La transmission, rempart contre l'oubli culturel

L'Assemblée nationale du Québec, le 10 juin 2018. Photo d'Alice CHICHE pour l’AFP.

Mardi le 21 janvier 2025, à 14:30

Le déclin du Québec se poursuit. Face à la chute de la natalité et au décrochage culturel des nouvelles générations, misons sur la transmission en attendant notre véritable renaissance. 

 

D’un océan à l’autre, les déclarations de Trump sur le «51e État» ont suscité une fascinante introspection. Plusieurs, dont je suis ici, estiment que cet épisode a mis en évidence la faiblesse culturelle du Canada «postnational», désormais quasi indissociable de son voisin américain. 

 

Sans surprise, les Québécois excluent d’emblée notre «village gaulois» de ce constat. Après tout, notre attachement au français est notoire et notre résistance culturelle tranche avec celle du ROC. 

 

Mais ne nous leurrons pas: nous sommes loin d’être épargnés.

 

Comme l’avait pressenti Denys Arcand, le Québec a embrassé le confort et l’indifférence. Aujourd’hui, on s’émeut presque davantage de la survie de la rainette faux-grillon — une noble cause, entendons-nous — que de celle de notre culture.

 

Certains croient dur comme fer que notre survie culturelle serait assurée si et seulement si le Québec devenait enfin un pays à part entière. 

 

Mais à force d’attendre l’inaccessible étoile d’un référendum gagnant, nous avons peut-être tourné le dos à l’essentiel, à ce principe sur lequel nous possédons déjà les pleins pouvoirs: la transmission. 

 

Une brèche culturelle béante

 

Justement, c’est là que le bât blesse. Si nos enfants parlent encore français, ils évoluent néanmoins dans un monde culturel déraciné et présentiste. Ils ne regardent plus notre télé, ne font plus confiance aux médias traditionnels garants d’une certaine convergence, boudent la culture locale et n’ont que peu de contact avec les canons occidentaux. Bref, ils sont déshérités. 

 

Dans ce contexte, l’émergence de nouveaux médias québécois apporte une lueur d’espoir. Par ailleurs, si le pari de la «découvrabilité» de nos gouvernements peut paraitre gagnant, gardons-nous de croire naïvement que jouer avec les algorithmes suffira à nous sauver du naufrage. 

 

À l’évidence, l’école incarne le lieu tout indiqué pour assouvir notre soif inconsciente d’expériences culturelles édifiantes et partagées. 

 

Nous avons donc urgemment besoin d’un corpus d’œuvres phares de tous les domaines artistiques, œuvres que nous devrions mettre à l’honneur aussi bien sur les diverses plateformes numériques que dans nos bibliothèques et nos institutions éducatives, du CPE à l’université. 

 

À lire aussi: Les États doivent intervenir pour réguler les algorithmes, selon PSPP

 

Et pourquoi ne pas créer un programme de radio scolaire diffusé pendant la collation ou le dîner? Chansons, contes, légendes et capsules historiques constituent autant de trésors qui pourraient renforcer notre bagage commun.

 

Briser le tabou de la dénatalité

 

Évidemment, transmettre présuppose l’existence de destinataires. Or, même si notre taux de natalité s'effondre et que les décès dépassent dorénavant les naissances, c’est un sujet dont on ne s’autorise pas à parler. Pourtant, nous savons mieux que bien d’autres peuples que le destin s’écrit dans la démographie. 

 

Soyons clairs: il ne s’agit pas de juger ceux qui ne veulent pas d’enfants. Mais de reconnaître que le désir d’enfants se heurte à toutes sortes d’obstacles économiques, biologiques, sociaux et culturels qu’il nous incombe d’étudier, d’identifier et de lever.

 

En l’occurrence, multiplier les occasions sociales contribuerait grandement à combattre le fléau du célibat involontaire. Par exemple, les universités pourraient encourager des interactions authentiques sur leurs campus, au lieu de s’enliser dans le piège du distanciel. 

 

À lire aussi: Festival de «records» troublants: ça va mal aller au Québec

 

En outre, la flambée des prix de l’immobilier complique la concrétisation des projets familiaux. Y remédier s’avère donc prioritaire. 

 

Enfin, bien que nos politiques de conciliation emploi-famille fassent notre fierté, elles ne constituent visiblement pas une panacée. 

 

Remettre le modèle en question avec créativité et pragmatisme pourrait se révéler crucial, notamment pour viser un véritable universalisme, loin de l’angoisse que provoque la «loto-CPE» chez ses trop nombreux laissés-pour-compte.

 

Sortir de notre torpeur

 

Personne ne peut blâmer les Québécois de rêver un impossible rêve. Toutefois, la postérité pourrait leur reprocher d’avoir négligé le plancher des vaches à force d’aspirer aux étoiles.

 

À l’entrée du labyrinthe géopolitique qui s’ouvre devant nous, accrochons-nous fermement à notre ultime fil d’Ariane: la transmission.