Immigration: «des zones de non-droit apparaissent aussi en Espagne»

Des jeunes issus de l’immigration maghrébine se rassemblent dans la rue après trois nuits d’émeutes à Torre-Pacheco, dans l’est de l’Espagne, le 14 juillet 2025. Photo: AFP.

Vendredi le 18 juillet 2025, à 08:00

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Immigration: «des zones de non-droit apparaissent aussi en Espagne»
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Pour Libre Média, le journaliste espagnol Javier Villamor décrypte les émeutes de Torre-Pacheco, nouveau symbole du chaos migratoire en Espagne et du fossé grandissant entre population locale et autorités.

 

Pendant des années, la cohabitation à Torre-Pacheco s’est lentement tendue, jusqu’à l’explosion. 

 

L’agression brutale d’un homme âgé par de jeunes Maghrébins cette semaine n’a été que le détonateur visible d’une réalité latente: dégradation de la sécurité, impunité de certains groupes, et déconnexion totale entre les institutions et les besoins réels des habitants.

 

Depuis cette attaque lâche survenue près du cimetière, les nuits ne sont plus des nuits. Elles sont devenues des veillées de feu, de panique et de barricades.

 

Les rues de cette commune à forte tradition agricole, paisible jusqu’à récemment, ont été envahies par des groupes armés de battes, de chaînes, de bâtons et de fumigènes. 

 

Des scènes dignes des banlieues de Bruxelles ou de Marseille, bien loin de l’image d’un village murcien.

 

Domingo, 68 ans, marchait comme chaque jour près du cimetière. Il a été attaqué par-derrière. Trois jeunes Marocains, rieurs, ont filmé l’agression avant de le laisser inconscient par terre.

 

Les images ont circulé à toute vitesse sur les téléphones. La colère a éclaté.

 

Ce n’était pas un incident isolé. Depuis des mois, les habitants dénonçaient des vols, des rixes, des menaces et la présence croissante de bandes organisées chez les jeunes étrangers. 

 

Mais personne n’écoutait. Ni le gouvernement central, ni le ministère de l’Intérieur, ni les médias, qui cherchent aujourd’hui à maquiller le conflit sous des euphémismes.

 

Ce n’est pas un fait isolé: chaque jour, des titres évoquent des vols, des viols ou des agressions au couteau dans tout le pays.

 

Un État absent

 

Dans les jours qui ont suivi l’agression, Torre-Pacheco a été laissé à elle-même. La police nationale et la garde civile ont été dépassées. Les appels à l’aide du maire, Pedro Ángel Roca, sont restés sans réponse à Madrid. 

 

Aucun renfort n’a été envoyé… jusqu’à ce que les images des émeutes se répandent sur les réseaux sociaux. Ce n’est qu’à ce moment-là — et avec un retard manifeste — que des unités anti-émeutes ont été déployées. 

 

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Le gouvernement socialiste de Pedro Sánchez a obtenu ce qu’il voulait: une diversion pour faire oublier ses scandales de corruption.

 

Mais il était déjà trop tard. L’autorité avait disparu. Les citoyens ne faisaient plus confiance à ceux censés les protéger. Les protestations se sont mêlées à l’apparition de groupes maghrébins armés circulant dans les quartiers comme en terrain conquis. 

 

Dans certains secteurs, des Espagnols ont préféré se barricader chez eux. D’autres sont sortis affronter les jeunes déchaînés.

 

 

Ce que l’on appelle en France des zones de non-droit commence aussi à apparaître en Espagne.

 

 

Depuis une semaine, la ville vit dans une ambiance de confrontation ouverte. Feux d’artifice utilisés comme projectiles, bouteilles brisées, fumigènes pour marquer le territoire, commerces pillés, rondes citoyennes improvisées, et une peur qui glace jusqu’aux os. 

 

Trois agresseurs ont été arrêtés – des Marocains âgés de 19 à 22 ans – ,mais le cœur du problème n’a pas disparu. Des groupes organisés continuent d’occuper la rue. 

