Le gouvernement britannique a signé le 17 juin le décret d’extradition de Julian Assange vers les États-Unis. Quels sont les recours dont dispose encore ce martyre de la liberté de la presse? Libre Média a discuté avec Amnistie internationale.
L’extradition et l’emprisonnement de Julian Assange pour avoir effectué son travail de journaliste seraient un «dangereux précédent pour la classe journalistique, déclenchant une dissuasion inédite pour ceux qui se prêtent au dévoilement de documents gouvernementaux confidentiels», alerte France-Isabelle Langlois, la directrice générale de la branche francophone d'Amnistie internationale Canada.
«Julian Assange est mon mari et son extradition est une abomination. Julian doit être libéré avant qu'il ne soit trop tard. Sa vie en dépend. Vos droits en dépendent», avertit quant à elle Stella Assange, l'épouse de Julian Assange dans The Independent, mercredi dernier.
Depuis maintenant trois ans, Julian Assange est détenu dans la prison à haute sécurité de Belmarsh, près de la capitale de Londres, où il a épousé Stella Morris en mars.
Des recours juridiques à l’horizon, mais limités
Le combat de Julian Assange ne s’arrêterait pas à la signature du décret d’extradition.
«Nous ne sommes pas au bout du chemin. Nous allons nous battre. Nous allons utiliser toutes les voies de recours», a déclaré Stella Assange, lors d'une conférence de presse vendredi dernier.
L’avocate de Julian Assange, Jennifer Robinson, a confirmé vendredi que le fondateur de WikiLeaks fera appel du décret d’extradition devant la Haute Cour britannique, décret signé par la ministre de l’Intérieur Priti Patel.
L’équipe de Julian Assange a également la possibilité de saisir la Cour européenne des droits de l'homme appliquant la Convention européenne des droits de l’homme.
«Si la Cour est saisie et si le verdict de cette cour est en faveur de Julian Assange, cela enverrait un message très important aux gouvernements», affirme France-Isabelle Langlois.
Cependant, la Cour européenne des droits de l’homme a un rôle qui reste très limité.
«Après le verdict de la cour, chaque pays peut toujours contester la décision de la Cour européenne au nom de la souveraineté nationale, et c’est probablement ce qui se passerait avec les États-Unis si le verdict de la cour européenne est favorable à Julian Assange», explique France-Isabelle Langlois.
La santé de Julian Assange en jeu
«Si une extradition a lieu, le sort de Julian Assange sera déjà scellé. Il y a peu de chances que le verdict soit en sa faveur, car pour les États-Unis, c’est un problème de secret d’État, et pas de liberté d’expression», évalue la directrice générale.
Dans un scénario d’extradition, la santé mentale de Julian Assange pourrait péricliter au point qu’il développe à nouveau des idées suicidaires.
«Ça fait quelques années que Julian Assange a de grands problèmes de santé mentale. Il est privé de liberté depuis plusieurs années. Mais, si il y a extradition, il pourrait être placé en isolement prolongé, l’une des pires conditions qu'un prisonnier peut endurer», déplore France-Isabelle Langlois.
«Les conditions dans lesquelles il se trouvera seront oppressives. […] Cela le poussera à se suicider», a expliqué, avec beaucoup d’émotions, l’épouse de Julian Assange.
Baisse de la confiance envers les médias et les États occidentaux
«Julian Assange est une figure de proue, une figure publique d’une presse libre face à une presse qui apparaît, aux yeux du peuple, de moins en moins pluraliste, perçue comme une seule et même voix», poursuit France-Isabelle Langlois.
Les démocraties occidentales n’ont pas offert de protection à Julian Assange, car «les relations diplomatiques entre les pays et le poids des États-Unis dans ces relations ont créé une impasse pour beaucoup de démocraties occidentales qui préfèrent rester dans le silence», déplore la représentante d’Amnistie internationale pour le monde dans le monde francophone canadien.
Mais le silence des États a aussi été le fruit d’un scepticisme envers les lanceurs d’alerte et d’une inquiétude grandissante de «possibilités de fuites massives de documents confidentiels» du fait qu’«aucun État n’est blanc comme neige», admet la directrice générale.
Un dangereux précédent pour le journalisme
L’affaire de Julian Assange crée une nouvelle jurisprudence dangereuse pour tout journaliste qui partage des informations compromettantes sur les gouvernements du monde entier.
«Derrière l’affaire de Julian Assange, c’est un véritable combat entre le secret d'État et la liberté d’information et de presse», lance France-Isabelle Langlois.
En effet, l’extradition de Julian Assange pourrait être considérée comme une invitation pour d’autres États à faire de même avec les éditeurs ou journalistes qui dévoilent des secrets d’État, peu importe leur nationalité et leur lieu de résidence.
Par exemple, la mise en examen de Julian Assange pourrait inciter la France à poursuivre un éditeur allemand ayant révélé des secrets d'État sur le gouvernement français, ou le Brésil de poursuivre un journaliste argentin ayant révélé des informations compromettantes pour Brasilia.
«Qu’il soit journaliste ou pas, la question n’est pas là. Toute personne, journaliste ou pas, a le droit de communiquer une information pour garantir le droit d’informer», conclut France-Isabelle Langlois.











