«Le peuple vénézuélien n’a jamais renoncé à sa liberté»

À Madrid

Des dizaines de milliers de Vénézuéliens en exil se sont donnés rendez-vous le 18 avril 2026 à la Puerta del Sol, à Madrid, pour appuyer l’opposante et Prix Nobel de la Paix María Corina Machado. Photo: Jérôme Blanchet-Gravel pour LM.

Mercredi le 22 avril 2026, à 11:05

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«Le peuple vénézuélien n’a jamais renoncé à sa liberté»
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Le Venezuela est-il à un tournant? À Madrid, l’opposant en exil Alejandro Peña Esclusa, emprisonné un an à Caracas, assure que le chavisme ne survivrait pas à des élections libres. Entretien exclusif.

 

Le 18 avril à Madrid, en marge du grand rassemblement de la diaspora vénézuélienne à la Puerta del Sol en appui à l’opposante et Prix Nobel de la Paix María Corina Machado, nous avons rencontré l’ingénieur et essayiste vénézuélien Alejandro Peña Esclusa.

 

Opposant de la première heure au chavisme, il a été emprisonné sans procès du 12 juillet 2010 jusqu’à sa libération conditionnelle le 20 juillet 2011, dans la tristement célèbre prison El Helicoide, à Caracas.

 

Contraint à l’exil, notre invité défend la ligne de Donald Trump contre les politiques «woke» et affirme que toute transition au Venezuela impliquant des figures du chavisme est vouée à l’échec. 

 

Jérôme Blanchet-Gravel: Vous participiez récemment, ici à Madrid, à un panel sur l’alliance entre les Amériques et l’Europe, notamment avec l’eurodéputé Hermann Tertsch que nous avons aussi interviewé. Or, cette approche ne va-t-elle pas à contre-courant de ce que fait Donald Trump?

 

Alejandro Peña Esclusa: «Notre objectif est de reconstruire une nouvelle alliance entre les États-Unis, l’Europe et l’Amérique latine, mais sur des bases claires: les valeurs de la civilisation chrétienne occidentale.

 

Contrairement à ce que l’on entend souvent, Donald Trump ne rompt pas avec l’Europe depuis l’offensive russe en Ukraine. Il rompt avec la Commission européenne et avec les politiques progressistes de figures comme Ursula von der Leyen.

Alejandro Peña Esclusa à Madrid, le 18 avril 2026. Photo: Jérôme Blanchet-Gravel pour Libre Média.



Ce que Trump propose, c’est une alliance avec l’Europe, mais en revenant aux valeurs traditionnelles, en rompant avec l’idéologie de genre, l’immigration illégale, la désindustrialisation ou encore le radicalisme écologique.»

 

Quel rôle joue l’Hispanité dans cette recomposition?

 

Alejandro Peña Esclusa: «L'Hispanité est fondamentale. Ce qui unit l’hémisphère occidental, c’est une même culture chrétienne.

 

Trump pousse en Amérique latine deux axes très clairs: la lutte contre le socialisme marxiste athée et la lutte contre le crime organisé et le narcotrafic. Cela favorise une intégration naturelle entre nos régions.

 

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Le monde hispanophone ne s’oppose pas au monde nord-américain traditionnel. Elle en est une extension naturelle.»

 

Pourtant, on peut encore voir une fracture entre le monde anglo-saxon (protestant) et le monde latin (catholique), fondés sur deux visions du monde. Cette divergence n’est-elle pas réelle?

 

Alejandro Peña Esclusa: «Cette fracture est exagérée. Les valeurs sont essentiellement les mêmes. Les États-Unis ont été fondés sur l’idée d’une nation sous Dieu. Cette vision est profondément compatible avec celle de l’Hispanité.

 

Aujourd’hui, la vraie ligne de fracture passe ailleurs: entre ceux qui défendent les valeurs traditionnelles et ceux qui promeuvent le progressisme, le wokisme et le marxisme culturel.»

