En Argentine, la pandémie laisse encore un goût amer. Pour Agustina Sucri, journaliste spécialisée en santé, le pays du tango vit encore avec les conséquences d’un confinement d’une ampleur exceptionnelle en Amérique latine.
«Le 19 mars 2020, on a annoncé l’isolement social, préventif et obligatoire. Pour beaucoup, ce fut le début d'un long enfermement», rappelle-t-elle. À ses yeux, cet épisode a marqué «un avant et un après» dans la vie du pays.
Un pays à l’arrêt
L’Argentine a connu l’un des confinements les plus longs du monde. Les effets, selon Sucri, se lisent encore dans l’économie, l’éducation, la santé mentale et le rapport des citoyens aux institutions.
Les travailleurs informels ont été frappés de plein fouet. Des milliers de petits commerçants ont vu disparaître leur seule source de revenus. «Environ 42 000 entreprises ont dû fermer, faute de ventes», résume-t-elle, en évoquant une activité économique brutalement interrompue.
L’école sacrifiée
L’école, elle aussi, a payé le prix fort. Les cours virtuels n’ont pas remplacé la présence en classe, surtout dans les milieux modestes.
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«Tous les enfants n’ont pas pu suivre les cours à distance», souligne la journaliste. Les retards scolaires, déjà perceptibles avant la crise, se seraient aggravés, notamment en compréhension de texte.
Pour la journaliste à La Prensa, la pandémie n’a pas créé toutes les fractures argentines, mais elle les a rendues plus profondes.
La santé négligée
Sur le plan sanitaire, le bilan dépasse largement la question du virus. Beaucoup de patients auraient renoncé à consulter par peur d’attraper la Covid dans les hôpitaux.
«Des infarctus, des maladies graves et urgentes ont été négligés à cause de cette panique», dit-elle. Les maladies chroniques, comme le diabète, ont aussi été moins bien suivies.
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«Il y a eu une rupture dans la confiance envers la médecine», observe Agustina Sucri, selon qui de nombreux patients abordent désormais les prescriptions et le domaine en général avec davantage de méfiance et d’esprit critique.
Peur, intolérance et délation
Mais c’est peut-être sur le plan idéologique et moral que la fracture fut la plus brutale. Sucri évoque une société gagnée par la dénonciation, la peur et l’intolérance. «Il y a eu un discours de haine et beaucoup d’intolérance. On a perdu le sens de l’humanité», affirme-t-elle.
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Comme au Québec, des voisins dénonçaient d’autres voisins pour être sortis. Une femme âgée de 83 ans, sortie prendre le soleil dans une place de Buenos Aires, fut entourée par la police. «Si quelque chose manquait, c’était bien la solidarité!», tranche-t-elle.
Les médias enrôlés
Les médias traditionnels n’en sortent pas grandis. Pour notre invitée, «beaucoup de journalistes ont cessé de jouer leur rôle critique» durant cette période sombre. «Je trouvais très surprenant que mes collègues soient devenus de simples porte-parole du gouvernement», confie-t-elle.
Le débat confisqué
À ses yeux, la pandémie a aussi révélé l’effacement du débat scientifique. «Il n’y a pas eu de place pour le débat», dit-elle, en évoquant des médecins marginalisés, ridiculisés ou censurés lorsqu’ils contestaient le discours dominant.
Les fact checkers ont aussi participé à diffuser le récit sanitariste: «Quand on regarde qui les sponsorisait, on trouve par exemple les mêmes entreprises pharmaceutiques…»
Le réveil Milei?
Ce climat a pu nourrir, selon elle, une forme de réveil politique. Sans faire de la pandémie l’explication centrale de l’élection de Javier Milei, en novembre 2023, Sucri admet qu’elle a contribué à la lassitude d’une partie de la population envers le système.
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«Je crois que beaucoup de gens ont dit: je suis fatiguée de tout cela, je veux voir autre chose.»
Une médecine en crise
Reste enfin le système de santé lui-même, aujourd’hui saturé. Même le privé est débordé. Mais pour Sucri, le problème n’est pas seulement budgétaire. Il touche aussi la formation médicale, la surmédicalisation et le pouvoir des laboratoires.
«Ce qui manque, c’est une plus grande efficacité du système de santé et une meilleure formation des médecins», conclut-elle auprès de Libre Média dans la capitale argentine.
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