Le Canada ne doit pas devenir un «Disneyworld des religions»

Le premier ministre canadien Justin Trudeau (au centre) rend hommage au Temple d'or sikh d'Amritsar le 21 février 2018. Photo: Narinder NANU pour l’AFP.

Lundi le 11 décembre 2023, à 10:50

Pour éviter la multiplication des jours fériés pour tous les groupes religieux existants, la religion doit être davantage ramenée à la sphère privée. Pour ce faire: une réforme du calendrier, propose l’historien Marc Simard.

 

Au Québec, les débats sur la fête de Noël, sur son sens, sur sa portée identitaire, sur son importance et sur sa commercialisation font partie du folklore depuis plus d’un demi-siècle.

 

Dernièrement, le «Document de réflexion sur l’intolérance religieuse» de la Commission canadienne des droits de la personne a une fois de plus mis le feu aux poudres. Pour rappel, ce document dénonce une discrimination systémique à l’égard des minorités religieuses au Canada, dont l’exemple le plus évident serait les jours fériés reliés au christianisme (Noël et Pâques), les seuls à y être liés à des fêtes religieuses.

 

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Ce qui fait que les non-chrétiens doivent s’abstenir de travailler ces jours-là et demander des aménagements d’horaires pour célébrer leurs propres fêtes religieuses.

 

Cet état de fait issu de l’histoire et de la tradition est une évidence, que la Commission a toutefois le tort d’attribuer au «colonialisme », un terme faisant partie du lexique sacré des wokes.

 

Une polarisation payante…

 

Bien sûr, l’Assemblée nationale a immédiatement voté à l’unanimité, personne ne pouvant être contre la vertu, une motion dénonçant ce document, un ministre allant jusqu’à affirmer: «on ne s’excusera pas de fêter Noël au Québec». Se présenter comme un rempart de protection de la culture québécoise, même religieuse, c’est toujours payant, politiquement.

 

 

La position de la Commission, un mélange toxique de militantisme et de bureaucratisme, ne saurait mener à autre chose qu’à des solutions absurdes.

 

 

La plupart des journalistes et des chroniqueurs ont quant à eux dénoncé l’abus de langage de la Commission et la confusion opérée par celle-ci entre la religion et la culture.

 

La tragédie de ce débat, c’est que celui-ci ne pourra que se répéter et même s’amplifier dans les années à venir dans un pays dont le multiculturalisme est l’idéologie officielle, où l’immigration a pris des proportions délirantes et où les wokes, qui comme François Pignon ne se reposent jamais, sont en train de prendre le contrôle des institutions culturelles et étatiques.

 

On peut d’ailleurs prédire sans ciller que ce débat aux fondements religieux corrompra et même pourrira le climat social et idéologique au Canada et même au Québec dans les prochaines années, comme on le constate dans plusieurs pays européens.

 

…mais stérile

 

Cela est d’autant plus consternant que les religions ne sont pas en général des havres de paix, de tolérance, de justice et d’amour. Qu’on pense seulement à la misogynie qui gangrène les trois religions du Livre depuis leurs origines, ou au caractère autoritaire sinon dictatorial de la plupart des Églises.

 

La position de la Commission, un mélange toxique de militantisme et de bureaucratisme, ne saurait mener à autre chose qu’à des solutions absurdes.

 

 

La solution n’est donc pas de faire plus de place aux religions et d’augmenter leur place dans l’espace public et civique, mais de les ramener à la sphère privée.

 

 

Ainsi, si on suit la logique délirante de la Commission, il faudrait soit abolir les congés fériés d’origine chrétienne, soit accorder des congés équivalents aux autres confessions. Comme la première option est inapplicable, seule la seconde pourra être mise en œuvre.

 

Surenchère religieuse

 

Ainsi, le Canada devrait-il, au cours des prochains 20 à 30 ans, créer des jours fériés pour tous les groupes religieux qui résident sur son territoire, selon une logique vaguement proportionnelle: l’islam, le judaïsme et l’hindouisme se verraient attribuer deux fêtes chacun, tandis que le sikhisme, le bouddhisme, le shintoïsme, le Mouvement rastafari, les mormons, les Témoins de Jéhovah, les mennonites, le bahaïsme, l’Église orthodoxe, l’huttérisme, le jaïnisme et les religions autochtones récolteraient une chacun.

 

Ce qui nous amène à une vingtaine de jours fériés religieux, sans compter ceux qui pourraient s’ajouter suite aux schismes, fréquents dans ce domaine. Mais ne coupons pas les cheveux en quatre.

 

Le Canada deviendrait ainsi le Disneyworld des religions, ce qui pourrait éventuellement accroître son attractivité touristique, seule conséquence positive de cette gigantesque bêtise.

 

On voit bien ce que cette logique victimaire et binaire (eh oui!) a de délirant.

 

De plus, augmenter l’offre religieuse en multipliant les fêtes religieuses fériées ne saurait que permettre aux bonimenteurs qui les dirigent (ceux qu’on appelle le clergé), de publiciser le message de leur Église en toute quiétude, dans leurs havres inviolables (les églises, temples et mosquées). Mais contre cela, comme s’en est rendu compte Staline, il n’y a rien à faire.

 

Pour ma part, j’ai toujours entendu les prêtres catholiques magnifier la naissance de Jésus (Noël) en la présentant comme un message d’amour et d’espérance et comme l’incarnation d’un sauveur de l’humanité.

 

Or, quand j’ai étudié l’histoire de cette Église, j’y ai vu les Croisades, l’Inquisition, le bûcher, l’Index des livres interdits, le rejet violent de la science, les chasses aux sorcières, l’aide apportée aux conquistadors, les pensionnats autochtones, le mépris des femmes, la pédophilie non seulement tolérée mais protégée, etc. Quant au sauveur promis, je n’ai vu aucune trace de son œuvre.

 

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La solution n’est donc pas de faire plus de place aux religions et d’augmenter leur place dans l’espace public et civique, mais de les ramener à la sphère privée. Car seule la laïcisation de l’État et de l’espace public permettra de mettre un terme à ces débats futiles et de contenir l’incessant grignotage des wokes.

 

Comment? Notamment, en transformant les deux fêtes religieuses que comporte le calendrier canadien en fêtes civiques et familiales: Noël deviendrait ainsi la fête du solstice d’hiver (ce qu’elle était avant l’invention du christianisme) et Pâques celle de l’équinoxe du printemps.

 

Cela ne se fera pas sans faire grincer des dents, mais hélas, c’est ça ou l’ineptie multiculturelle, et ce même dans un éventuel Québec indépendant.

 

Notons bien que cette mutation n’empêcherait aucunement les chrétiens de fêter Noël et Pâques, puisqu’il y aurait toujours deux jours fériés pour le faire. Mais seulement, cela n’apparaîtrait plus comme un privilège réservé aux descendants des premiers colons.

 

De toute façon, comme le mentionne Maxime Pedneaud-Jobin, le personnage principal de la fête de Noël, aujourd’hui, c’est le père Noël et non plus «le p’tit Jésus». Et rien n’empêchera les Québécois de souche de décorer un sapin et de manger de la tourtière, ni même d’aller recueillir de l’eau de Pâques.

 

Cette réforme du calendrier mettrait fin à ces discussions oiseuses et enlèverait de l’espace dans la sphère publique aux prosélytes de tout acabit et aux wokes en mal d’exemples de discrimination raciale due à l’homme blanc patriarcal.