Le Canada doit moderniser sa flotte vieillissante pour défendre sa souveraineté arctique. Deux modèles finalistes de sous-marins, allemand et sud-coréen, sont en lice. Ottawa tranchera d’ici 2028, un choix stratégique évalué à 60 milliards $.
Le 26 août 2025, le gouvernement canadien a franchi une étape décisive dans le Projet de sous-marin de patrouille canadien (PSPC), en désignant deux fournisseurs qualifiés pour remplacer la flotte vieillissante de sous-marins de classe Victoria de la Marine royale canadienne.
Annoncé par le premier ministre Mark Carney lors d'une conférence de presse à Berlin avec le chancelier allemand Friedrich Merz, ce choix restreint se porte sur l'allemand ThyssenKrupp Marine Systems (TKMS) et le sud-coréen Hanwha Ocean.
Le projet vise l'acquisition de jusqu'à 12 sous-marins conventionnels, avec un budget estimé par des analystes à au moins 60 milliards de dollars canadiens (environ 44 milliards de dollars américains), bien que le gouvernement n'ait pas encore divulgué de chiffres officiels.
Cette décision intervient après une demande d'information lancée en septembre 2024 et close en février 2025, qui a recueilli 25 réponses d'entreprises internationales.
Un seul modèle sera finalement retenu pour équiper la flotte canadienne.
L'urgence d’assurer la souveraineté arctique
La flotte actuelle de quatre sous-marins de classe Victoria, acquis d'occasion auprès du Royaume-Uni en 1998, approche de la fin de sa vie utile dans les années 2030.
Ces navires diesel-électriques, d'un déplacement de 2300 tonnes, ont souffert de problèmes de maintenance récurrents, limitant leur disponibilité opérationnelle.
Le PSPC vise à éviter toute interruption de capacités sous-marines, avec une livraison du premier exemplaire au plus tard en 2035 et une capacité opérationnelle initiale d'ici 2037.
Les exigences canadiennes sont claires: les nouveaux sous-marins doivent opérer sous la glace arctique pendant des semaines, patrouiller de manière furtive sur 3500 milles nautiques, et être armés de torpilles lourdes, missiles de croisière antinavires et capacités de frappe de précision.
Ils devront assurer la surveillance sous-marine dans les trois océans du Canada, protégeant la souveraineté arctique face à des menaces croissantes.
L'option allemande: le Type 212CD de TKMS
Développé conjointement avec la Norvège pour des opérations en eaux froides, le Type 212CD est un sous-marin diesel-électrique à propulsion indépendante de l'air (AIP) via cellules à hydrogène, permettant une immersion silencieuse jusqu'à trois semaines sans snorkeling.
Ses spécifications incluent une longueur de 73 mètres, un déplacement de 2 500 tonnes en surface et 2800 tonnes en immersion, une largeur de 10 mètres et une vitesse supérieure à 20 nœuds en immersion.
Il est équipé de quatre tubes lance-torpilles et met l'accent sur une signature acoustique minimale grâce à un design en acier amagnétique et une propulsion quasi sans vibrations.
TKMS propose un transfert de technologie, la création d'une usine de maintenance au Canada et une livraison potentielle du premier exemplaire dès 2032-2033, en affectant un navire destiné à l'Allemagne ou à la Norvège.
L'option sud-coréenne: le KSS-III de Hanwha Ocea
Également doté d'une AIP avec batteries lithium-ion pour une recharge rapide et une endurance prolongée, le KSS-III (classe Dosan Ahn Changho) est déjà en service dans la marine sud-coréenne.
Plus imposant, il mesure 83,5 mètres de long, avec un déplacement de plus de 3300 tonnes en immersion, une largeur de 9,6 mètres et une vitesse de 20 nœuds en immersion.
Il intègre un système de lancement vertical (VLS) pour six missiles balistiques ou de croisière, et peut embarquer 50 membres d'équipage pour des missions de 50 jours.
Hanwha promet une livraison accélérée: quatre exemplaires avant 2035 si le contrat est signé en 2026, et la flotte complète d'ici 2043, avec des économies estimées à 1 milliard de dollars en maintenance des Victoria.
L'entreprise met en avant des partenariats industriels avec des firmes canadiennes dans la défense, l'espace et les minéraux critiques.
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Les deux modèles répondent aux besoins de base en furtivité et endurance, mais des divergences émergent.
Le Type 212CD excelle en opérations arctiques grâce à sa taille compacte et sa propulsion prouvée en eaux froides, alignée sur les priorités canadiennes de patrouille sous-glace.
Le KSS-III offre plus de polyvalence avec ses VLS, potentiellement utiles pour des missions étendues dans le Pacifique, mais sa coque plus volumineuse pourrait compliquer les manœuvres sous la glace, et il manque d'expérience en conditions arctiques.
Stratégiquement, l'option allemande renforce les liens NATO et assure une interopérabilité immédiate, tandis que la sud-coréenne diversifie les partenariats et promet une livraison plus rapide, évitant des goulots d'étranglement européens.
Interopérabilité avec l'OTAN
Sur la base des faits disponibles, le Type 212CD allemand apparaît comme l'option la plus adaptée aux besoins spécifiques du Canada.
Sa conception optimisée pour l'Arctique, sa furtivité prouvée et son intégration à l’OTAN correspondent étroitement aux exigences de souveraineté nordique et de projection de puissance dans des environnements hostiles.
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Bien que le KSS-III offre des avantages en termes de délais et de coûts, les risques liés à son adaptation aux opérations sous-glace et à son manque de pedigree otanien pourraient compromettre l'efficacité à long terme.
Le gouvernement canadien, qui prévoit des négociations approfondies d'ici 2028, devra peser ces facteurs pour une décision finale équilibrée.











