L’énergie est l’un des rares sujets de fond à s’être frayé un chemin à travers la légèreté de l’actualité estivale. Et pour cause: deux grands dossiers se jouent présentement sur le front énergétique québécois.
D’une part, l’entente avec Terre-Neuve-et-Labrador suscite une frénésie politique compréhensible à l’approche d’un automne haut en couleur. Mais les gains électoraux d’un accord conclu à la hâte pourraient aller à l’encontre des intérêts à long terme du Québec.
D’autre part, le rejet de l’entente entre Hydro-Québec et Pessamit a provoqué déception et appels unanimes à une reprise rapide des négociations. Pourtant, ce revers révèle les angles morts de notre stratégie énergétique et nous offre une rare occasion d’en revoir les fondements.
Churchill Falls: ne pas confondre urgence et précipitation
On comprend pourquoi la première ministre et son homologue fédéral souhaitent régler prestement le dossier de Churchill Falls, qui a achoppé dans la foulée des élections terre-neuviennes. Si l’accord initial est reconduit, tant mieux. Mais s’il doit être modifié, que les concessions n'aillent pas à sens unique.
Et si Terre-Neuve-et-Labrador soumet le projet à un référendum, le Québec devrait faire de même. Après tout, la CAQ est en fin de mandat et la population québécoise ne s'est jamais prononcée quant à cette entente majeure.
Idéalement, mieux vaudrait laisser le prochain gouvernement trancher. Personne ne conteste l’urgence énergétique. Mais puisque l’entente actuelle court jusqu’en 2041, rien ne justifie de se précipiter, encore moins au prix de nouveaux compromis.
D’autant que le Québec assumerait de nouveau l’essentiel des risques et, qu’en définitive, l’urgence paraît plus aiguë chez notre voisine, lourdement endettée et échaudée par le fiasco de Muskrat Falls.
Hydro-Pessamit: et si ce refus éclairait nos choix?
Ghislain Picard l’a souligné: malgré ses imperfections, c’est une « bonne entente» que la communauté de Pessamit a rejetée, d’où le souhait partagé que les pourparlers reprennent sans tarder.
Or, à bien y penser, ce rejet s'avère peut-être un mal pour un bien. Il nous offre l’occasion de réfléchir non seulement à la quantité d’électricité que nous espérons produire, mais également à l’antifragilité du bouquet énergétique québécois.
Après plusieurs années de faible hydraulicité, combinées à l’entrée en vigueur de contrats d’exportation signés dans un moment d’hubris, Hydro-Québec est temporairement devenue importatrice nette.
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Ce renversement devrait nous inciter à diversifier un mix toujours axé sur l’hydroélectricité et l’éolien, deux filières tributaires des aléas naturels, d’une vaste empreinte territoriale et d’un réseau de transport aussi coûteux que vulnérable.
Certes, Hydro prévoit le retour d’années hydrologiques fastes. Souhaitons qu’elle ait raison! Mais le climat apparaît aussi imprévisible que la géopolitique. Une stratégie robuste devrait donc favoriser des énergies stables, variées et produites près des grands centres.
C’est ici que le nucléaire intervient. Faute d’acceptabilité sociale et, disons-le, de courage politique, le sujet demeure tabou.
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Pourtant, sa densité, sa fiabilité et sa faible empreinte en font un complément idéal aux sources renouvelables. Notre expertise et notre accès aux importantes réserves locales d’uranium renforcent aussi l'attrait de cette filière en matière d’indépendance.
C’est pourquoi, dans certains cercles de la fonction publique et du génie, l’incontournable retour du nucléaire apparaît comme un secret de Polichinelle.
Ouvrir enfin le débat énergétique
Si les ententes semblent au point mort, nos ambitions, elles, doivent demeurer bien vivantes. Et ça commence avec une vaste discussion, éclairée et sans tabou, sur l’avenir énergétique du Québec.












