Pour une voix québécoise dans le grand jeu géopolitique

La façade de la Délégation générale du Québec à Londres. Photo: Collins Construction.

Jeudi le 15 janvier 2026, à 14:00

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Pour une voix québécoise dans le grand jeu géopolitique
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Face au retour brutal des rapports de force, le Québec ne peut plus se contenter de se fondre dans les choix d’Ottawa. L’heure est venue d’assumer une voix propre sur l’échiquier géopolitique et de défendre lucidement nos intérêts.

 

Dès décembre 2024, je plaidais dans ces pages pour la constitution d’une «Équipe Québec» pour défendre nos intérêts face à la tempête géopolitique annoncée par l’arrivée de Trump 2.0.    

 

On connaît la suite. La peur a triomphé de la raison. Grâce à une campagne d’une redoutable efficacité, l’approche Elbows Up s’est imposée. Même quelques bloquistes sont devenus chantres de la «collaboration» avec Ottawa, jetant un léger froid avec le PQ. 

 

Un an plus tard, les flûtes souverainistes sont de nouveau alignées. Le Bloc reconnaît que sa position a mal vieilli, car le parapluie canadien s’est révélé plein de trous. 

 

Non seulement les tarifs persistent, mais les négociations sont rompues et rien n’indique qu’elles reprendront de sitôt. 

 

Il faut dire que Team Canada tend le bâton pour se faire battre. On a qu’à penser à la campagne ontarienne qui a jeté de l’huile sur le feu. 

 

Ou encore à la malavisée tentative de rapprochement avec la Chine à l’heure où Washington érige le «partenariat hémisphérique» en pierre angulaire de sa stratégie de sécurité nationale. 

 

Un document qui redéfinit les termes

 

Alors que les moindres trivialités américaines sont scrutées et rapportées, il s’avère curieux que la publication de la National Security Strategy, véritable bombe géopolitique, ait d’abord été accueillie dans une relative, et déconcertante, indifférence.  

 

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Il aura fallu que l’administration américaine passe de la parole aux actes pour que chacun lise et commente ce document aux allures de feuille de route.  

 

Si la mouture 2022 de la NSS cherchait à stabiliser un monde instable, celle de 2025 mise sur la résilience face à une fragmentation politique durable. 

 

Autrement dit, l’hégémon américain confesse, à demi-mot, qu’il n’est plus qu’un Empire parmi d’autres. Il admet qu’il se retranche (et s’affirme haut et fort) dans une zone d’influence restreinte.

 

Bref, il entérine, plus qu’il ne provoque, le changement d’ordre mondial dont chacun prend tragiquement acte. 

 

 

Nous, Québécois, hésitons à prendre notre place, inquiets.

 

 

La Chine, qui n’était qu’un rival en 2022, incarne un système concurrent en 2025. Cela redéfinit les alliances comme les priorités. 

 

Sous couvert de «restaurer la confiance civilisationnelle européenne», l’Oncle Sam avoue avoir épuisé sa patience face au «Tanguy» du Vieux Continent. Ce dernier est fortement encouragé à voler de ses propres ailes, même plombées. 

 

Mais la véritable pierre d’achoppement concerne le Groenland, car le  «corollaire Trump» vise d’abord à asseoir son leadership continental et à endiguer l’influence étrangère dans les Amériques. 

 

C’est d’ailleurs pourquoi la désignation de la Chine comme un «partenaire stratégique» du Canada laisse pantois. D’autant plus que les autres partenaires incluent la Corée du Nord, la Russie, l’Iran et, jusqu’à récemment, le Vénézuéla. 

 

Jouer la géopolitique

 

En ces temps où les plus forts dominent, plusieurs affirment que les puissances moyennes comme le Canada sortiront perdantes. Cela dit, grâce à leur agilité, les petits joueurs pourraient tirer leur épingle du jeu. 

 

Mais encore faut-il savoir jouer. 

 

La géopolitique n’est pas une partie de Bingo dont l’issue dépend du hasard, mais une joute de poker qui exige flegme, stratégie et intuition. 

 

Les Albertains sont déjà assis à la table, cartes en mains, impassibles. 


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Nous, Québécois, hésitons à prendre notre place, inquiets, à juste titre, des conséquences de cette nouvelle donne qui bouleverse le long fleuve tranquille de notre histoire. 

 

Pourtant, nous aurions tort de nous effacer dans la lamentation ou de déléguer notre destin. Au contraire, ajoutons notre voix singulière au concert des nations. 

 

Après tout, notre affirmation géopolitique assumée pourrait non seulement servir au mieux nos intérêts, mais peut-être même nous appeler, en aval, à une tâche essentielle: réconcilier deux Occidents froissés.