Ceux qui défendent aujourd’hui Jocelyne Robert contre la censure sont parfois les mêmes qui l’applaudissaient hier, quand la pandémie muselait des voix dissidentes.
En pleines vacances de juillet, lézardant confortablement sur une plage américaine maudite et boycottée, la malencontreuse ouverture de mon téléphone cellulaire m’a replongé dans la folie québécoise.
J’ai été interpellé par une nouvelle relatant du retrait de la sexologue Jocelyne Robert de son ordre professionnel à la suite de certaines de ses positions sur les transitions de genre. Se sentant bâillonnée par son ordre, elle aurait choisi de démissionner.
Désormais de retour au Québec parmi ceux que Gaston Miron appelait ses «compagnons des Amériques», je me sens désireux d’offrir ce commentaire.
La démission de madame Robert s’inscrit dans la continuité d’une dérive du rôle des ordres professionnels au sein de la belle Province.
Les réactions inattendues de Lisée et Haché
Néanmoins, je me sens surtout interpellé par les réactions médiatiques de Jean-François Lisée et d’Isabelle Haché.
Que l’ingérence des ordres professionnels dans les débats théoriques et scientifiques suscite l’inquiétude ne me surprend pas, mais je suis abasourdi que ces réactions viennent de la part d’acteurs politiques et médiatiques tels que Lisée et Haché.
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Dans Le Devoir, M. Lisée parle de gardiens de dogme, de traque à la dissidence et d’ordres professionnels cédant à des arguments militants.
Dans La Presse, Mme Haché parle de chapelles idéologiques et dénonce notre difficulté à prendre la peine d’écouter ceux qui posent des questions légitimes.
Elle souligne l’autocensure grandissante des scientifiques qui, bien que pouvant amener des nuances nécessaires et éclairer intelligemment la société, risquent trop à prendre la parole publiquement.
Où étaient-ils pendant la pandémie?
Bravo à eux deux! Mais une question me taraude. Où étaient ces pourfendeurs de la censure lors de la crise sanitaire?
Où étaient nos défenseurs de la liberté de parole lorsque des professionnels étaient sanctionnés pour avoir dénoncé l’incurie de l’Église de la santé publique?
Où étaient les défenseurs de la liberté académique et du doute scientifique lorsque le professeur Patrick Provost s’est fait honteusement remercier par l’Université Laval?
La censure est comme l’eau courante. Lorsqu’on ouvre les valves, elle se répand partout.
N’est-ce pas cette même Isabelle Haché qui l’avait sarcastiquement traité de «martyr» et de «savant qui dérape à l’ère de la désinformation»? On dirait bien qu’à cette époque, la censure était moins grave.
Elle protégeait le public de propos dangereux et contraires au consensus, n’est-ce pas? Les mêmes chevaliers qui dénoncent la censure aujourd’hui la cautionnaient alors, soit par leur silence ou leur activisme journalistique.
Un silence coupable
Nos politiciens et chroniqueurs devraient savoir que la raison pour laquelle une femme comme Jocelyne Robert est harcelée injustement aujourd’hui, c’est parce qu’hier, ils ont laissé les ordres harceler d’autres professionnels pour des raisons qui leur paraissaient justes eu égard à leur bien-pensance idéologique.
Et c’est là-dessus que je souhaite appuyer. Nous ne pouvons pas nous attaquer à la censure un jour et la réclamer le lendemain en fonction de nos humeurs et du sujet traiter.
La censure est comme l’eau courante. Lorsqu’on ouvre les valves, elle se répand partout.
Il faut donc la couper à la source, sans réserve. Toute autre position n’est que de l’hypocrisie intellectuelle, de l’opportunisme politique et du clientélisme détestable, choses pour lesquelles les imposteurs de la classe politico-médiatique québécoise sont devenus experts.
Encore plus de règles pour contrer les abus? L’absurde solution
Que propose Jean-François Lisée dans son texte pour remédier à la censure corporatiste? Il demande à l’État de rétablir l’esprit scientifique. C’est fantastique!
En bons Québécois conditionnés à l’aliénation bureaucratique, attaquons-nous à la censure, et favorisons la liberté d’expression des experts en mettant plus de réglementations afin d’encadrer les instances disciplinaires!
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Les règles sont trop strictes, mettons donc plus de règles! Les censeurs abusent de leur pouvoir, donnons donc plus de pouvoirs à d’autres fonctionnaires pour qu’ils contrôlent les contrôleurs!
M. Lisée n’a pas compris, ou le comprend-il trop bien, que le vers est dans le fruit.
Entre paradoxe et ironie
N'oublions pas que madame Robert fut une de celles qui contribuèrent à mettre sur pied l’ordre des sexologues du Québec, dans le but certainement louable et optimiste de donner plus de vertu à la profession.
Triste ironie et belle leçon pour ceux qui croient encore que le droit déontologique et les réglementations servent de garde-fous aux dérapages.
La liberté de conscience ne se fait pas en ajoutant des cadres normatifs et en donnant plus de pouvoir à des instances étatiques et paraétatiques.
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En revanche, la liberté se gagne à grands coups de pied dans l’édifice de l’administration publique peuplé d’abuseurs de pouvoir qui utilisent les réglementations pour normer leurs ouailles.
Je terminerai en citant Miron de nouveau, un des poètes préférés de nos fanatiques de culture québécoise qui souvent le lisent et le régurgitent sans le comprendre.
Quand je lis et entends tous ces faux-monnayeurs de liberté d’expression, je sens que je me trouve «devant toutes les compromissions en peaux de vison, devant les héros de la bonne conscience, les émancipés malingres, les insectes de belles manières».













