Derrière son nationalisme de façade, Christine Fréchette révèle sa véritable nature: celle d’une fédéraliste proche des milieux économiques pressés, dont le penchant pour l’immigration de masse menace la nation québécoise.
Le 15 avril dernier, Christine Fréchette a succédé à François Legault au poste de première ministre du Québec. Elle dirige désormais un parti qui, sous l’ancien député péquiste, se présentait comme nationaliste. Mais la nouvelle cheffe caquiste l’est-elle véritablement?
Christine Fréchette provient d’abord de la frange économique de la CAQ. Ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie de 2024 à 2026, elle revendique aujourd’hui l’étiquette nationaliste. Son parcours politique révèle pourtant une conception pour le moins modérée du nationalisme québécois.
Une politicienne multiculturaliste...
Christine Fréchette a d’abord travaillé pour Jean-François Lisée lorsqu'il était ministre des Relations internationales, de 2012 à 2014. Elle a alors occupé les fonctions d’attachée de presse, de chargée de mission et de directrice adjointe de cabinet.
Pour répondre à la crise des accommodements raisonnables, le gouvernement Marois a déposé, en novembre 2013, le projet de loi 60 sur la Charte des valeurs. Celui-ci visait notamment à affirmer la neutralité religieuse de l’État et son caractère laïc.
Le gouvernement péquiste souhaitait ainsi interdire le port de signes religieux à l’ensemble des employés de l’État. Cette réforme représentait l’une des mesures identitaires phares de son programme.
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Christine Fréchette estimait toutefois que cette politique allait trop loin. Elle a donc quitté ses fonctions, consommant sa rupture avec le Parti québécois.
Elle a par la suite été élue députée de Sanguinet sous la bannière de la CAQ lors des élections générales du 3 octobre 2022. Elle a alors adhéré à la loi 21 sur la laïcité de l’État, une mesure plus modérée et moins étendue que la défunte Charte des valeurs du PQ.
J’estime pour ma part que cette charte constituait une mesure nécessaire afin de définir clairement le Québec comme un État laïc et neutre sur le plan religieux. Il s’agit d’un élément essentiel du nationalisme québécois.
La loi 21 représente certes une avancée, mais elle demeure une politique minimaliste qui ne permet pas à l’État québécois d’affirmer pleinement son caractère laïc.
L’actuelle première ministre s’est donc opposée à une mesure identitaire forte avant de se rallier, quelques années plus tard, à une version beaucoup plus limitée de celle-ci. Cet épisode révèle les limites de son nationalisme: Christine Fréchette accepte certaines mesures identitaires lorsqu’elles sont «socialement acceptables», mais elle recule devant celles qui exigent vraiment du courage.
...et immigrationniste
Christine Fréchette a été ministre de l’Immigration de 2022 à 2024 au sein du gouvernement Legault. Durant la campagne électorale d’octobre 2022, le chef de la CAQ avait promis de maintenir les seuils d’immigration à 50 000 personnes par année.
Or, en mai 2023, la ministre Fréchette a présenté à l’Assemblée nationale un cahier de consultation sur la planification de l’immigration au Québec pour la période 2024-2027. Le document proposait deux scénarios, dont une hausse graduelle des seuils jusqu’à 60 000 admissions permanentes en 2027, malgré l’engagement électoral de la CAQ de les maintenir à 50 000.
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Christine Fréchette a alors privilégié les demandes des milieux économiques pressés, qui réclamaient davantage de main-d’œuvre, au détriment des préoccupations identitaires et linguistiques exprimées par une partie importante de la population.
Son passage au ministère de l’Immigration laisse ainsi craindre qu’une fois reconduite au pouvoir, elle cède de nouveau aux pressions du patronat et renonce à freiner le tsunami migratoire.
Durant la course à la direction de la CAQ, Christine Fréchette a également promis de rétablir temporairement le Programme de l’expérience québécoise (PEQ). Elle voulait instaurer, pour une durée de deux ans, une clause de droits acquis destinée aux personnes qui se trouvaient déjà au Québec au moment de la fermeture du PEQ.
Selon les estimations avancées pendant la course, cette promesse aurait pu ouvrir la voie à l’obtention de la résidence permanente pour quelque 125 000 immigrants. Cette proposition paraît difficilement conciliable avec la volonté affichée de reprendre le contrôle de l’immigration.
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Un éventuel gouvernement Fréchette ne semble donc pas disposé à freiner la noyade démographique qui frappe de plein fouet le Québec, particulièrement dans le contexte de la politique d’immigration massive poursuivie par le gouvernement libéral de Mark Carney.
«À la CAQ, elle a incarné l’aile immigrationniste, en imposant à François Legault une politique d’immigration massive dont il a ensuite cherché à s’extraire, sans vraiment y parvenir», souligne Mathieu Bock-Côté, pour qui Christine Fréchette serait idéologiquement plus à l’aise au Parti libéral du Canada qu’à la CAQ.
L’alliance Fréchette-Carney
Dans les derniers jours, la première ministre s’est rangée aux côtés de Mark Carney dans la guerre commerciale qui oppose le Canada aux États-Unis. Mme Fréchette semble très à l’aise en compagnie du chef d’un parti fédéral que de nombreux nationalistes québécois considèrent depuis longtemps comme hostile aux intérêts fondamentaux du Québec.
Cette méfiance ne repose pas sur un simple réflexe partisan. Elle s’appuie sur une longue série d’affrontements historiques: l’imposition de la Loi sur les mesures de guerre en octobre 1970, le rapatriement unilatéral de la Constitution canadienne en 1982, l’opposition de Pierre Elliott Trudeau à l’Accord du lac Meech, l’adoption de la Loi sur la clarté référendaire en 2000 et, plus récemment, le soutien du gouvernement Trudeau à la contestation judiciaire de la loi 21.
S’allier ponctuellement avec Ottawa dans un dossier commercial ne suffit évidemment pas, en soi, à disqualifier le nationalisme d’un gouvernement québécois. Le problème vient plutôt de l’absence apparente de contrepartie nationale.
Fréchette épouse la posture du gouvernement Carney face aux États-Unis sans profiter de ce rapprochement pour arracher des gains au Québec ou rappeler les différends fondamentaux qui l’opposent à Ottawa.
Voilà ce qui permet de douter de sa capacité à défendre avec fermeté les intérêts de la nation québécoise face au fédéralisme centralisateur libéral. Que fera-t-elle si Ottawa s’attaque de nouveau à une mesure nationaliste portant sur la laïcité, la langue ou les pouvoirs du Québec?
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Les Québécois francophones devraient ainsi réfléchir sérieusement avant de voter pour la CAQ. Sous la direction de Mme Fréchette, le parti paraît avoir abandonné ce qu’il lui restait de caractère identitaire au profit d’un nationalisme de façade, subordonné aux intérêts économiques et compatible avec le fédéralisme centralisateur.
Un nouveau gouvernement caquiste laisserait vraisemblablement se poursuivre la noyade démographique de la majorité historique francophone. Le fait français au Québec risquerait ainsi de disparaître dans l’indifférence totale.












