Javier Milei, l’exemple argentin qui inspire la droite française

Le président argentin Javier Milei réagit sur scène lors de la Conférence d'action politique conservatrice (CPAC), dans un centre sportif et culturel de Budapest, en Hongrie, le 21 mars 2026. Photo: Gergely BESENYEI pour l’AFP.

Lundi le 30 mars 2026, à 12:25

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Javier Milei, l’exemple argentin qui inspire la droite française
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Et si la droite française se réconciliait avec la liberté économique? Le géopolitologue argentin Julio Burdman analyse l’impact du phénomène Milei sur la droite française, qui pourrait suivre son exemple pour dépasser ses divisions.

 

Javier Milei a acquis une notoriété internationale en s'engageant pleinement dans un débat idéologique fondamental de notre époque. 

 

En Europe et dans les Amériques, la nouvelle droite, qui remplace les anciens partis de centre-droit, s'est concentrée sur la bataille culturelle contre le wokisme, l'immigration clandestine, la dé-occidentalisation et le mondialisme, reléguant l'économie au second plan.

 

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Et l'innovation de Milei réside dans le fait de replacer la liberté économique au cœur du débat. Le président argentin démontre qu'il est possible – voire nécessaire – de joindre la bataille culturelle du XXIe siècle à la défense de l'économie de marché contre le socialisme – préoccupation majeure des anciens partis libéraux-conservateurs. 

 

Milei a donné un nom à cette synthèse économique et culturelle: libertarianisme.

 

Le phénomène Milei a commencé à être évoqué et discuté dans divers pays, mais c'est probablement en France qu'il a le plus grand impact. Et ce, pour des raisons propres à l’Hexagone. 

 

Outre son importance en tant que nation majeure de la culture occidentale moderne et son rôle historique de phare du libéralisme, la France est aussi le berceau de la nouvelle droite culturaliste, puisque le Front national de Jean-Marie Le Pen, primus inter pares des mouvements souverainistes européens, y a vu le jour il y a plus de cinquante ans. 

 

Paradoxalement, c'est aussi en France que la contradiction idéologique au sein de la droite est la plus marquée.

 

Deux héritages opposés

 

Pour simplifier cette question complexe, on peut évoquer deux jalons historiques qui expliquent la division idéologique actuelle en France.

 

Le premier nous ramène aux années 1980, décennie durant laquelle la plupart des partis de droite et centre-droit occidentaux ont adopté le libéralisme et la réforme de l'État comme programme économique, abandonnant l'interventionnisme exacerbé qui avait caractérisé leurs prédécesseurs. 

 

Cette génération de dirigeants comprenait Margaret Thatcher du Parti conservateur britannique, Manuel Fraga et José María Aznar du Parti populaire espagnol, Helmut Kohl des démocrates-chrétiens allemands; aux États-Unis, le Parti républicain entrait dans l'ère Reagan. 

 

Le gaullisme face au tournant libéral

 

En France, le principal parti de droite, le Rassemblement pour la République (RPR), a été dirigé pendant trente ans par Jacques Chirac, un gaulliste conservateur partisan d'un État dirigiste, de la régulation économique et de l'interventionnisme monétaire. 

 

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Se définissant comme keynésien, Chirac se présentait à l'opinion publique internationale comme une alternative au «néolibéralisme anglo-saxon», qu'il associait à Reagan et Thatcher. 

 

Ce n'est qu'en 2007, avec le retrait de Chirac et l'arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, que le gaullisme français, désormais appelé Les Républicains, a opéré son virage tardif vers le libéralisme économique et s'est rapproché des États-Unis en matière de politique étrangère, au prix toutefois d'une division interne au sein du parti.

 

L’ambiguïté économique du lepénisme

 

Le second jalon est l'idéologie économique du mouvement de Le Pen. Sa nature reste énigmatique pour certains, car ce parti n'a jamais gouverné le pays. À ses débuts, Jean-Marie Le Pen a oscillé entre pragmatisme, libéralisme reaganien et nationalisme autarcique. 

 

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Durant les années où sa fille, Marine Le Pen, a dirigé le parti, cette dernière a systématiquement présenté des programmes électoraux fondés sur un État fort, fermé et protectionniste. 

 

Mais ce qui est resté constant, c'est une rhétorique dominée par d'autres préoccupations – immigration, anti-européanisme, identité nationale, sécurité –, reléguant l'économie au second plan. 

