Le projet d’«alliance pour l’avenir» entre le Canada et l’Union européenne avance sans mandat populaire ni débat parlementaire. Virginie Dostie-Toupin dénonce une manœuvre opaque et peu légitime de Carney.
Certains avancent que l’entente «historique» qui se profile entre le Canada et l’Europe relève davantage du symbole que d’un changement profond. Il s’agirait essentiellement d’une opération de marketing qui annonce en grande pompe des accords préexistants — et peu concluants pour le Canada — dans l’unique but de faire un pied de nez aux États-Unis.
À lire aussi: Rapprochement Canada-UE: une «stratégie politique» contre Trump
D’autres font valoir qu’en raison de notre géographie, jamais nos voisins du Sud n’accepteraient que le pays avec lequel ils partagent la plus longue frontière terrestre au monde noue une alliance significative sans leur consentement. À leurs yeux, inutile de se faire un sang d’encre, car cette annonce se résumerait à une stratégie de négociation.
Ce sont des hypothèses qui se défendent.
De l’inconnu et des questions légitimes
Cela dit, le Parlement ne siège pas. L’«alliance pour l’avenir» n’a jamais été présentée à la population et l’information filtre au compte-gouttes quant à la nature du statut de «membre associé», qui reste à définir. Il paraît donc légitime de se poser des questions.
À lire aussi: La «guerre commerciale», un récit canadien plus qu’une réalité
Or, ceux qui osent le faire se font rapidement servir, par les partisans du Parti libéral du Canada sur les réseaux sociaux, des «on les élit pour gouverner» bien sentis. Comme si être appelés aux urnes à l’occasion suffisait pour accorder une confiance aveugle à nos élus!
Le deux poids, deux mesures politique
En tant qu’ancienne élue municipale, je trouve l’attitude désinvolte de ces concitoyens particulièrement forte en café. À notre palier, la réfection d’une piscine sans consultation tiendrait de l’hérésie.
Une poignée de citoyens suffit à initier un référendum sur un projet immobilier. La liste des déboursés est inspectée avec un tel zèle qu’une dépense de popcorn ou de Post-it peut nous valoir nos cinq minutes d’anti-gloire à Infoman. Il s’en trouvera pour dire que ce degré de vigilance pousse la note trop loin.
À lire aussi: «Le Canada est devenu l’adolescent attardé des Amériques»
Pour ma part, c’est surtout le double standard du «loin des yeux, loin du cœur» politique qui me déconcerte. On scrute le municipal, on fait mine de s’intéresser au provincial et on se fout éperdument du fédéral. C’est le monde à l’envers.
Dans un monde équilibré, la conclusion d’une entente entre le Canada et l’Union européenne ne devrait pas reposer sur un sondage auquel les participants ont répondu sans grande conviction, sur un coin de table.
Nous devrions minimalement exiger la transparence sur les tenants et les aboutissants, un débat suivi d’un vote au Parlement ainsi qu’une consultation en bonne et due forme des provinces. Et même si toutes ces conditions étaient réunies, la tenue d’un référendum serait sans doute de mise, compte tenu de la portée potentielle de cet accord.
De «gueux» à citoyens
À voir la façon dont certains dirigeants gouvernent depuis une sphère technocratique planant à des mètres au-dessus de nos têtes, plusieurs commencent à se sentir comme ces «gueux» qu’évoque Alexandre Jardin.
À lire aussi: Alexandre Jardin: «la peur engage une restriction glaçante des libertés»
Voter une fois tous les quatre ans ne suffit manifestement plus, a fortiori dans un système parlementaire qui roule carré sous l’effet de la multiplication des partis. C’est pourquoi d’aucuns, à l’instar du célèbre romancier français, pourraient préconiser de s’inspirer du modèle suisse, qui fait une large place aux référendums sur les enjeux importants.
Cette voie pourrait constituer un remède à la perte de confiance, à la crise de la représentativité et à la montée du cynisme dont nous nous inquiétons les bras croisés.












