Alors que l’Union européenne envisage d’interdire les réseaux sociaux aux mineurs, des associations redoutent une mesure attentatoire aux libertés et appellent à encadrer les plateformes plutôt que les jeunes.
Le remède pourrait-il faire plus de mal que de bien? Alors que l’Union européenne envisage d’interdire l’accès aux réseaux sociaux aux jeunes en dessous d’un certain âge, des associations et des experts mettent en garde contre de possibles atteintes aux libertés fondamentales.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, dévoilera le 16 septembre, lors de son discours de rentrée devant les eurodéputés à Strasbourg, des propositions très attendues sur la protection des mineurs en ligne.
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Elles devraient inclure une interdiction des plateformes pour les enfants, voire les adolescents, à l’échelle européenne. En juillet, des experts avaient recommandé que cette interdiction s’applique aux moins de 13 ans, tandis que la France plaide pour une limite plus élevée, fixée à 15 ans.
L’objectif affiché est de protéger les jeunes contre les risques liés au numérique: dépendance aux écrans, manque de sommeil, harcèlement ou encore troubles alimentaires.
Des droits fondamentaux menacés?
S’ils partagent cet objectif, des représentants de la société civile, des défenseurs des droits des enfants et des militants des libertés numériques s’inquiètent néanmoins des conséquences de telles mesures.
«Nous sommes opposés au principe de restreindre la participation en ligne des enfants, car cela violerait leurs droits à la liberté d’expression et à l’accès à l’information, qui sont des droits fondamentaux», consacrés notamment par les Nations unies, explique Christian Cirhigiri, de l’association CDT Europe, dans un entretien à l’AFP.
Dans un monde toujours plus connecté, une telle restriction pourrait priver les jeunes d’activités, de liens sociaux et de ressources utiles à leur développement.
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«L’accès aux réseaux et aux espaces en ligne est devenu primordial pour l’exercice de nos droits. Les jeunes veulent s’exprimer, s’informer, se rassembler et participer. On ne peut pas juste leur dire qu’ils n’ont qu’à aller s’amuser dehors», alors même qu’on les exclut de plus en plus des espaces publics, abonde Simeon de Brouwer, de l’ONG European Digital Rights (EDRi).
Plus de 130 experts et organisations se sont également opposés à une interdiction fondée sur l’âge. Dans une lettre adressée à Ursula von der Leyen et consultée par l’AFP, ils estiment qu’une telle mesure ferait peser le «fardeau de la sécurité en ligne» sur les familles.
La vérification d’âge inquiète
Au-delà des droits des jeunes, les adultes pourraient aussi être touchés par les systèmes de vérification d’âge envisagés pour faire respecter ces restrictions.
Bruxelles a présenté il y a quelques mois sa propre solution, mais des chercheurs indépendants ont rapidement relevé des failles techniques, alimentant les doutes quant à la protection de l’anonymat.
Pour Christian Cirhigiri, cet outil, qui s’appuie sur des documents d’identité, pourrait également être une source de discrimination pour les personnes sans papiers en règle ou réticentes à présenter leurs documents.
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Il redoute en outre «un effet dissuasif» sur la liberté d’expression: l’obligation de prouver son âge ou son identité pourrait décourager des internautes de fréquenter certaines plateformes.
«La plateforme ne saura pas quelle est l’identité de la personne ni même sa date de naissance. La seule information qu’elle obtiendra, c’est la confirmation que le citoyen X a simplement l’âge requis», a cherché à rassurer mardi Thomas Regnier, porte-parole de la Commission européenne.
L’idée d’une interdiction bénéficie d’un large soutien parmi les 27 États membres, même si elle ne fait pas l’unanimité.
«Les enfants participent à la société de l’information, ce sont plutôt les plateformes qui doivent changer», a déclaré à l’AFP Liisa-Ly Pakosta, ministre estonienne de la Justice et des Affaires numériques, l’une des rares responsables à s’y opposer ouvertement.
La situation pourrait toutefois être différente au Parlement européen. Celui-ci s’est récemment opposé à certaines mesures de lutte contre les contenus pédopornographiques en ligne, surnommées «Chat Control» par leurs détracteurs, parce qu’il les jugeait excessivement intrusives.
Réguler les plateformes plutôt que les jeunes
Pour Simeon de Brouwer, l’Union européenne ferait mieux de s’attaquer aux causes profondes du problème: le modèle économique des plateformes, fondé sur la maximisation du temps passé en ligne et de l’«engagement», qui stimule leurs revenus publicitaires.
«Le problème n’est pas que les jeunes soient en ligne, c’est que les espaces en ligne rendent les jeunes facilement accessibles aux prédateurs, aux arnaqueurs et à d’autres acteurs malveillants, en plus de favoriser la dépendance», explique-t-il.
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«Pour vraiment protéger les enfants, il faut réguler les plateformes plutôt que limiter la participation des jeunes», juge également Christian Cirhigiri.
L’Union européenne dispose déjà d’outils législatifs, notamment le règlement sur les services numériques (DSA), qu’elle a utilisé pour demander à Meta et à TikTok de corriger des fonctionnalités jugées particulièrement addictives.
Simeon de Brouwer établit un parallèle avec la pratique du vélo. Celle-ci peut être dangereuse pour les adultes comme pour les jeunes, mais plutôt que de l’interdire, les autorités accompagnent les usagers et mettent en place des mesures de sécurité profitant à toute la population.













