Du haut de ses conférences de presse paternalistes jusqu’à ses appels constants à l’intervention étatique, le Québec s’est enfoncé dans une dépendance maladive envers l’autorité.
Nous réclamons protection et encadrement. Et nous l’obtenons, au prix de notre autonomie.
Des pancartes pour nous rappeler l’évidence
Roulez sur n’importe quelle route québécoise et vous serez accueilli par un festival de mises en garde infantilisantes.
«Attention: nos enfants jouent ici.» «Chaussée mouillée: roulez prudemment.» «Zone scolaire: ralentissez.» Comme si les automobilistes étaient incapables de déduire qu’une flaque d’eau rend la route glissante, ou qu’un terrain de jeu requiert de la vigilance.
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Ces pancartes – omniprésentes, redondantes, voire insultantes – ne protègent personne. Elles témoignent d’une société qui traite ses citoyens comme des simples d’esprit incapables de jugement. Et le pire? Nous les réclamons.
Chaque association de quartier, chaque conseil municipal reçoit des pétitions exigeant plus de pancartes, plus d’avertissements, plus de surveillance. Parce qu’au Québec, nous ne sommes jamais assez maternés.
L’État-providence devenu État-nounou
Cette infantilisation dépasse largement la signalisation routière. Elle irrigue chaque recoin de notre existence collective. Un conflit de voisinage? Un appel à la municipalité. Une déception commerciale? Un appel à l’Office de la protection du consommateur. Un désaccord au travail? Une plainte aux normes du travail.
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Nous avons cessé de régler nos problèmes entre adultes. Nous voulons papa-État pour arbitrer, punir, protéger.
Et l’État, trop heureux d’étendre son emprise, s’exécute. Chaque pleurnicherie collective se transforme en règlement, chaque caprice en loi. Résultat: une société hyper-réglementée où respirer sans permis devient presque suspect.
Le summum: la Covid et nos enfantillages pandémiques
Mais rien n’a surpassé le spectacle de notre soumission joyeuse offert durant la crise de Covid-19.
Papa Legault nous bordait chaque soir à 17 h, nous expliquant avec douceur ce qu’il fallait faire, ne pas faire, penser, craindre.
Docteur Arruda, notre Alakazou national, agitait les mains en nous avertissant qu’un méchant virus pouvait nous sauter dans le dos comme un traître sournois.
L’État québécois a simplement remplacé l’Église, endossant le même rôle paternaliste.
On nous parlait littéralement comme à des gamins de dix ans. Et nous, poussineaux et poussinettes dociles, en redemandions.
Les Québécois se sont vautrés dans cette régression collective avec un enthousiasme déconcertant. Les conférences de presse quotidiennes sont devenues des rendez-vous incontournables.
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Les consignes changeantes et contradictoires ont été respectées sans broncher. Les interdictions absurdes – couvre-feu à 20 h, masques à l'extérieur, flèches de direction dans les magasins, etc. – ont été applaudies par une majorité docile, trop heureuse d'être prise en charge.
Nous avons été les bons petits soldats d’une infantilisation sanitaire sans précédent. Et nous avons adoré ça.
Deux siècles de tutelle
Cette dépendance maladive à l’autorité ne s’est pas installée du jour au lendemain. Ses racines plongent profondément dans notre histoire.
Pendant deux siècles, le clergé catholique a dicté chaque aspect de notre existence: ce qu’il fallait croire, comment se comporter, qui épouser, combien d’enfants mettre au monde, quoi lire, quoi penser.
Le Québécois moyen n’avait pas trop à réfléchir. Le curé s’en chargeait pour lui. Cette tutelle ecclésiastique a formaté des générations entières à la soumission confortable.
Puis vint la Révolution tranquille des années 1960. On crut naïvement qu’en chassant les curés, on accédait enfin à l’autonomie. Erreur monumentale. Nous n’avons fait que changer de tuteur.
L’État québécois a simplement remplacé l’Église, endossant le même rôle paternaliste: même discours, même infantilisation, même soumission – simplement laïcisée.
Nous avons toujours eu besoin de parents. Incapables de nous tenir debout seuls, nous avons troqué la soutane pour le complet-cravate, le confessionnal pour le bureau gouvernemental.
Une prison tapissée de règlements
Cette abdication collective de la responsabilité adulte a produit une société, surréglementée jusqu’à l’absurde, étouffée.
Des règlements pour tout : permis pour installer une clôture, autorisation pour peindre sa maison d’une couleur non réglementaire, inspections pour ouvrir un commerce, restrictions sur les heures d’ouverture, normes sur la hauteur des haies, interdictions de stationner devant chez soi. La liste est interminable, grotesque, totalitaire dans sa banalité.
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On ne peut plus rien entreprendre sans demander la permission à une quelconque instance bureaucratique. Chaque initiative individuelle se heurte à un mur de formulaires, d’autorisations, de vérifications.
Nous préférons la sécurité de la cage à l’angoisse de la liberté.
Le cercle vicieux: plus de protection, moins de liberté
Nous sommes pris dans une spirale infernale dont nous sommes les architectes complices.
Étape 1: nous exigeons protection contre les dangers, les incivilités et les désagréments. Étape 2: l’État réglemente pour nous protéger. Étape 3: ces règlements nous déresponsabilisent davantage. Étape 4: plus déresponsabilisés, nous devenons encore plus dépendants. Étape 5: nous réclamons encore plus de protection.
La roue tourne, indéfiniment. Chaque nouveau règlement engendre plus d’infantilisation, qui engendre plus de demandes de règlements. Nous nous enfonçons volontairement dans une régression collective, applaudissant chaque nouvelle restriction comme une victoire de la bienveillance étatique.
Quand cessera cette mascarade?
Le Québec est devenu une garderie géante où des adultes consentants jouent à être protégés par un État-nounou omnipotent. Nous avons troqué notre dignité d’adultes autonomes contre le confort douillet de la tutelle permanente.
La question n’est plus de savoir si nous sommes infantilisés: cela est maintenant un fait entendu. La vraie question est: voulons-nous enfin grandir? Ou préférons-nous rester éternellement ces enfants dociles, réclamant sans cesse qu’on nous prenne par la main, qu’on nous dise quoi faire, qu’on nous protège de nous-mêmes?













