Comment la société thérapeutique a transformé les citoyens en patients

Photo de couverture: AFP.

Mercredi le 3 décembre 2025, à 16:25

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Comment la société thérapeutique a transformé les citoyens en patients
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Dans son nouvel essai, le sociologue Stéphane Kelly montre comment la culture thérapeutique a transformé les citoyens en patients et fragilisé la socialisation des jeunes, un mouvement qui a culminé durant la pandémie.

 

«La culture thérapeutique, c’est une société qui ressemble à un vaste hôpital. On nous voit comme des malades ou potentiellement malades, des victimes, des êtres extrêmement fragiles qu’on doit protéger à tout prix», laisse tomber Stéphane Kelly à l’émission Vents contraires. 

 

Dans L’Enfant vieux, son nouvel essai paru aux éditions du Boréal, ce sociologue et enseignant décrit la montée irrésistible de la culture thérapeutique et ses effets délétères sur la vie collective. 

 

De citoyens à patients

 

Née aux États-Unis puis exportée au Québec, cette vision mine la socialisation des jeunes, avertit notre invité. En traitant les enfants «comme des vieilles personnes» toujours menacées par quelque chose, la société leur a retiré le risque, l’autonomie et le jeu libre. 

 

Il en résulte une génération plus anxieuse et plus fragile, moins robuste et moins sociable. Pour y remédier, Kelly propose notamment de réintroduire «l’effort et la responsabilité» dans l’éducation des jeunes et de les faire sortir de la maison.

 

La gauche déboussolée 

 

La société thérapeutique n’a pas seulement bouleversé l’éducation et la famille: elle a profondément redéfini la gauche contemporaine, aujourd’hui majoritairement empêtrée dans un capitalisme woke.

 

Selon Kelly, l’imaginaire thérapeutique a détourné l’attention des grands enjeux structurants de la gauche classique – classes sociales, travail, redistribution des richesses – au profit d’un être psychologique d'abord centré sur son bien-être personnel. 

 

Une tendance que l’historien américain Christopher Lasch avait anticipée, et que Kelly observe aujourd’hui dans de nombreux discours et œuvres issus de la gauche culturelle. «On est ramené à soi tout le temps… ça nourrit un narcissisme rampant», constate-t-il. 

 

À gauche, le politique se trouve ainsi réduit à une forme d’autothérapie militante, où la légitimité d’une idée dépend moins de sa cohérence sociale que de sa capacité à «ne pas blesser».

 

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Kelly souligne également que les opinions adverses sont désormais fréquemment présentées comme dangereuses pour la santé mentale, justifiant une nouvelle forme de censure. «On psychiatrise des opinions», dit-il. 

 

La pandémie comme point de bascule

 

C’est durant la pandémie que la société thérapeutique a connu son apogée. Pour Stéphane Kelly, cette période a consolidé le pouvoir des médecins et l’emprise d’un discours hygiéniste sur la société. 

 

«La pandémie m’a convaincu qu’on vit sous un État thérapeutique. C’est un État qui se donne pour mission de guérir et de surveiller les individus de la société», observe-t-il.

 

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La gestion de la crise sanitaire a offert une légitimité inédite au «nouveau clergé» d’experts et thérapeutes. Les décisions autoritaires adoptées au nom de la santé publique – confinement, couvre-feu et passeport vaccinal – ont été acceptées par une population réclamant de ses autorités du réconfort, confirmant l’hégémonie de l’État thérapeutique.

 

Voir l’entrevue sur YouTube.