Équateur: Washington s’invitera-t-il dans la présidentielle?

Le président et candidat à la présidence de l'Équateur, Daniel Noboa, serre la main de la candidate de gauche à la présidence, Luisa Gonzalez, lors du débat du second tour de la présidentielle à Quito, le 23 mars 2025. Photo: AFP.

Lundi le 31 mars 2025, à 11:10

Washington s’invitera-t-il dans les urnes équatoriennes? Alors que l’élection du 13 avril approche, des voix dénoncent une possible ingérence américaine pour barrer la route à la gauche et maintenir l’Équateur dans le giron occidental. 

 

À deux semaines du second tour de l’élection présidentielle en Équateur, prévu le 13 avril, les enjeux dépassent les frontières de ce petit pays d’Amérique du Sud de 18 millions d’habitants.  

 

Selon l’analyste et chroniqueur Carlos Fazio, l’avenir du pays andin se joue aussi à Washington, où l’administration Trump et son secrétaire d’État Marco Rubio suivraient de près l’évolution d’un scrutin qu’ils considèrent stratégique dans «leur croisade» contre les gouvernements de gauche latino-américains.

 

«Importance géostratégique»

 

«Par son importance géostratégique, l’Équateur est devenu un enclave de la politique militariste des États-Unis en Amérique du Sud», écrit Fazio dans les colonnes du quotidien mexicain La Jornada.

 

Pour ce proche du courant anti-impérialiste, le duel entre le président sortant Daniel Noboa et la candidate sociale-démocrate Luisa González cristallise les tensions entre souveraineté nationale et influence extérieure.

 

Après un premier tour serré, González, soutenue par le mouvement indigéniste dirigé par Leónidas Iza, est en position de menacer la réélection de Noboa. Pour Fazio, ce scénario inquiète Washington. L’auteur évoque «des facteurs géopolitiques et factuels» susceptibles d’«altérer l’institutionnalité équatorienne et de générer une fraude».

 

Il pointe le rôle de l’ambassade des États-Unis, de Tel-Aviz mais surtout de Marco Rubio, qu’il accuse de relancer les réseaux d’ingérence américains dans la région.

 

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Ancien sénateur de Floride, Rubio aurait, selon Fazio, été impliqué dans les opérations du Commandement Sud du Pentagone et de la CIA dans la région. Il aurait déjà joué un rôle dans l’élection de 2021, remportée par le banquier Guillermo Lasso contre le candidat de gauche Andrés Arauz, avec l’appui d’une opération conjointe entre services américains et colombiens.

 

Le plan Charlie–Odín Shot, rappelle Fazio, visait à relier Arauz aux guérillas colombiennes à travers des «preuves» extraites d’ordinateurs de chefs de l’ELN, transmises ensuite à la justice équatorienne.

 

Présence américaine accrue 

 

Depuis l’arrivée au pouvoir de Lasso, puis de Noboa – un Équatorien né à Miami et formé dans des universités américaines –, les États-Unis ont renforcé leur présence militaire dans le pays. Des avions de surveillance P-3 Orion opèrent désormais depuis les Galápagos, «porte-avions naturels» selon un ex-ministre de la Défense.

 

Washington envisagerait même, selon CNN, de rouvrir la base de Manta aux forces spéciales américaines.

 

Or, derrière cette stratégie de reconquête de l’Équateur, c’est bien la Chine que viseraient les États-Unis. Pékin, rappelle Fazio, a inauguré en novembre 2024 un mégaport intelligent à Chancay, au Pérou, le premier du genre en Amérique du Sud, avec des connexions ferroviaires projetées jusqu’au Brésil.

 

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Une infrastructure que Washington percevrait comme une menace directe pour ses intérêts dans la région. L’Équateur, positionné face au Pacifique, redevient ainsi un pivot dans la guerre commerciale larvée entre les deux superpuissances.

 

Ainsi, conclut Fazio, il faudra observer attentivement si, d’ici au 13 avril, la «diplomatie de guerre» de Marco Rubio, en coordination avec le Pentagone, la CIA et Tel-Aviv, ne déploie pas ses «sales tours» pour empêcher la victoire de Luisa González.