Prêtons-nous au jeu et imaginons les trois principaux scénarios de guerre civile possible chez nos voisins du sud suivant cette élection déterminante.
Le thème de la guerre civile aux États-Unis a le vent dans les voiles. À ma connaissance, en 2024, seulement un film (Civil War) et un documentaire (War Game) dépeignent les États-Unis en pleine guerre civile ou du moins comme étant au seuil de celle-ci.
De plus, plusieurs analystes et commentateurs ont théorisé une seconde guerre civile américaine au courant des dernières années, surtout depuis l’arrivée de Trump en 2016 et plus particulièrement depuis les évènements du 6 janvier 2020.
Globalement, la probabilité d’une guerre civile semble augmentée dans le contexte où la polarisation s’accélère et s’accentue entre les différentes factions politiques qui se perçoivent de plus en plus comme des ennemis mortels au lieu de simples adversaires politiques.
En d’autres mots, les États-Unis se fragmentent profondément, sociodémographiquement et économiquement.
Les élections de 2024 semblent donc être le contexte parfait pour raviver ces peurs d’une guerre civile, en fournissant l’étincelle qui ferait tout sauter.
Prêtons-nous au jeu nous aussi et imaginons quelques scénarios de guerre civile possible chez nos voisins du sud.
Scénario 1: Défaite de Donald Trump et il tente d’inverser les résultats.
Les deux camps se sont préparés avec une multitude d’équipes juridiques prêtes à entrer en action dans les États et circonscriptions où les résultats seront les plus serrés et les plus contestés.
Les tensions au sein de la société civile qui émergeraient autour d’une telle confrontation juridique pourraient potentiellement mener à des confrontations en différents groupuscules, milices et antifas armés confondus dans l’optique où les deux camps accuseront l’autre de vouloir «voler» les élections par l’entremise des cours de justice.
Le documentaire War Game met en scène le scénario suivant: un candidat perdant souhaite renverser les résultats par l'entremise de groupuscules similaires à ceux ayant pris part aux événements du 6 janvier 2020, avec la différence majeure qu'une faction des forces armées soutient ces forces insurrectionnelles. Ce scénario est peu probable.
Rien n'indique non plus qu’une faction de l’appareil militaire veuille tenter d’appuyer Trump dans une inversion des résultats.
Les forces armées américaines ont toujours réussi à maintenir un profil bas tout en respectant sa subordination au pouvoir civil. Les hauts cadres des forces armées américaines ne sont pas particulièrement pro-Trump de surcroît. On a peine à imaginer que ceux-ci, même une minorité d’entre eux, s’impliqueraient dans une aventure perdue d’avance.
En ce qui a trait à un groupe du style des Oath Keepers, étant donné qu’on s’y attend tous, les services de renseignement et les forces de l’ordre sont aux aguets. Les chances qu’un groupe réussisse à déjouer les forces de l’ordre sont minces.
D’ailleurs, Oath Keepers et les Proud Boys étaient déjà largement infiltrés par les services de renseignements américains, notamment par le FBI, avant même le 6 janvier. On peut parier qu’ils ne se feront pas surprendre deux fois.
Le plus plausible serait que des groupes civils fanatisés et armés pro-Trump et farouchement contre l’emprise du gouvernement fédéral entre en confrontation avec les forces de l’ordre à différents endroits et que ceci se transforme en escarmouches et même en fusillades. Le phénomène resterait probablement limité et n’aurait pas le potentiel de faire basculer le pays en entier dans une guerre intestine dévastatrice.
Cela dit, si des confrontations violentes entre civils devaient éclater entre des partisans déçus de la défaite de Trump et des antifas, la situation pourrait devenir hors de contrôle, nécessitant un rétablissement de l’ordre.
Malgré tout, on peine à imaginer des quartiers et des villes entières aux mains de partisans de Trump, ces derniers vivant de toute façon pour la plupart à l’extérieur des grands centres urbains.
Scénario 2: Donald Trump l’emporte, mais il est (finalement) assassiné lors d’une troisième tentative réussie.
Donald Trump pourrait bien être la cible d’une troisième tentative d’assassinat qui réussirait, finalement.
Si certains croient (encore) que ce scénario est farfelu, rappelons-leur que ce ne serait pas le premier assassinat d’un président américain (Kennedy, Reagan et Trump ont déjà été la cible d’attentat depuis la période d’après-guerre) et que Trump lui-même a survécu à deux tentatives lors de cette campagne électorale, du jamais vue dans la politique américaine à ma connaissance.