 

Des habitants affirment que «certaines zones sont désormais contrôlées par des immigrés violents». Le sentiment d’insécurité est total. On parle déjà de 14 arrestations, espagnols et étrangers confondus.

 

Rumeurs d’accords et arrivée d'étrangers violents

 

Au cœur de la tourmente, le journal El Mundo a révélé l’existence présumée d’accords non officiels entre forces de sécurité et groupes radicaux venus de l’étranger, supposément pour contrer les bandes maghrébines. 

 

Il serait question d’éléments venus de Roumanie et d’Italie, avec un passé violent et des liens avec des mouvances identitaires. Une forme de «compensation des forces» ou même de mercenariat qui témoigne de l’ampleur du chaos.

 

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Assiste-t-on à une guerre de rue pilotée dans l’ombre? À une délégation officieuse de l’autorité, face à l’incapacité – pire au refus – de l’État d’imposer l’ordre?

 

Quoi qu’il en soit, le silence du gouvernement est assourdissant. Ni Pedro Sánchez ni son ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, ne se sont rendus sur place. 

 

Aucune conférence de presse, aucun plan d’action… sauf pour dénoncer le danger des groupes «ultras». Rien que des gestes tardifs et des déclarations creuses.

 

Constat accablant de la Garde civile

 

L’association professionnelle JUCIL (Justice pour la Garde civile) ne mâche pas ses mots. Pour elle, Torre-Pacheco n’est pas une exception, mais le symptôme aigu d’un système malade. «La graine de la violence est semée», alerte-t-elle. 

 

Le problème: un déficit structurel de 17 000 agents, une pénurie d’équipements et une couverture territoriale très insuffisante, aggravés par l’absence totale de volonté politique de s’attaquer aux causes profondes.

 

Le constat est brutal: dans la majeure partie du pays, les effectifs sont insuffisants et le matériel obsolète. Cette impuissance perçue nourrit l’impunité, qui elle-même alimente la délinquance. 

 

 

Un policier accueille des membres de Desokupa, une entreprise privée normalement utilisée par les propriétaires pour expulser de force les occupants indésirables, à leur arrivée après quatre jours de troubles anti-migrants à Torre-Pacheco, le 15 juillet 2025. Photo: Jose JORDAN pour l’AFP.

 

 

Dans des contextes de forte pression migratoire, comme à Torre-Pacheco, l’impunité devient de l’essence versée sur un brasier social.

 

Les habitants, eux, se sentent à la fois abandonnés et diabolisés. Quand ils protestent, on les accuse de racisme. Quand ils dénoncent la situation, on les traite d’«alarmistes » ou d’«extrémistes de droite». 

 

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Pendant ce temps, leurs commerces sont pillés, leurs enfants ne peuvent plus sortir le soir, et leurs quartiers se transforment en zones de guérilla urbaine. 

 

Plusieurs commerçants annoncent leur fermeture. D’autres organisent eux-mêmes des rondes de surveillance. Dans les boulangeries, les cafés, les salons de coiffure, on ne parle plus que de ça: «Tout nous échappe, et personne ne nous défend.»


L'échec du multiculturalisme en Europe

 

Ce qui s’est produit dans cette commune murcienne n’est pas un cas isolé. C’est un symptôme. Un signal d’alarme. 

 

Ce que l’on appelle en France des zones de non-droit commence aussi à apparaître en Espagne. Des quartiers et des communes où la loi ne s’applique plus pareillement, où la peur supplante l’autorité, et où le multiculturalisme imposé d’en haut échoue de manière spectaculaire.

 

Aujourd’hui, c’est Torre-Pacheco. Demain, ce sera peut-être une autre ville, là où l’immigration illégale se conjugue à l’abandon de l’État. Comme le dit un habitant: «Ce n’est pas fini. Ce n’est que le début.»