En Californie, les émeutes ravivent une mémoire mexicaine enfouie: celle des territoires perdus en 1848, que certains rêvent aujourd’hui de reconquérir, non par les armes, mais par la culture, la langue et la démographie.
Los Angeles, juin 2025. Drapeaux américains incendiés, slogans criés en espagnol, cartes historiques virales montrant un Mexique s’étendant jusqu’au nord de la Californie…
Derrière les perturbations d'extrême gauche qui secouent l’État doré, une dynamique plus souterraine semble se dessiner: la réactivation d’une mémoire mexicaine, voire d’une quête identitaire que résume un mot chargé d’histoire: Reconquista.
Ce terme, utilisé depuis plusieurs plusieurs années dans certains cercles intellectuels, fait référence à un rêve de reconquête douce des vastes territoires perdus par le Mexique après la guerre de 1846-1848, non par les armes, mais par la démographie, la culture et le poids grandissant de la langue espagnole.
De grands écrivains mexicains comme Carlos Fuentes et Elena Poniatowska ont, à différentes reprises, évoqué l’idée d’une reconquista.
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Sur les réseaux sociaux, des cartes montrant les frontières mexicaines d’avant 1848 deviennent virales. Elles sont partagées par des milliers de jeunes militants affirmant leur attachement à un Mexique d'antan, impérial, présenté comme la nation légitime de la Californie, du Texas ou de l’Arizona.

Dans les rues, certains manifestants brûlent le drapeau américain en proclamant leur fidélité à cet héritage hispanique. Ce ne sont plus seulement les codes du wokisme ou la contestation puérile de l’autorité qui s’expriment ici, mais une dynamique «mexicaniste».
Ce discours de reconquête s’inscrit dans une logique décoloniale: il vise à renverser la légitimité historique des États-Unis sur ces territoires, en réactivant la mémoire d’un passé mexicain (et espagnol) antérieur à la domination anglo-américaine.
Les latinos toujours plus nombreux
Ce processus s’appuie sur une poussée démographique irréversible. Il y a aujourd’hui plus d’hispanophones aux États-Unis qu’en Espagne!
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Dans plusieurs villes du sud du pays comme Los Angeles, Santa Ana, El Paso, Pomona et Laredo, les latinos sont largement majoritaires. Le changement culturel est bien avancé: l’espagnol s’impose dans les commerces, les services publics, les écoles, et parfois dans les églises.
Pour l’historien David R. Maciel, auteur du livre El México de afuera (Le Mexique d'en dehors), il s’agit d’une «latino-américanisation» des États-Unis.
La toponymie californienne elle-même rappelle au quotidien ce profond ancrage: Los Angeles, San Diego, San Francisco, Santa Barbara… autant de noms issus de la colonisation espagnole et du passé catholique de la région.
Pour certains militants, ces noms ne sont pas des traces superficielles, mais des preuves vivantes d’une continuité mexicaine niée par l’histoire officielle, c'est-à-dire l’histoire anglo-saxonne racontée par les vainqueurs.

Un manifestant brandit un étendard mêlant les drapeaux mexicain et américain, devant le bâtiment fédéral Edward Roybal, le 9 juin 2025, dans le centre-ville de Los Angeles. Photo: Jim VONDRUSKA pour l’AFP.
À cette dynamique s’ajoute une interdépendance croissante entre le nord du Mexique et le sud des États-Unis — échanges économiques, migrations quotidiennes, communautés familiales transfrontalières. Une réalité que ni les murs ni les discours nationalistes ne semblent pouvoir endiguer.
Le concept de Mexamerica traduit bien cette zone hybride, à cheval entre deux pays et civilisations.
Un récit qui gagne en popularité?
Sans être nécessairement structuré politiquement, cette idée de Reconquista semble gagner en popularité chez une frange militante qui conjugue la mémoire de l’injustice historique — la perte de la moitié du territoire mexicain — à un sentiment contemporain d’exclusion.
Il ne s’agit pas seulement de faire valoir son droit à vivre aux États-Unis, mais de revendiquer la primauté d’un autre récit, d'une autre version de l'histoire.
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Ce phénomène ne reflète pas l’opinion de l’ensemble des Hispano-Américains: rappelons que plus de 40% d’entre eux ont voté pour Donald Trump en novembre 2024. Mais il révèle un clivage identitaire nourri par le passé, des frustrations socioéconomiques et la diffusion de récits concurrents sur les réseaux sociaux.













