, l’objectif d’Éric Duhaime sera de renforcer sa base militante dans les endroits qui lui sont favorables.

 

Le PCQ pourra bénéficier d’une allocution annuelle de 1.392 489,05 millions de dollars provenant du Directeur général des élections (1.71$ par vote obtenu).

 

Le PCQ aura les ressources humaines et financières pour construire une base militante plus solide et expérimentée.

 

En terminant, une alliance avec le Parti conservateur du Canada pourrait être bénéfique pour le Parti conservateur du Québec. Éric Duhaime connaît très bien Pierre Poilievre et ils partagent la même philosophie politique.

 

Ces derniers pourraient s’unir et s’aider mutuellement lors des élections fédérales et provinciales. Un tel rapprochement permettrait au PCQ de bénéficier d’une armée de bénévoles pour mieux faire sortir son vote.