Début mai, Libre Média vous informait de la réaction des jeunes face au retrait des masques en classe. Qu’en est-il pour le reste de la population presque un mois après la levée de l’obligation du port du masque dans les lieux publics?
La santé publique a sonné le glas du masque presque partout, y compris dans les transports collectifs à partir du 18 juin prochain, en se basant sur «l'amélioration significative de la situation épidémiologique au cours des dernières semaines» (sic).
Pour autant, les gens ont-ils rangé le fameux couvre-visage, présenté comme le gage de la non-propagation du virus dans les milieux fermés et achalandés?
Difficile de répondre à cette question qui continue à diviser la population, y compris au sein de mêmes groupes. Pour y voir plus clair, Libre Média est allé à la rencontre de citoyens.
Ginette Fortin, une pimpante retraitée, illustre parfaitement cette dichotomie en nous expliquant qu’elle en a vu d’autres et que ce n’est pas un gouvernement qui va décider pour elle: «J’ai 69 ans, mon père est Alzheimer et je ne veux pas le mettre en danger, alors je continuerai à porter mon masque même avec mes petits-enfants».
Denise Cournoyer, elle, tient le même raisonnement, mais à l’opposé, évoquant son «bon sens»:
«J’étais dans le sud pendant quatre mois, et là-bas, personne ne portait le masque. On allait au restaurant, on faisait du voilier et du golf avec nos amis. On revient chez nous et on revoit ces mêmes amis qui ont remis le masque ici et qui l’ont enlevé seulement quand Christian Dubé l’a annoncé à la télé. Ça n’a pas d’allure», déplore-t-elle.
Un choix personnel avant tout
La psychoéducatrice Sarah-Ursula Therrien explique que dans ce contexte bien précis, chez certaines personnes plus âgées, se manifeste un ras-le-bol de ce qui peut être perçu comme une forme d’infantilisation, dans un sens comme dans l’autre:
«Si quelqu’un souhaite porter le masque parce qu’il est immunosupprimé et veut se protéger, cela devrait être son choix personnel et non une contrainte. C’est la même chose pour une personne qui ne souhaite pas le porter et qui est en confiance vis-à-vis de sa santé et de la situation épidémiologique».
«Si cela rassure certaines personnes de se faire dire quoi faire, quand le faire et comment le faire, ce n’est pas le cas de tout le monde», observe la psychoéducatrice et chroniqueuse radio auprès de Libre Média.
C’est d’ailleurs dans ce sens que s’est positionnée la santé publique du Québec: «Le choix de porter le masque dans ces lieux demeure à la discrétion de chaque personne. La population est invitée à respecter celles et ceux qui souhaitent continuer à se prévaloir de ce moyen de se protéger efficacement contre la Covid-19».
Karine Gagnon n’a pas la même lecture et bien qu’indépendante d’esprit en temps normal, elle aurait préféré qu’on lui dise franchement comment agir:
«Les premiers jours, j’avais peur d’être jugée alors je ne portais pas de masque, mais je le cherchais partout. Maintenant, je le remets souvent, c’est un peu selon l’état dans lequel je suis cette journée-là. Je me sens moins vulnérable avec. En plus, parmi les gens que je côtoie, il y en a sûrement qui ne sont pas vaccinés!».
Habitude, anxiété, évitement: tout un mécanisme mental à détricoter
Cette attitude n’étonne pas non plus Sarah-Ursula Therrien, qui souligne que pour une bonne partie de la population, c’est beaucoup plus complexe que «tu es obligé de porter le masque ou tu as la permission de l’enlever».
Elle précise: «Adultes et enfants ont été conditionnés pendant deux ans à le porter pour se protéger et protéger les autres, alors si rien n’est fait pour les déconditionner et leur réapprendre à vivre sans masque, il sera complexe de leur faire perdre cette habitude, du moins pour une proportion d’entre eux. Les raisons sont nombreuses et très variables d’une personne à l’autre».
La spécialiste pointe l’anxiété comme facteur principal: «Qu’elle soit liée à la peur d’attraper le virus ou encore davantage une anxiété dite sociale. Pour quelqu'un qui souffre de cette dernière, le masque représente une barrière de protection, derrière laquelle il peut se cacher et passer inaperçu, voire tenter de se faire oublier.
Certains en sont donc même venus à apprécier le port du masque, qui permet l'évitement du contact social ainsi que la fuite devant une crainte qui est irrationnelle, mais qui a été renforcée par la pandémie depuis deux ans».
Attention au clivage
«C’est précisément parce qu’il n’est plus obligatoire qu’on doit le porter», déclare Geneviève B. qui déplore les regards réprobateurs de certains. Elle justifie son masque comme précaution face à une plus grande circulation du virus, maintenant que tout le monde respire à l’air libre.
Le contraire absolu de Denise Cournoyer qui persiste à penser ce sont ces gens-là qui font le lit des décisions gouvernementales qu’elle juge arbitraires.
C’est ce qui pousse Sarah-Ursula Therrien à encourager vivement le respect et la tolérance de tous, quel que soit leur choix. «C’est important de retenir que ce n'est pas parce que quelqu'un pense différemment de vous, qu'il est contre vous. C'est toutefois ce qu'on nous a laissé sous-entendre durant les deux dernières années», conclut-elle.











