Il est beaucoup plus facile de mépriser nos voisins de l’Ouest en les faisant passer pour des arriérés que de prendre conscience de nos propres tares.
L’ancien premier ministre de l’Alberta Jason Kenney représentait beaucoup d’espoir pour le mouvement autonomiste au Canada, autrefois perçu comme un candidat bien en vue afin d’affronter et de détrôner Justin Trudeau.
Il est même possible de le comparer au gouverneur de la Floride, Ron DeSantis, une étoile montante qui pourrait bien mettre un frein à la gouvernance de Joe Biden.
Seulement, dans le cas de Jason Kenney, son ascension s’est tragiquement soldée par un déclassement inattendu. Sa conversion de dernière minute au sanitarisme est l’une des principales causes de son éjection du pouvoir, l’Alberta étant une province où les valeurs de liberté sont particulièrement valorisées.
Le fait d’adhérer au sanitarisme a donc été perçu comme une forme de trahison à l’endroit de ces valeurs cardinales.
Cette province de l’Ouest est traversée par un sentiment souverainiste en raison des politiques liberticides de Justin Trudeau, notamment sur le plan énergétique, fiscal et identitaire. C’est ce qui nourrit son «sentiment d’aliénation».
Le rendez-vous manqué de la CAQ
Qu’en est-il de sa relation avec le Québec, dirigé par un gouvernement caquiste qui se proclame autonomiste et nationaliste?
Il faut se rappeler de la déclaration de François Legault, en décembre 2018, à l’endroit du pétrole albertain, dédaigné et qualifié de «pétrole sale».
Pourtant, dans les prochaines années, l’Alberta ne recevra pas un seul dollar de péréquation de la part du fédéral. Dans le cas du Québec, un montant astronomique de plus de 14 milliards devrait lui être versé.
L’autonomisme de la CAQ est fondamentalement un bluff, le Québec étant la province la plus dépendante financièrement du gouvernement fédéral.
Il est beaucoup plus facile de mépriser nos voisins de l’Ouest en les faisant passer pour des retardataires et des arriérés que de prendre conscience de nos propres tares. L’Alberta était pourtant un allié crédible pour négocier avec le fédéral.
Une fenêtre se dessinait
Avec l’élection de Danielle Smith comme première ministre de l’Alberta, le Québec avait enfin l’occasion de se rattraper et de participer au mouvement autonomiste.
En effet, madame Smith se veut plus affirmée que Jason Kenney, ce dernier s’étant démarqué avec brio en s’opposant aux lois fédérales de Justin Trudeau considérées comme allant à l’encontre des intérêts de l’Alberta.
Danielle Smith cherche à canaliser cette opposition au fédéral avec la loi sur la souveraineté de l’Alberta, faisant passer les intérêts de sa province avant tout.
Les lois du fédéral jugées contraires aux valeurs de l’Alberta pourraient carrément être contournées, ce qui représente dans les faits une forme de souveraineté albertaine.
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Une telle posture devrait faire jubiler les autonomistes québécois, en principe à la recherche de pouvoirs supplémentaires contre Ottawa.
Pourtant, encore une fois, la CAQ a dénigré son voisin de l’Ouest, apeurée par ce qu’elle voit comme une posture trop radicale. En revanche, dans sa perspective, il n’y avait rien de radical au fait d’imposer des couvre-feux à une population entière en temps de paix.
Fier de son caractère distinct, le Québec aurait tout à gagner d’appliquer une telle loi de nature autonomiste. Seulement, une telle démarche ne se produira pas sous le règne de la CAQ, un parti vendeur de rêve mais qui fait preuve de stagnation et de résignation.
Vers une convergence autonomiste?
Deux partis sont ouverts à l’idée d’une telle loi, à savoir le Parti québécois et le Parti conservateur du Québec. Une convergence de ce genre laisse déjà entrevoir une opposition au wokisme radical de Justin Trudeau, un péril qui menace plusieurs facettes de notre société, dont la liberté d’expression.
Cependant, sur le plan énergétique et fiscal, il y aurait probablement des dissensions dans ce dossier, notamment en raison du fait que les deux partis concernés incarnent la gauche et la droite. Tout de même, l’idée d’une telle convergence demeure envisageable.
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Si le Parti conservateur du Québec se remet de ses déboires des dernières élections et règle définitivement ses chicanes internes, alors il pourrait proposer un projet substantiel pour l’autonomie québécoise et se rallier à des partenaires d’autres provinces. Ce serait faire preuve de pragmatisme, un concept cher à François Legault, mais qui en fait bien peu usage en réalité.
Le scénario idéal pour le Québec serait qu’un parti politique pro-liberté propose et défende une loi sur la souveraineté du Québec. Il resterait à passer le fameux «test des tribunaux».
Ce faisant, les libertés seraient protégées à la fois à l’interne, mais aussi contre le gouvernement fédéral de Justin Trudeau, embourbé dans le wokisme et une vision idéologique et déconnectée de l’énergie et de l’environnement.
Il n’est pas nécessaire de conquérir le pouvoir fédéral ou de proclamer une sécession formelle du Québec afin de favoriser son autonomie. L’État québécois peut très bien devenir le protecteur des libertés tout en demeurant dans la fédération canadienne.
Cela demande cependant un énorme combat politique et culturel afin d’opérer cette transition. Cela demande aussi une révolution des mentalités.











