Les luttes imaginaires de Catherine Dorion

Catherine Dorion fait une apparition à l'Assemblée nationale vêtue d'un coton ouaté orange, le 25 septembre 2019. Photo: compte X de QUB Radio.

Mercredi le 15 novembre 2023, à 12:30

Notre rédacteur en chef a lu le dernier livre de Catherine Dorion dans lequel elle attaque son ancien parti et s’en prend au monde du travail qu’elle juge trop exigeant. Voici son compte rendu.

 

J’ai lu le dernier livre de Catherine Dorion pour mieux comprendre son univers mental et ce qu’il traduit sociologiquement, et je ne suis pas certain d’être ressorti de ma lecture plus optimiste pour l’avenir du Québec et de l’Occident en général.

 

Malgré une belle critique surprise de la gestion de la pandémie par le gouvernement Legault et de la couverture médiatique de cette période encore taboue, le manque de sincérité et de profondeur de l’ex-députée est rebutant.

 

Deux éléments ressortent particulièrement du lot: l’absence de cause véritable et le caractère juvénile d’une œuvre parfois à la limite de la paranoïa.

 

Des moulins à vent 

 

En effet, l’une des choses qui m’a le plus frappé est l’absence de cause et d’ennemis identifiables, dans la mesure où le système qu’elle prétend combattre lui a toujours déroulé le tapis rouge. Pas simple de se décrire comme une rebelle «antisystème» quand on a tout le système avec soi…

 

Que combat-elle exactement? Je me suis posé la question plusieurs fois.

 

L’adversaire abstrait et flou contre lequel elle dit lutter avec son art – la mondialisation néolibérale – se confond avec sa vie de députée et de personnalité publique, ce qui revient à dire qu’elle combat non pas un acteur qui lui est extérieur ni des injustices inacceptables autour d’elle, mais la vie qu’elle s’est construite elle-même en tant que femme entièrement libre de ses choix. Autant dire que ça tourne en rond.

 

Sa rébellion n'est pas vraiment d'ordre sociologique, mais plutôt d’ordre psychologique. Son malaise provient surtout du fait qu’elle n'arrive pas à trouver en elle les ressources pour vivre comme elle le voudrait. Elle confond son rapport personnel et très conflictuel au monde du travail avec un engagement politique. Pour elle, travailler, c’est se faire «voler du temps».

 

À ce sujet: Catherine Dorion à la défense des «anti-vax»

 

Non seulement Mme Dorion ne parvient pas à se trouver un seul défaut en 368 pages, mais elle ne réussit jamais non plus à identifier ni encore moins à définir clairement contre ce quoi elle guerroie. Est-elle une militante écologiste, une amie des Autochtones et des Inuits, une défenseuse acharnée des droits des travailleurs? Pas vraiment.

 

La vérité est que Catherine Dorion milite avant tout pour elle-même et pour personne d’autre, contre ses démons intérieurs, dans une quête sans fin de l'énergie créatrice de son égo présentée comme le summum de l’existence.

 

Le problème est que ce trip qu’elle recherche tant est vide – elle compare l’expérience de son local électoral à «un merveilleux trip de drogue» – comme si le seul fait de se montrer coloré, créatif et original au quotidien pouvait nous dispenser de travailler fort à de vrais changements de nature politique et sociétale.

 

Jamais responsable de rien 

 

Ensuite, Catherine Dorion semble persuadée d’avoir été utilisée par les médias – même par ceux de gauche comme Radio-Canada et Le Devoir – pour leur faire générer des clics et donc des revenus.

 

Non seulement elle n’est jamais responsable des divers rebondissements provoqués par ses propres coups d’éclat (port de son célèbre coton ouaté, vidéos dites controversées, etc.), mais elle se projette constamment au centre d’un grand récit dont elle aurait été le personnage principal. Malgré elle.

 

«Le milieu de la politique partisane et celui des médias politiques fabriquent ensemble, main dans la main, une espèce de téléréalité imposée à tous», écrit-elle à la page 64.

 

Cette analyse pourrait s’avérer lucide et juste si elle ne l’appliquait pas quasi exclusivement à sa seule personne durant tout l’ouvrage. Catherine Dorion est convaincue qu’une sorte de complot médiatique a été élaboré contre elle et qu’elle en est toujours la victime aujourd’hui, passant son temps à jouer les vierges offensées dans un registre aussi immature que juvénile.

 

Catherine Dorion, Les Têtes brûlées. Carnets d’espoir punk, Lux, 2023.