Notre contributrice Virginie Dostie-Toupin revient sur une élection dominée par l’instinct de peur, la marginalisation du Québec et la consolidation d’un pouvoir sans contrepoids.
Le résultat de l’élection fédérale m’a soufflée. Non pas parce qu’il était imprévisible, mais parce que je parvenais difficilement à croire au choix de mes compatriotes. Toute la soirée, des flashbacks de 1995 m’assaillaient.
Trente ans plus tard, je saisissais, ne serait-ce qu’un peu, l’état d’esprit de mes parents ce soir-là…Tout ça pour dire qu’il m’a fallu une semaine pour me remettre de ce lendemain de veille.
À ce stade, on peut avoir l’impression que tout a été dit.
Tout le monde a souligné que Trump a tiré les ficelles de cette élection, depuis son déclenchement provoqué jusqu’à son spectre dans l’isoloir en passant par la question de l’urne décrétée en son honneur. Ça y est. Le maître de la téléréalité a transformé la géopolitique en épisode de Survivor.
La peur encore plus forte au Québec
La peur du président a sévi partout, mais particulièrement au Québec, où il a carrément pris des airs du bonhomme sept heures. La peur a d’ailleurs fait couler beaucoup d’encre chez les analystes.
Les clins d’œil à l’essentielle épitaphe de Parizeau ont pullulé, tout comme les références au syndrome de Stockholm. D’autres ont rappelé que, de toujours, le vote québécois relève davantage du pathos que du logos en citant Laurier pour qui: «la province de Québec n’a pas d’opinion, elle n’a que des sentiments».
Clivage générationnel
Un clivage générationnel palpable a également marqué cette élection. Le sort des jeunes n’a pas ému. À croire que plusieurs ont oublié le couplet qu’ils récitaient jadis comme un mantra: «On a mis quelqu’un au monde, on devrait peut-être l’écouter.»
Immigration et parti unique
Enfin, d’aucuns ont mis en exergue le rôle politique qu’a joué l’immigration tandis que d’autres, comme Mathieu Bock-Côté et Jérôme Blanchet-Gravel, ont signalé l’avènement de ce qui commence à ressembler étrangement à un parti unique.
Un parti sur lequel une unique province a réellement de l’emprise. En effet, le blue Liberal et le red Tory semblent heureux comme larrons en foire. Ils se suffisent.
L’Alberta l’a compris. Et elle agit en conséquence.
Les Québécois devraient dresser le même constat, mais nous apparaissons plutôt comme des grenouilles à l’aise dans une eau de plus en plus chaude.
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N’en déplaise à notre premier ministre qui, pris d’un curieux élan de duplessisme, a affirmé que le PLC «en devait une» au Québec, l’élection illustre plutôt notre inconséquence patente dans l’équation fédérale.
Peu importe de quel bord on a voté, Carney n’a pas perdu de temps pour nous mettre deux gifles: l’élargissement d’un coûteux programme qui empiète sur nos compétences et l’invitation lancée au Roi.

Pendant ce temps, les nationalistes y vont de chicanes plus ou moins productives. Les remontrances publiques à l’égard du Bloc visaient juste, car en privé, les griefs abondaient: refus de faire tomber le gouvernement pour une question de «libellé», mise au rencart de l’essentiel et offre douteuse de «collaboration».
Nous serions plus forts unis
Les points sur les i sont mis. En revanche, les chicanes entre nationalistes et conservateurs québécois s’avèrent contre-productives, car s’il est un groupe avec lequel les caribous auraient intérêt à collaborer, ce sont les pirates.
Il y a d’ailleurs fort à parier que de nombreux caribous arborent déjà secrètement un cache-œil et une jambe de bois, le regard tourné vers une Alberta qui s’apprête à nous servir une inspirante leçon politique.
Pour soigner les blues du scrutin, accrochons-nous à cette petite lueur d’espoir.