 

Ce n'est que récemment, avec l'arrivée de Jordan Bardella à la tête du Rassemblement national, que le lepénisme a semblé plus ouvert aux idées pro-marché, sans grande conviction toutefois. 

 

La droite française doit se réconcilier avec l’idée de liberté économique.

 

Ces deux contradictions inhérentes à la droite française contemporaine ont constitué un obstacle à son accès au pouvoir. Si l'on considère les dernières élections municipales, la somme de toutes les expressions de droite – RN, LR (officiel et dissident), Reconquête, Nouvelle Énergie, et autres – aurait constitué la force politique ayant recueilli le plus de voix. 

 

Mais une large alliance paraît difficile à former sans un travail préalable de clarification des idées et des positions.

 

La fracture géopolitique

 

Début 2026, un point de rupture a semblé être atteint, l’enjeu étant cette fois l'Amérique latine. À la suite de l'opération militaire américaine au Venezuela et de la destitution de Maduro, Marine Le Pen et Jordan Bardella ont adopté une position souverainiste classique et critiqué Trump et son administration, les accusant d'impérialisme. 

 

Les publications de ces deux figures de la «droite française» sur X ont été massivement retweetées par la gauche latino-américaine et des figures du chavisme.

 

Meloni, Orbán, Abascal, Wilders: tous, avec leurs nuances, ont soutenu l'intervention trumpienne. Seuls les nationalistes serbes se sont alignés sur la position du RN, qui semblait appartenir à une autre époque.

 

Le découplage idéologique du mouvement de Le Pen n'était plus seulement économique: il était désormais aussi géopolitique. 

 

Éric Zemmour et Sarah Knafo, de Reconquête, ont saisi l'occasion pour exposer cette fracture. Ils ont célébré la chute de Maduro, félicité Trump et proposé une redéfinition de la notion de souveraineté dans le contexte géopolitique actuel. 

 

La priorité, selon Knafo, est de vaincre le socialisme. Nous vivons dans un monde multipolaire, et la droite européenne perd toute raison d'être si elle se retrouve opposée à Trump. 

 

Par conséquent, cette fois, le défi lancé par Zemmour à Marine Le Pen dépassait la simple compétition pour l'électorat. Il avait auparavant qualifié la politicienne de «femme de gauche», et les événements semblaient lui donner raison. 

 

La question était existentielle, car la position de RN sur le Venezuela avait franchi une ligne rouge. La droite française devait se reconstruire, renouer avec ses racines. Et c'est là que Milei devient un symbole décisif.

 

Le laboratoire argentin

 

En janvier dernier, David Lisnard, maire de Cannes – réélu en mars avec 81% des voix – publiait une tribune dans Le Journal du Dimanche où il affirmait que Milei, qu'il décrivait comme une réussite, était un modèle pour la reconstruction de la France.

 

Bien sûr, la France et l'Argentine sont deux réalités différentes, mais Lisnard souligne que le problème ne réside pas dans les politiques publiques, mais plutôt dans la philosophie politique. 

 

Tous les problèmes que la droite française a si longtemps pointés du doigt – la décadence économique, le wokisme, l'égalitarisme gauchiste, la perte d'une identité nationale – commencent à se résoudre par une reformulation du rôle de l'État dans la société. 

 

Garantir sa seule fonction légitime, et redonner aux individus le pouvoir et la responsabilité. 

 

C’est l’État français, et non la nation, qui a sapé la compétitivité économique, les finances publiques, les valeurs françaises et la cohésion sociale. Dès lors, la bataille culturelle en France commence là. La droite française doit se réconcilier avec l’idée de liberté économique.

 

Dans les médias et sur X, l’idée que l’ascension de Milei soit un «laboratoire pour la France» a commencé à se répandre. 



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Des acteurs de Reconquête, et notamment Sarah Knafo, célèbrent publiquement le parcours de Milei, font l’éloge de la «tronçonneuse» et adoptent un discours économique de plus en plus libertarien.

 

Dans ce contexte, les appels se multiplient en faveur d’une «grande primaire» de la droite française (RN, LR, Reconquête, Nouvelle Énergie, et autres) pour l’élection présidentielle de 2027. Il pourrait s’agir d’une primaire formelle, via une coalition, ou d’une large compétition ouverte au premier tour. 

 

Une confrontation entre deux types de droite, divisés par leurs visions de l’État, du marché et de la géopolitique, se profile en France. Et le président argentin est devenu, de façon inattendue, le symbole de cette bataille à venir.