Le Canada comme 51e État américain? Les provocations de Donald Trump révèlent le vide identitaire du Canada, exposant une fédération fragile et désunie et ouvrant ainsi une toute nouvelle voie pour le Québec.
À la suite de la toute première allusion de Trump au 51e État, le commentariat s’est empressé de la qualifier de blague. Or, le président élu n’en démord pas. Ses piques sur le «gouverneur Trudeau» et le «grand État du Canada» se multiplient.
Mais au-delà du comportement de Trump, qui déconcerte comme prévu, ce sont surtout les réactions des Canadiens qui surprennent. Certains s’affolent et d’autres rient jaune.
Enfin, plusieurs se demandent si un petit fond de vérité et un sujet de débat ne se cacheraient pas derrière ces boutades répétées.
Certes, il faut se garder de prendre Trump au pied de la lettre ou de paniquer à chaque déclaration outrancière. Cela dit, il s’avérerait tout aussi malavisé de ne pas considérer que, sous ses propos d’apparence loufoque, de véritables lubies politiques se dissimulent.
Il faut prévoir l’imprévisible et planifier l’improbable.
En outre, évitons de discréditer d’emblée des idées simplement parce qu’elles tranchent avec le long fleuve relativement tranquille des dernières décennies.
Rappelons que le basculement entamé d’un monde unipolaire à un monde multipolaire s’accompagne ipso facto de turbulences, et avec Trump à la barre, ces secousses risquent de se révéler d’autant plus vigoureuses.
Une «Équipe Canada» qui bat de l’aile
Pour faire front commun face à la menace des tarifs, les appels à mobiliser une «Équipe Canada» ont fusé. Cependant, il est rapidement devenu évident que l’esprit de corps canadien n’est plus que l’ombre de lui-même.
Doug Ford, autoproclamé «capitaine Canada», a prôné une stratégie de ligne dure, mais son «tit-for-tat» n’a pas résonné chez ses homologues.
Ce n’est pas surprenant: l’Ontario constitue depuis longtemps le dernier bastion du Canada. «L’unité canadienne» repose d’ailleurs en bonne partie sur une dynamique réactionnaire vis-à-vis du « mouton noir» que le Québec représente.
En 1995, le ROC s’est soudé autour du «love-in» préréférendaire, puis cet «amour» s’est transformé en ressentiment. Aujourd’hui, le Canada ressort très affaibli d’une ère Trudeau qui a encouragé le délitement national à grands coups de petites cases identitaires.
Objectivement, la Colombie-Britannique possède davantage d’atomes crochus avec Washington ou l’Oregon qu’avec l’Ontario.
Les Maritimes partagent nettement plus d’affinités avec la Nouvelle-Angleterre qu’avec les Prairies. Et plusieurs Albertains se sentent résolument plus Cowboys que Canucks.
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Quant au Québec, il n’a jamais incarné le plus fervent supporteur d’Ottawa. Nombreux sont les Québécois qui, en entendant les allusions répétées de Trump, envisagent à demi-mot l’idée.
«Tant qu’à ne pas être parfaitement maître chez nous, pourquoi ne pas s’unir avec un partenaire plus puissant tout en gagnant une protection accrue, une monnaie plus solide et quelques pouvoirs au passage?»
Si on ajoute l’état lamentable des finances publiques à ce contexte politique, il apparaît clair que le Canada pourrait résister plus mollement qu’on s’imagine à une hypothétique offre agressive ou alléchante de notre voisin du Sud.
Se préparer à toutes les situations
L’idée, bien sûr, reste marginale. Mais imaginons un scénario. Si le Québec rejoignait l’Union en tant qu’État libre associé, il pourrait probablement se doter d’une constitution, préserver sa langue et ses lois et accéder à plusieurs privilèges réservés aux nations, dont la participation aux Jeux olympiques.
Évidemment, l’hypothèse la plus probable demeure celle attendue: les menaces, le bluff et les blagues de Trump s’évanouiront à la seconde où le Canada obtempérera, protégera sa frontière et augmentera son budget militaire.
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Toutefois, cela ne signifie pas qu’il convienne d’ignorer complètement les thèses invraisemblables. Espérons donc qu’en coulisses, une «Équipe Québec» s’active et se prépare à un éventail de possibilités.
Avec l’ère de realpolitik décomplexée qui s’amorce, les quatre prochaines années s’annoncent rocambolesques. Le Québec ne peut pas se permettre de «jouer pépère». Il faut prévoir l’imprévisible et planifier l’improbable.











