Télétravail: jeter l’eau du bain, prendre soin du bébé

Photo: Vitaly GARIEV pour Unsplash.

Jeudi le 19 février 2026, à 09:30

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Télétravail: jeter l’eau du bain, prendre soin du bébé
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Décrié pour ses dérives, le télétravail révèle pourtant des vertus ignorées pour les proches aidants comme pour la natalité. Faut-il vraiment tourner la page?

 

Plusieurs travailleurs croyaient que l’essor du télétravail constituerait l’un des rares legs durables de la pandémie. Certains tellement convaincus qu’ils se sont exilés loin de la ville, et de leur emploi. 

 

Depuis peu, le vent a tourné. Le doute s’est installé.

 

Après une période de grâce où tout un chacun encensait ses avantages aussi abondants qu’évidents, le télétravail est tombé en défaveur. 

 

Le retour du balancier s’est avéré brutal: ses atouts ne brillent plus de mille feux, tandis que ses zones d’ombre, elles, sautent aux yeux. 

 

Villes fantômes

 

Nous avons beaucoup évoqué la désertion des bureaux qui dévitalise le cœur de villes.

 

D’aucuns y voient une simple complainte économique, réduite aux doléances de commerçants privés de clients ou de propriétaires catastrophés par les taux d’inoccupation de leurs tours.   

 

Pourtant, si l’on considère le moteur de dynamisme et de créativité que génère la concentration de talent, il apparaît clair que l’enjeu des villes fantômes est, d’abord et avant tout, humain.  

 

D’ailleurs, s’il n’y a qu’une leçon que nous aurions dû tirer de la pandémie, c’est précisément l’incroyable et indicible pouvoir des relations humaines incarnées. 

 

Si le télétravail n’a d’abord pas semblé affecter outre mesure les relations de travail et l’esprit de corps, c’est en grande partie parce que nous avons longtemps surfé sur des liens déjà tissés. 

 

Quand le roulement a fait son œuvre, la difficulté d’intégrer les nouvelles recrues est apparue au grand jour. Autrement dit, les failles de la connexion numérique ont soudain crevé l’écran. 

 

Les jeunes écopent encore. Et la fraternité malmenée s’en trouve davantage effritée. 

 

Critiques senties et angles morts

 

C’est pourquoi bien peu de commentateurs se sont montrés sensibles aux protestations des fonctionnaires dans la foulée du resserrement des politiques de télétravail. Au contraire, les jugements se sont avérés sévères, voire sans appel. 

 

Certes, ces critiques bien senties soulignent des travers prégnants du télétravail. Comme ce dernier a atteint son apogée durant la pandémie, l’aura d’encabanement sanitaire et d’isolement social qui l’entoure s'accroche solidement. 

 

Au fond, les critiques tenaient en deux mots : la paresse, vêtue de «mou» bien au chaud dans sa bulle et l’égoïsme du «je, me, moi» atomisé. 

 

Pourtant, la face cachée du télétravail révèle des aspects lumineux insoupçonnés.

 

Aux yeux des proches aidants, sans conteste les plus vaillants et altruistes d’entre nous, le télétravail représente surtout un moyen de conjuguer leur emploi avec ce qui nous rend le plus humains: prendre soin.  

 

Récemment, nous sommes nombreux à nous réjouir que les efforts colossaux de certains proches aidants se voient enfin soulignés et rémunérés, surtout à l’ère où les limites du tout-à-l’État apparaissent clairement. 

 

Cela dit, ces bonnes nouvelles seront vite oubliées si nous donnons d’une main pour reprendre de l’autre. Ainsi, toutes les politiques de télétravail devraient inclure des exceptions pour les proches aidants qui s’en réclament. 

 

Télétravail et fécondité

 

Logiquement, il devrait en aller de même pour les parents de jeunes enfants qui, eux aussi, jonglent avec les impératifs du soin.

 

Alors que la natalité chute partout en Occident, plusieurs se questionnent quant aux moyens de permettre aux gens de réaliser leur désir d’enfants. 

 

Les pistes sont nombreuses. La France a depuis peu annoncé qu’elle misera, entre autres, sur des lettres qui rappelleront périodiquement à ses jeunes citoyens les réalités biologiques de la fécondité.

 

D’aucuns tablent sur des mesures fiscales ou proposent de s’attaquer en priorité au coût stratosphérique du logement. 

 

Enfin, pour ceux qui constatent la montée du mouvement «no kids» avec ses multiples variantes DINKs, SINKs, SINBADs, DINKWADs, etc., ainsi que la publicisation du recours aux stérilisations précoces électives, il apparaît clair que l’enjeu concerne au premier chef la culture. 

 

In fine, ces derniers concluent que, étant donné que bien peu de moyens étatiques peuvent aspirer à changer la donne, il vaut mieux abdiquer.  

 

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Or, une vaste étude de Stanford vient tout juste de démontrer une relation statistique positive entre le télétravail et la fécondité. 

 

Nous serions fous d’ignorer ces données. D’autant plus que, contrairement à la majorité des mesures, le travail à distance représente une solution éprouvée, facile à mettre en œuvre et gratuite

À l’aube d’un changement de cap face au télétravail, évitons le piège des politiques inflexibles qui, sous prétexte de ramener l’humanité, finissent par l’entraver. 

 

Après tout, la présence au travail revêt une importance indéniable, mais parfois, c’est précisément la distance qui nous permet de veiller sur nos proches.