Des milliards pour les éoliennes au Québec: pourquoi et pour qui?

Photo: AFP.

Lundi le 15 septembre 2025, à 14:00

Écouter l'article
Des milliards pour les éoliennes au Québec: pourquoi et pour qui?
0:000:00

Hydro-Québec veut doubler sa production d’électricité d’ici 2050 grâce à l’éolien. Mais ce projet colossal de 185 milliards soulève des doutes quant à sa pertinence, ses coûts, ses impacts environnementaux, et surtout à l’absence de débat public.

 

Le Québec s’engage dans un projet coûteux afin de transformer sa production énergétique au cours de la prochaine décennie. 

 

En effet, Hydro-Québec, en collaboration avec des promoteurs privés, ambitionne de doubler sa production d’électricité d’ici 2050, principalement grâce à une expansion massive de l’énergie éolienne. 

 

Ce projet titanesque, dont le coût initial est estimé à 185 milliards de dollars, vise à tapisser le territoire québécois de parcs éoliens pour atteindre une capacité additionnelle de 10 000 MW. 

 

Une somme aussi colossale pourrait, à titre de comparaison, permettre de verser plus de 20 000 dollars à chaque résident de la province, ce qui donne une idée de l’ampleur financière de cette initiative.

 

Pourtant, une question fondamentale demeure sans réponse: à quoi servira toute cette électricité? 

 

L’électrification massive, notamment via les véhicules électriques, reste incertaine, surtout avec le recul du gouvernement fédéral sur les subventions et l’obligation d’achat de ces véhicules en 2025. 

 

Cette absence de demande claire confère au projet un caractère spéculatif. Le gouvernement s’empresse de miser des milliards de dollars sans explications claires.

 

Le projet de virage éolien se heurte à une opposition croissante. De nombreux citoyens, regroupements et élus dénoncent l’absence de consultation publique et les effets environnementaux, sociaux et économiques de cette entreprise. 

 

Alors que les promoteurs privés et certains élus locaux y voient une nouvelle source de revenus subventionnés, les contribuables, qui financent en grande partie ce projet par des subventions, s’inquiètent des coûts et des conséquences à long terme. 

 

Cette tension entre les impératifs économiques, les aspirations écologiques et les préoccupations citoyennes appelle un débat public approfondi, qui fait défaut à ce jour.

 

État des lieux de l’énergie éolienne au Québec


En 2025, l’énergie éolienne occupe une place modeste dans le paysage énergétique québécois. Avec une capacité installée d’environ 4000 MW, répartie sur une quarantaine de parcs éoliens, principalement en Gaspésie, dans le Bas-Saint-Laurent et en Chaudière-Appalaches. 

 

L’éolien produit annuellement 10 TWh, soit environ 5% de la production totale d’Hydro-Québec. 

 

Ces installations ne suffisent pas à répondre aux ambitions de la société d’État, qui prévoit une expansion spectaculaire pour ajouter 10 000 MW de production électrique supplémentaire d’ici 2035.

 

Plusieurs projets sont déjà en cours ou annoncés, parmi lesquels le projet Des Neiges dans la région de Charlevoix, actuellement en évaluation par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), ainsi que des initiatives dans la MRC du Granit, à Madawaska, à Canton MacNider et à Saint-Paul-de-Montminy. 

 

Ces projets, bien que diversifiés géographiquement, partagent un point commun: ils suscitent des débats locaux sur leur pertinence.

 

Cette expansion s’accompagne d’une difficulté technique majeure: l’intégration de l’énergie éolienne, par nature intermittente, dans le réseau électrique. 

 

Pour y parvenir, Hydro-Québec prévoit la construction de 5000 km de nouvelles lignes de transport, un investissement de plusieurs milliards de dollars financé par les contribuables. 

 

Ces infrastructures, incluant des postes de transformation et des raccordements, sont nécessaires pour acheminer l’électricité produite par les parcs éoliens, notamment ceux situés en zones éloignées

 

Limites techniques de l’énergie éolienne


L’énergie éolienne comporte des contraintes techniques importantes. Tout d’abord, l’espace requis pour les parcs éoliens est considérable. Un parc de 100 MW nécessite entre 20 et 30 km², selon la densité des turbines.

 

Pour atteindre les 10 000 MW prévus, cela pourrait représenter une emprise territoriale de 2 000 à 3 000 km², souvent dans des zones agricoles ou naturelles. À titre de référence, l’île de Montréal fait moins de 500 km.

 

Les travaux d’accès tels que le déboisement et la construction de routes perturbent les écosystèmes locaux et suscitent des inquiétudes environnementales.

 

Ensuite, l’intermittence de l’éolien pose une difficulté supplémentaire. 

 

Les éoliennes produisent en moyenne 25 à 30% de leur capacité maximale en raison de la variabilité des vents.

 

De longues périodes sans vent peuvent entraîner une absence totale de production, obligeant le réseau à s’appuyer sur d’autres sources d’énergie pour maintenir la stabilité. 

 

Cette nécessité de sources complémentaires augmente la complexité et les coûts d’exploitation du réseau.

 

Enfin, la durée de vie des éoliennes, estimée à 20 ou 25 ans, engendre des coûts supplémentaires à long terme. 

