Christian Dufour: «le Québec de la Révolution tranquille est KO»

Domaine public.

Lundi le 8 avril 2024, à 13:00

Christian Dufour est notre invité aux grandes entrevues. Le politologue revient sur les effets durables de la Conquête britannique et la pandémie, une récente période qui a montré que les Québécois n’étaient pas prêts à l’indépendance.

 

«Le Québec n’a pas commencé en 1960. Le Québec, c'est une vieille nation. La pandémie a réveillé un vieux Québec canadien français d'avant 1960 qu'on pensait enterré et qui était encore là. À mon avis, c'est pour ça que l’indépendance n’a pas marché», laisse tomber Christian Dufour.

 

La sécurité avant la liberté

 

Commentateur bien connu du grand public, notre invité estime que la pandémie a été révélatrice de la persistance d’une mentalité de colonisés, malgré la nécessité pour la survie du Québec de s’affranchir d’un Canada qui le maintient dans un état d’infériorité politique et identitaire.

 

Le Canada profiterait en quelque sorte de la faiblesse du Québec révélée à travers ses peurs pour continuer à lui imposer sa vision des choses. 

 

«Ça ne me fait rien qu'on soit un peu dans la sécurité, mais il y a des limites. Et je trouve que durant la pandémie on a dépassé les limites», tranche-t-il.

 

«Tout à l’État»

 

Il déplore aussi «le reniement» des racines canadiennes-françaises par un Québec moderne centré en bonne partie sur «l’image» et le «tout à l’État». «Le Québec issu de la Révolution tranquille est KO. [...] Pour qui le Québec de la Révolution tranquille s’est-il pris pour renier tout ce qu’il y avait avant?», demande le chroniqueur.  

 

Voir aussi notre entrevue avec le philosophe Christian Saint-Germain

 

Pour Christian Dufour, pour relever les défis devant lui, le Québec a «désespérément besoin d’un conservatisme de bon aloi», mais aussi de renouer avec l’idéal de la liberté, alors que des idéologies défendues par Ottawa comme le multiculturalisme minent elles aussi son autonomie. «C’est malsain et ça nous détruit», avertit-il.