Si c’était le cas, on pourrait bien imaginer une montée des tensions civiles et l’automobilisation de milices et groupes lourdement armés.
Non seulement des confrontations au sein de la société civile entre des groupes Pro-Trump et des groupes de gauche radicale (qui célébreraient potentiellement l’assassinat) sont envisageables, mais ces milices pourraient également s’attaquer à des symboles du «deep state» et du gouvernement fédéral, hostile depuis toujours selon eux à Donald Trump.
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Le conflit pourrait se généraliser rapidement tandis que l’État, dans son monopole de la violence, serait mis en cause et attaqué frontalement, ce qui le contraindrait à une réponse martiale.
L'assassinat de Donald Trump après qu'il ait remporté les élections porterait JD Vance à devenir le président de facto. Ce dernier, face à une situation qui menacerait sérieusement l’ordre public, pourrait bien invoquer la Loi sur l’insurrection (Insurrection Act) pour rétablir l’ordre public.
Reste à savoir si les forces armées, les forces de l’ordre, certaines grandes organisations comme le FBI et les gouvernements de tous les États accepteraient d’imposer l’ordre martial sous les ordres de Vance.
Le refus de certaines de ces organisations d’obéir aux ordres de l’exécutif pourrait bien créer des conditions propices à des affrontements violents entre factions pros ou anti-Trump à différents niveaux de la société civile et de l’appareil étatique et militaire.
Scénario 3 – Victoire de Trump et éruption d’émeutes similaires à celles de l’été 2020 suivant la mort de George Floyd.
À la suite d’une victoire potentielle de Trump, on pourrait entrer dans une période similaire aux émeutes ayant touché le pays en entier à l’été 2020 suivant la mort de George Floyd aux mains de policiers au Minnesota.
On atteindrait peut-être un paroxysme, une intensité des manifestations et des émeutes, menant à une violence, une destruction (de la propriété privée) et un écroulement de l’ordre public qui nécessiterait une intervention du président lui-même en invoquant la Loi sur l’insurrection (Insurrection Act) lui permettant de déployer l’armée (les forces de réserves, la Garde nationale, principalement) pour rétablir l’ordre.
Encore une fois, ça ne serait pas la première fois dans l’histoire des États-Unis, Trump lui-même aurait voulu invoquer la Loi sur l’insurrection (Insurrection Act) en 2020 lors des manifestations et émeutes suivant la mort de George Floyd, sans jamais le faire cependant.
L’utilisation des forces armées pour rétablir l’ordre en sol américain représente un certain tabou.
La rhétorique d’un Trump dictatorial, quasi hitlérien, pourrait bien nourrir un refus d’obéir de certains segments de l’armée américaine.
Certains hauts responsables militaires pourraient refuser de suivre les ordres de Trump qu’ils jugeraient potentiellement illégaux et les forces armées américaines pourraient se diviser.
Si Trump est très populaire au sein du personnel des forces armées et des forces de l’ordre, les hauts placés se sont souvent affichés comme étant très critiques de la gouvernance de Donald Trump entre 2016 et 2020, ajoutant de l’huile sur le feu et une complexité supplémentaire au potentiel de dissension.
Les scissures pourraient donc survenir au sein de l’armée et des forces de l’ordre en premier lieu.
Ensuite, la scission effective prendrait place entre groupes et population civils, des grands centres contre les périphéries mentionnées. La sécession ne se produirait pas entre certains États et le gouvernement fédéral directement, mais intra-États potentiellement.
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Par exemple: l’État de New York pourrait se scinder en deux, l’Ouest (Buffalo, Rochester) étant beaucoup plus pro-Trump que l’Est (la ville de New York, Albany).
Il n’est pas impossible non plus que l’invocation des mesures anti-insurrectionnelles par Washington, soit par le gouvernement fédéral, soit rejetée par le gouvernement de certains États très à gauche, comme la Californie, par exemple.
Des scénarios somme toute improbables
En conclusion, les élections américaines seront probablement tendues et les contestations juridiques, recomptages et délais ajouteront aux tensions qui risquent fortement de durer quelques jours suivant le 5 novembre.
Somme toute, les scénarios de guerre civile, aussi instructifs et divertissants peuvent-ils être, restent largement improbables et les Américains devraient garder confiance en leur système électoral et en eux-mêmes, finalement, dans l’objectif d’éviter une confrontation dont tout le monde sortirait perdant.