 

À la fin de leur cycle, les éoliennes doivent être remplacées ou démantelées, des opérations coûteuses souvent non provisionnées dans les budgets initiaux. 

 

Les pales en fibre de verre, difficiles à recycler, s’accumulent dans des décharges, posant un problème environnemental persistant.

 

Conséquences environnementales de l’éolien


La fabrication des turbines repose sur des matériaux comme l’acier, le béton et les terres rares, dont l’extraction, souvent réalisée en Chine, a des conséquences écologiques et sociales importantes. 

 

Chaque éolienne nécessite une base en béton de 1000 à 2000 tonnes. Les travaux d’infrastructure, tels que les routes d’accès, entraînent un déboisement et une fragmentation des habitats naturels, affectant la biodiversité.

 

Les éoliennes ont également un effet sur la faune. Les oiseaux migrateurs et les chauves-souris sont particulièrement vulnérables aux collisions avec les pales, tandis que les parcs éoliens situés dans des régions comme Charlevoix menacent des espèces sensibles, telles que le caribou. 

 

À lire aussi: Les éoliennes pourraient nuire à notre autonomie alimentaire

 

Par ailleurs, l’installation d’éoliennes en zones agricoles affecte les surfaces cultivables.

 

Les nuisances sonores et visuelles constituent une autre préoccupation. Les basses fréquences générées par les turbines, combinées aux ombres mouvantes et aux lumières clignotantes des éoliennes, affectent la qualité de vie des résidents à proximité. 

 

Ces effets, bien que souvent minimisés par les promoteurs, alimentent le mécontentement des communautés locales.

 

Pour atténuer certains de ces problèmes, des solutions innovantes sont envisagées, comme l’utilisation de dirigeables développés par l’entreprise Flying Whales pour transporter les pales d’éoliennes. 

 

Cependant, la viabilité de cette approche reste incertaine malgré les généreuses subventions du gouvernement du Québec.

 

Conséquences sociales et économiques


L’implantation des parcs éoliens, souvent réalisée sans consultation adéquate, divise les communautés. 

 

Les citoyens déplorent un manque de transparence et un sentiment de déni démocratique, les décisions étant perçues comme imposées par Hydro-Québec et les promoteurs privés. 

 

Ce manque de dialogue exacerbe les tensions, notamment dans les régions rurales où les projets sont concentrés.

 

Sur le plan économique, le modèle de financement de l’éolien suscite des inquiétudes. Hydro-Québec est contrainte d’acheter l’électricité éolienne à des prix élevés comme forme de subvention, ce qui augmente les coûts de production. 

 

Dans d’autres juridictions, comme certains pays européens, l’intégration massive de l’éolien a conduit à une hausse significative des prix de l’électricité pour les ménages, parfois multipliés par deux ou trois.  

 

À lire aussi: Maritimes: un état d’exception environnemental redéfinit les libertés

 

Au Québec, cette hausse menace l’avantage compétitif que représente une électricité abordable, historiquement un atout pour les petites et moyennes entreprises ainsi que pour l’industrie.

 

Les subventions accordées à l’éolien soulèvent la question de la création de richesse durable. 

 

Les profits générés par les parcs éoliens reviennent principalement aux promoteurs privés, tandis que les coûts d’infrastructure, de raccordement et de démantèlement sont assumés par les contribuables.

 

Cette socialisation des coûts, combinée à la privatisation des bénéfices, alimente un sentiment d’injustice parmi la population.

 

Opposition et contestation


L’opposition à l’expansion éolienne prend de l’ampleur, portée par des coalitions comme le Regroupement pour la vigilance éolienne au Québec (RVÉQ). 

 

De son côté, l’initiative Vents d’élus, soutenue par 42 élus de 15 MRC, dénonce le déficit démocratique dans le processus décisionnel, plaidant pour une plus grande transparence et une meilleure prise en compte des préoccupations locales. 

 

Ces mouvements reflètent un malaise croissant face à un projet perçu comme imposé d’en haut. En France, le romancier Alexandre Jardin qualifie ce type d’initiative de «coup d’État administratif».

 

Au-delà de l’éolien


Face aux limites de l’énergie éolienne, plusieurs autres solutions méritent d’être considérées. Le Québec dispose d’un potentiel hydroélectrique inexploité. 

 

Cette ressource, plus stable et économique que l’éolien, pourrait répondre aux besoins énergétiques sans les inconvénients liés à l’intermittence ou à l’occupation massive du territoire.

 

Par ailleurs, les réacteurs modulaires à petite échelle (SMR) offrent une solution prometteuse. 

 

À lire aussi: Gare aux pseudo-écologistes
 

Compacts et stables, ils pourraient être déployés rapidement, comme le démontre l’expérience ontarienne, sans nécessiter les investissements massifs en infrastructure de transport requis par l’éolien.

 

Le projet d’expansion éolienne d’Hydro-Québec va coûter cher, trop cher. Les coûts astronomiques, l’absence de demande claire pour l’électricité produite et les conséquences environnementales doivent nous faire réfléchir.

 

L’opposition croissante, portée par des citoyens, des élus et des organisations, met en lumière un déficit démocratique qui ne peut être ignoré.