L’Ukraine n’explique pas toute la vague inflationniste

L'ombre d'un hélicoptère sur un champ de blé de la région de Kiev, le 14 juillet 2022. Photo: Sergeï Supinsky pour l’AFP.

Lundi le 1 août 2022, à 10:30

Selon le chroniqueur et analyste financier Ian Sénéchal, la présente crise inflationniste résulte d’abord et avant tout d’une mauvaise gestion des gouvernements. 


La guerre en Ukraine est-elle la seule responsable de la vague inflationniste qui secoue la planète, la hausse du coût de la vie allant jusqu’à alimenter des soulèvements dans des pays comme le Sri Lanka et le Panama?

Libre Média en a discuté avec Ian Sénéchal, chroniqueur et président du cabinet de services financiers VotreConseiller.net. 

Simon Leduc: Quelles sont les principales causes expliquant la hausse de l’inflation au Canada?

Ian Sénéchal: «Depuis un moment, la Banque du Canada imprime beaucoup d’argent et baisse les taux d’intérêt. On a utilisé la même stratégie aux États-Unis et en Europe. Au début de la crise sanitaire, on a envoyé beaucoup de liquidités sur les marchés financiers, afin de ne pas vivre une crise financière durant la pandémie.

Malheureusement, on était dans une situation où l’offre et la demande étaient assez instables à cause de la fermeture de l’économie. Alors, il était difficile de savoir si l’action des banques centrales était suffisante. 

De plus, le gouvernement canadien a mis en place des mesures de stimulation fiscale qui étaient d’une grande ampleur comparativement aux autres pays du G8. La stimulation économique provenait donc des mesures fiscales et monétaires des banques centrales.  

Il fallait attendre que l’économie se relève de sa fermeture afin de constater l’étendue des conséquences qu’auraient ces politiques sur l’économie. 

Finalement, on s’est aperçu que les banques centrales et les gouvernements avaient envoyé beaucoup trop de liquidités dans les marchés financiers.  Cette dynamique a causé une bulle d’actifs et une augmentation des prix. 

Certains observateurs estiment que ce sont les chaînes d’approvisionnements brisées avec la Chine qui ont causé cette hausse des prix, mais en réalité, il y a eu une forte hausse de la demande pour des biens de consommation et non de services.


À lire aussi:
Hausse du taux d'intérêt, hausse d’inquiétude


Cela a mis de la pression sur des secteurs de l’économie: l’automobile, la hausse de la demande du marché immobilier, la hausse de la bourse, la hausse des denrées alimentaires, etc.   

Les consommateurs ont été touchés par la hausse vertigineuse du prix de l’alimentation, de l’essence, etc. Certains blâment la guerre en Ukraine pour expliquer la crise actuelle, mais dans les faits, il y avait juste trop d’argent sur les marchés.» 

La guerre en Ukraine n’est donc pas la principale cause de la crise?

Ian Sénéchal: «C’est certain que ce conflit militaire a mis de la pression sur le prix du pétrole et qu’une perte de productivité est survenue dans le marché. Mais cet événement ne peut pas expliquer à lui seul un taux d’inflation actuel de 8% au Canada et aux États-Unis.

Il faut savoir que l’inflation a toujours été un phénomène monétaire, car c’est l’augmentation généralisée des prix. La guerre en Ukraine peut avoir eu un impact sur certains produits (le blé, pétrole, le gaz naturel), mais pas sur tout, car il y a des moyens de s’approvisionner autrement.»

Dans quelle mesure les politiques fiscales et économiques du gouvernement Trudeau ont-elles contribué à la crise?


Ian Sénéchal: «Le candidat à la chefferie du Parti conservateur du Canada, Pierre Poilievre, affirme que les dépenses astronomiques du gouvernement Trudeau nuisent à l’économie canadienne. Il a tout à fait raison.  
Par exemple, les programmes d’aide comme la PCU et la PCRE auraient dû être plus ciblés.  

Beaucoup de personnes ont reçu un chèque du gouvernement, mais ils n’en avaient pas vraiment besoin. Cela a ouvert la porte à la fraude.  

Mais ce sont surtout les subventions salariales aux petites, moyennes et grandes entreprises, qui ont nui à l’économie du pays. Pour certaines corporations, le gouvernement a financé jusqu'à 75% de leur masse salariale. Cela a mené à de grosses distorsions dans l’économie. Certaines entreprises en ont profité pour hausser leurs profits de façon importante.  

À lire aussi: Inflation en hausse: «le conflit en Ukraine sert de bouc émissaire»


De plus, certaines entreprises ont décidé de demeurer fermées lors de la pandémie, car elles recevaient de généreuses subventions du gouvernement libéral. Pendant des mois, on a donc payé des gens à ne rien faire. 

Quand on envoie de l’argent sur les marchés sans gain de productivité, cela cause une hausse de l’inflation. C’est exactement ce qui se passe actuellement au Canada. On ne peut pas être surpris de la hausse substantielle de l’inflation. On ne peut pas penser que le fait d’imprimer autant d’argent n’aurait pas de conséquence sur l’économie!»

Quelle politique le fédéral devrait-il mettre en place pour combattre la spirale inflationniste?

Ian Sénéchal: «Mettre fin au déficit le plus rapidement possible. Quand le gouvernement est en déficit, cela veut dire qu’il dépense de l’argent qu’il n’a pas à sa disposition. Dans ce cas, l’administration fédérale doit emprunter de l’argent.  

Cela a pour conséquence l’envoi de liquidités sur les marchés financiers qu’on ne devrait pas envoyer. Le gouvernement Trudeau doit mettre fin aux mesures de stimulation fiscale. 

Si on ne le fait pas, c’est le secteur privé qui va en subir les conséquences. À ce moment-là, on augmente le risque d’une récession. Le fédéral doit faire le ménage dans sa cour et revenir à des surplus budgétaires le plus tôt possible.»