Stephen Harper: un héritage appelé à bien vieillir

L’ancien premier ministre du Canada, Stephen J. Harper, prend la parole lors de Global Citizen NOW 2024 aux Spring Studios le 2 mai 2024, à New York. Photo: Noam GALAI pour l’AFP.

Vendredi le 6 février 2026, à 09:30

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Stephen Harper: un héritage appelé à bien vieillir
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Vingt ans après l’arrivée au pouvoir de Stephen Harper, notre journaliste Simon Leduc revisite le bilan du premier ministre conservateur entre rigueur budgétaire, fermeté judiciaire et diplomatie controversée.

 

Les libéraux ont été au pouvoir à Ottawa de 1993 à 2006 — d’abord sous Jean Chrétien (1993-2003), puis sous Paul Martin (2003-2006). Cette longévité s’explique en bonne partie par la division de la droite canadienne à l’époque.

 

Stephen Harper a réussi à l’unifier en fusionnant le Parti progressiste-conservateur et l’Alliance canadienne, ce qui lui a permis de remporter les élections de 2006. Assermenté le 6 février de la même année, il devenait ainsi le 22e premier ministre du Canada.

 

Vingt ans plus tard, quel héritage laisse son gouvernement?

 

Un fédéralisme d’ouverture envers le Québec

 

Durant ses années au pouvoir, les relations entre Ottawa et le Québec ont été généralement cordiales.

 

Le gouvernement conservateur a défendu une approche décentralisatrice du fédéralisme, évitant d’empiéter dans les champs de compétence provinciaux.

 

Contrairement à ses successeurs libéraux, Stephen Harper n’a pas mis en place de grands programmes sociaux pancanadiens — pensons, par exemple, à l’assurance dentaire instaurée sous Justin Trudeau. Ottawa s’en tenait davantage à ses responsabilités constitutionnelles.

 

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En novembre 2006, son gouvernement a déposé une motion reconnaissant que les Québécois formaient «une nation au sein d’un Canada uni».

 

Adoptée par la Chambre des communes le 27 novembre 2006, cette reconnaissance, bien que symbolique, constituait un geste politique fort. 

 

Harper tendait ainsi la main au Québec en reconnaissant le caractère distinct de son peuple fondateur.

 

Par ailleurs, durant ces années, l’appui au mouvement souverainiste se situait à des niveaux relativement faibles dans les sondages.


On peut estimer que le climat moins conflictuel entre Ottawa et Québec sous Harper a contribué à atténuer la poussée indépendantiste.

 

Virage répressif en matière de justice

 

Les conservateurs ont toujours défendu une approche plus punitive du système de justice.

 

Le gouvernement Harper a multiplié les mesures visant à renforcer les droits des victimes et à durcir les peines envers les criminels violents.

 

La Loi sur la sécurité des rues et des communautés, adoptée en 2012, s’inscrivait dans cette logique. Elle visait notamment à sévir davantage contre les récidivistes et les jeunes contrevenants violents, en mettant l’accent sur la responsabilité individuelle et la protection du public.

 

Québec avait dénoncé cette orientation, estimant qu’elle allait à l’encontre de son approche axée sur la réhabilitation des jeunes délinquants.

 

Il n’en demeure pas moins que cette législation a renforcé l’arsenal pénal fédéral et envoyé un signal clair en faveur des victimes.

 

Sous sa gouverne, Ottawa a également adopté en 2015 la Charte canadienne des droits des victimes, qui accorde des droits statutaires en matière d’information, de protection, de participation et de dédommagement.

 

Le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu a joué un rôle central dans ce dossier, lui dont la fille a été assassinée par un récidiviste. 

 

Son engagement, conjugué à celui du gouvernement conservateur, a contribué à replacer les victimes au cœur du système judiciaire, là où plusieurs estimaient qu’elles avaient été reléguées au second plan.

 

Rigueur budgétaire et baisses d’impôts

 

Lorsque Stephen Harper arrive au pouvoir, les finances fédérales sont déjà assainies, Paul Martin ayant éliminé le déficit au milieu des années 1990.

 

Le nouveau gouvernement conservateur s’emploie néanmoins à réduire le fardeau fiscal. La TPS passe de 7% à 6% en 2006, puis à 5% en 2008. Ottawa enregistre d’ailleurs un surplus budgétaire d’environ 13,2 milliards de dollars pour l’exercice 2005-2006.

 

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La crise financière mondiale de 2008 vient toutefois bouleverser la donne. Initialement réticent à lancer un vaste plan de relance, le gouvernement Harper y est contraint sous la pression de l’opposition. Le déficit fédéral atteint alors environ 55,6 milliards de dollars en 2009-2010.

 

Le Canada traverse néanmoins la tempête mieux que plusieurs économies occidentales. 

 

Par la suite, le gouvernement conservateur met en œuvre une stratégie de retour à l’équilibre reposant sur le contrôle des dépenses publiques et la réduction de la taille de l’appareil bureaucratique.

 

Cette approche de rigueur budgétaire finit par ramener les finances à l’équilibre avant la fin du mandat.

 

Une diplomatie alignée sur Washington

 

C’est surtout en politique étrangère que le bilan de Stephen Harper divise.

 

Traditionnellement, le Canada cultivait une image de puissance moyenne attachée au multilatéralisme et aux missions de maintien de la paix, héritage notamment de Lester B. Pearson lors de la crise du canal de Suez en 1956.

 

Sous Harper, Ottawa adopte une ligne beaucoup plus affirmée, étroitement alignée sur Washington et très favorable à Israël. Cette posture rompt avec la tradition de neutralité relative qui caractérisait la diplomatie canadienne.

 

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Le Canada perd d’ailleurs, en 2010, sa candidature à un siège non permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, un revers que plusieurs analystes attribuent, en partie, à ce repositionnement diplomatique.

 

À mes yeux, le Canada gagnerait à maintenir un dialogue ouvert avec des puissances comme la Chine ou la Russie, tout en conservant une autonomie stratégique vis-à-vis des États-Unis. 

 

Sous Harper, l’impression dominante était celle d’un alignement quasi systématique sur la politique étrangère américaine, au détriment de la réputation d’intermédiaire neutre que le pays avait longtemps cultivée.

 

Un souvenir globalement positif à long terme

 

Avec le recul, il est probable que plusieurs Québécois et Canadiens garderont un souvenir globalement positif de la gouvernance conservatrice de Stephen Harper.

 

Le bilan apparaît solide en matière de finances publiques, de fiscalité, de justice criminelle et de relations fédérales-provinciales.

 

La politique étrangère demeure le principal angle mort de cet héritage.

 

À bien des égards, le Canada donnait le sentiment d’évoluer dans une direction stable à la veille de l’élection de Justin Trudeau.