Pierre Poilievre, des libertés pour accroître l’autonomie du Canada

Entrevue

Photo: page Facebook officielle de Pierre Poilievre.

Vendredi le 19 août 2022, à 17:10

Favori dans la course à la chefferie du Parti conservateur, Pierre Poilievre entend rompre complètement avec le régime de contrôle social instauré avec la Covid-19. Une recette gagnante au pays du «safe space»? Entrevue. 


«Le gouvernement Trudeau a essayé d’utiliser la pandémie pour augmenter son pouvoir et celui de l’État canadien», assure Pierre Poilievre en entrevue avec Libre Média
 
Il poursuit: «les exemples sont tellement nombreux de cas où Justin Trudeau a voulu étendre le pouvoir de l’État que je ne sais plus par où commencer! Prenons par exemple son projet de réglementer tous les contenus sur internet et sa volonté de forcer les gens à recevoir un vaccin contre leur volonté personnelle».
 

Un Canada trop dépendant?

 
Ex-ministre du gouvernement de Stephen Harper ayant officiellement reçu son appui, Pierre Poilievre veut d’abord réduire l’inflation, une situation qu’il attribue beaucoup plus aux politiques libérales qu’à la guerre en Ukraine.

Si le conflit en Ukraine peut avoir eu un seul côté positif dans la tragédie, c’est d’avoir démontré la trop grande dépendance du Canada envers d’autres pays, en particulier dans les domaines alimentaire et énergétique.
 

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«On ne crée pas assez de produits essentiels ici au Canada. On dépend beaucoup trop d’autres pays pour nous nourrir et recevoir des médicaments. […] On achète ailleurs parce que la surrèglementation fait monter les prix de ce qu’on produit ici», analyse le député conservateur. 
 
Pierre Poilievre croit que c’est en réduisant la taille de l’État, mais toujours dans le cadre de la mondialisation que les Canadiens parviendront à se réapproprier leur destinée économique et une partie de leur souveraineté alimentaire.
 

Lutter contre le sentiment de dépossession 

 
Pourtant, ces dernières décennies, le libre-échange a favorisé la délocalisation de plusieurs entreprises au profit de pays tiers et émergents. Plusieurs économistes lient la mondialisation économique à la perte de souveraineté.
 
Mais le grand favori dans la course à la chefferie des conservateurs n’y voit pas de contradiction. Au contraire, il estime que c’est en donnant plus de libertés aux citoyens et en «réduisant les taxes» que le Canada pourra produire davantage localement.
 
«Le problème, ce n’est pas la liberté économique au Canada et à l’échelle mondiale. C’est le fait d’avoir tout un appareil bureaucratique empêchant nos producteurs d’être plus autonomes et compétitifs. […] Le gouvernement est trop lourd».
 
Il croit aussi que c’est en redevenant plus autonome que le Canada parviendra à regagner de l’influence dans le monde, le gouvernement Trudeau ayant provoqué une véritable dégringolade de ce pays autrefois très respecté dans les relations internationales. 
 
«Il faut rapatrier l’exploitation des minéraux stratégiques pour récupérer l’influence géopolitique que nous avons perdue. […] Nous sommes contre l’invasion russe et il faut fournir des armes à l’Ukraine, mais la question énergétique est centrale. L’Occident a cédé des marchés importants à des dictatures», avertit notre interlocuteur. 
 

Des médias pro-Trudeau?

 
Accusé par ses adversaires et des analystes de «faire de la politique à l’américaine», le principal intéressé se défend plutôt de vouloir faire de la politique «pour le peuple», sa priorité étant de lutter contre le sentiment de dépossession affectant un pan de la population. 

Ce sentiment a été exacerbé par la pandémie de Covid-19, un nombre grandissant de Canadiens ne se sentant plus représentés par les politiciens et dans les grandes institutions. 
 
À ce sujet, Pierre Poilievre mène aussi une lutte contre les grands canaux d’information qu’il appelle les «médias parlementaires», c’est-à-dire les médias comme le réseau CTV, Radio-Canada ou Global News, financés en partie ou en entier par l’État. 
 
Pour le politicien de 43 ans originaire de l'Ouest du pays, ces médias ne se gênent même plus pour soutenir Justin Trudeau, alors que le rôle des médias serait plutôt de «rendre imputables les gouvernements».

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«Je contourne les médias traditionnels pour livrer directement mon message aux gens. C’est la raison pour laquelle j’ai pu attirer un aussi grand nombre de membres au Parti conservateur sans leur accorder d’entrevue. Je ne veux pas laisser à ces médias biaisés le pouvoir de contrôler ma campagne».
 

Et la place du Québec?

 

Pierre Poilievre assure que le Québec jouerait «un grand rôle au sein de son gouvernement» s’il devenait premier ministre fédéral.
 
«Ma femme est montréalaise, j’ai des racines canadiennes-françaises et ma fille fréquente une garderie francophone», dit-il.
 
Se décrivant comme un amoureux de la langue française et du Québec, il s’oppose néanmoins à la loi 21, un symbole du nationalisme caquiste qu’il perçoit plutôt en penseur libéral anglo-saxon comme une atteinte aux libertés individuelles. Un obstacle pour récolter l'appui des militants conservateurs du Québec?