 

On observe aussi une présence croissante des hispanophones aux États-Unis…

 

Alejandro Peña Esclusa: «Elle est massive. On parle de dizaines de millions de personnes! Mais ce n’est pas seulement une question culturelle ou linguistique. 

 

Les Hispaniques occupent des postes importants dans les universités, dans le secteur technologique, parmi les élites économiques.

 

Cela confirme que nos valeurs sont compatibles. Il n’y a pas de contradiction, mais une continuité entre nos deux civilisations.»

 

Permettez-moi d'insister. En Amérique latine, le wokisme n’est-il pas une forme de colonisation idéologique anglo-saxonne? 

 

Alejandro Peña Esclusa: «Oui. Et cela a été particulièrement visible sous l’administration Biden.

 

Des organismes comme l’USAID finançaient directement en Amérique latine la diffusion de cet agenda progressiste: idéologie de genre, avortement, culture de la mort, légalisation des drogues.

 

Trump, dès son arrivée, a coupé ces financements. Il s’y oppose frontalement. Il y a une rupture nette entre ces deux visions des États-Unis.»

 

Parlons du Venezuela. Comment analysez-vous le rôle actuel de Delcy Rodríguez, figure centrale du régime chaviste? N’est-ce pas un choix pour le moins surprenant de la part de l’administration Trump de s’appuyer, même temporairement, sur une figure comme elle?

 

Alejandro Peña Esclusa: «Elle n’est pas une solution. Elle fait partie du problème. Delcy Rodríguez appartient à la même structure que Nicolás Maduro, une structure criminelle.

 

La présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodriguez, au palais de Miraflores à Caracas, le 13 avril 2026. Photo: Juan Barreto pour l’AFP.

 


Certains aux États-Unis ont cru qu’il valait mieux favoriser une transition contrôlée par des figures du chavisme pour éviter un scénario comme en Irak. Personnellement, je pense que c’est une erreur.

 

Cette comparaison avec l’Irak ne tient pas. Notre réalité est totalement différente.

 

Au Venezuela, il n’y a pas de divisions religieuses ou ethniques profondes. Nous partageons la même langue, la même religion, les mêmes valeurs.

 

La situation est simple: une immense majorité de la population rejette le chavisme. Ce qui maintient le régime, c’est une minorité armée.»

 

Cette transition est-elle déjà en train d’échouer?

 

Alejandro Peña Esclusa: «Oui. Elle échoue. Elle ne résout pas les problèmes économiques. Elle ne permet pas d’élections libres. Les prisonniers politiques ne sont toujours pas libérés.

 

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Même si la production pétrolière a légèrement augmenté, cela ne se traduit pas dans la vie des gens. Le peuple ne ressent aucune amélioration. Le problème est double: l’incompétence et la corruption.»

 

Dans ce contexte, quel rôle joue aujourd’hui María Corina Machado?

 

Alejandro Peña Esclusa: «Elle est la leader incontestée du Venezuela libre. Si des élections libres ont lieu, elle gagne. Il n’y a aucun doute.

 

María Corina Machado incarne une alternative claire, crédible, et surtout soutenue par la population.»

 

Mais encore faut-il parvenir à ces élections…

 

Alejandro Peña Esclusa: «Exactement. La foi ne suffit pas. Il faut travailler fort. Il faut construire une stratégie cohérente, maintenir la pression, obtenir une véritable transition, permettre le retour de María Corina Machado au Venezuela et organiser des élections libres et transparentes.»

 

Ce rassemblement à Madrid sera donc un signal fort en faveur d’un véritable changement?

 

Alejandro Peña Esclusa: «Oui. Vous allez le voir, la place va se remplir rapidement. Cela montre que l’opposition est vivante, mobilisée, déterminée. Le peuple vénézuélien n’a jamais renoncé à sa liberté. Et c’est cela, au fond, qui peut faire pencher la balance.»